Imprimer

FNOSAD
Avec l'aimable autorisation de la revue de la FNOSAD
Abonnez-vous à la Santé de l"Abeille

L’abeille et les rayonnements électromagnétiques

François Tabak

L’étude réalisée par des chercheurs de l’université de Landau et de l’institut apicole Mayen, étalée sur plusieurs années, tend à démontrer l’influence du rayonnement électromagnétique sur la faculté d’orientation de l’abeille en retour de butinage.

La charge croissante du rayonnement électromagnétique telle qu’elle est émise par les téléphones sans fil, les liaisons Internet, les baby phone, les ondes de basses fréquences, n’est pas à négliger. Poursuivie durant une dizaine d’années, par les professeurs Hermann Stever et le docteur Jochen Kuhn de l’université de Coblence Landau, cette étude a pour but de renseigner sur cette influence. L’université entre autres traite des différents aspects de la biologie de l’abeille, ainsi durant l’été 2005 une expérience pilote fut menée sur la faculté et l’aptitude de retour à la ruche des abeilles soumises aux rayonnements électromagnétiques.

Les premières recherches mettent en évidence des pertes partielles d’abeilles pouvant atteindre jusqu’à 70 % des butineuses retournant vers la ruche si elles ont été soumises au rayonnement électromagnétique, par rapport à celles non exposées au rayonnement.

Afin de vérifier les résultats obtenus l’expérience a encore été refaite en 2006 avec davantage de ruches et plus de précision.

Les abeilles objectif test

L’abeille se révèle un excellent sujet d’étude pour les scientifiques, tant en ce qui concerne son anatomie, son mode de vie et de communication dans la ruche et hors la ruche.

Sujet d’étude par excellence pour tout ce qui touche et influe sur notre environnement.
Non seulement les pesticides et autres produits phytosanitaires ont été mis sous la loupe durant la dernière décennie, mais aussi les rayonnements électromagnétiques qui furent étudiés intensément dans ce même laps de temps.

L’abeille est le meilleur indicateur grâce à son aptitude efficiente d’apprentissage, sa faculté d’adaptation à son espace, sa faculté d’orientation, de détection des sources nectarifères, de son odorat très développé, reconnaissant les couleurs et les formes. Elle reste un sujet d’étude modèle. Cette aptitude d’apprentissage étendue lui est indispensable car le retour à la ruche lui demande d’énormes efforts. L’apprentissage est un processus neurologique, dans lequel les impulsions électriques jouent un rôle très important. Ceci nous permet de penser que la mémoire de l’abeille peut être perturbée par les champs électromagnétiques. Pour vérifier cette thèse, des abeilles soumises à des champs électromagnétiques furent mises en concurrence avec des abeilles non soumises à ces champs.

En même temps furent étudiés les comportements, la construction des cadres, la capacité du retour à la ruche. De ces paramètres n’apparaît en 2005 aucune différence significative. En 2006 la recherche s’est concentrée sur la capacité du retour à la ruche. Seize populations d’abeilles de race carnica ont été placées dans des ruches dont 8 ont été soumises à des sources électromagnétiques, genre téléphone sans fil. Les sources émettrices furent placées sous les cadres du corps de ruche.   Les capteurs « écouteurs » furent placés à quelque vingt mètres de là. Les émetteurs (bases de sans fil) envoient en permanence des ondes électromagnétiques de haute fréquence comme elles sont émises lors de la recherche d’un abonné au téléphone. Durant une conversation téléphonique d’autres impulsions de moindres fréquences sont envoyées vers la station d’émission. Pour atteindre un rayonnement maximum, les téléphones sont restés branchés sans interruption. Les bases émettrices ont été introduites deux semaines avant les vols d’essais, et sont restées six semaines dans la ruche. Trois des bases émettrices ont été occultées avec un revêtement de jonc enduit de glaise afin de réduire le rayonnement de 50 %.

