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Avec l'aimable autorisation de la revue du SNA - Abonnez-vous à l'Abeille de France

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Soucis et maux de tête (2004)
Par F. Anchling

Même si octobre marque le début de la pause hivernale, l’apiculteur a encore de nombreux travaux à effectuer dans son rucher qui peuvent être pour lui soucis et maux de tête…Mais alors qu’il n’oublie pas d’invoquer Saint-Denis (le 9 octobre), Saint-Denis qui soulage les maux, à défaut d’enlever les soucis.

L’été s’en est allé et l’automne s’installe
Cela ne se