Relevé des temps de vol au retour à la ruche

Les ruches ont été testées simultanément dans l’ordre, ruche non soumise au rayonnement – ruche soumise au rayonnement et ruche soumise à un rayonnement amoindri. Pour cela 15 abeilles par ruche ont été prélevées, brièvement anesthésiées pour être marquées à la couleur de leur ruche d’origine. Ensuite ces abeilles ont été transportées dans un lieu repéré à l’avance pour les libérer. Leur libération a été communiquée par talkie aux observateurs restés au rucher, et cet instant précis servit de temps de départ des abeilles, leur arrivée notée aussi. L’observation fut suivie durant 45 minutes après leur libération. Le temps mis par les abeilles revenant à la ruche, a été soigneusement chronométré, de même que les conditions climatiques et de température.

Tendance mais pas significative

Des 765 abeilles lâchées non soumises au rayonnement, 482 sont rentrés à la ruche,
Soit : (63,0 %) pour les abeilles soumises à un rayonnement atténué, 203 des 360 lâchées sont retournées à la ruche, donc (56,4 %).

En ce qui concerne celles soumises au rayonnement, seules 365 des 675 libérées sont revenues à leur ruche (54,1 %). Les chiffres nous montrent que le nombre d’abeilles retournant à la ruche décroît avec les rayonnements électromagnétiques subis. La différence comparativement à l’ensemble des populations étudiées n’est en soi pas significative (Voir graphique ci-dessous). Statistiquement parlant, les résultats ne sont pas déterminants entre les abeilles des trois provenances.


Amélioration et perspectives

Les résultats de 2006 sont différents de ceux de 2005. Pourquoi sont-ils moins parlants ? Il n’est pas encore possible de l’expliquer définitivement. Des facteurs tels : la fréquence de vols des abeilles, le temps et la température ambiante ont été introduits dans nos observations. Mais aucun de ces facteurs n’a eu une influence prépondérante sur les proportions d’abeilles retournant à la ruche. Les retours ne se trouvaient aucunement influencés par les phénomènes atmosphériques, ni même par une activité plus importante d’une ruche à l’autre. En 2006 les expériences se firent quelques semaines plus tôt que l’année précédente, et les distances des vols plus conséquentes.

Pour améliorer encore cette recherche et en supprimer les failles, il nous faudra préparer – égaliser – minutieusement les populations cobayes. Pour mettre en relief des facteurs influents, nous introduirons dans nos observations les notions de terrain de départ, à savoir terrains ensemencés avec la même espèce de telle sorte que nos observations permettent de saisir les nuances de transmission de l’information de la source de butinage aux congénères pour les abeilles soumises au rayonnement, voir aussi si le rayonnement influe sur le mode de communication.

Conséquences pour l’apiculteur

Le rayonnement intense subit par les abeilles pendant l’expérience permet d’observer des effets même s’ils sont très faibles.

En réalité en pleine nature l’abeille n’est pas en contact direct avec les sources émettrices, de type DECT- Téléphone. Les paramètres techniques des téléphones sans fil du type à fréquences pulsées ou à modulation se distinguent par rapport aux portables extérieurs (type handys). C’est pour cette raison que nos observations ne sont pas applicables à la pleine nature. Ce qui n’empêche que les abeilles sont très exposées à de nombreuses sources de radiations, qui peuvent influer dans l’élément compliqué d’une ruche.

Les résultats de nos recherches ne nous autorisent pas à affirmer que les rayonnements électromagnétiques seraient la cause des mortalités d’abeilles aux Etats-Unis.

Toutes fois nos observations confirment que (l’electro smog) agit sur le comportement de l’abeille.

Tollé en Grande-Bretagne !

La communication par la presse britannique des observations réalisées en Allemagne a provoqué des réactions inattendues. Une erreur de traduction par les médias, qui faisait dire que les mâts émetteurs et relais de mobiles (portables) désorientaient les abeilles et seraient la cause des surmortalités d’abeilles.

Le pas a été vite franchi pour dire qu’il était la cause du CCD aux Etats-Unis.

La pose d’un mât de 14 mètres fut interdite par la ville d’Eastbourne, le rejetant hors la ville, mais des raisons d’ordre esthétique en sont fort probablement la cause.

Ce site utilise les cookies pour faciliter la navigation. Aucun traçage à but commercial :-)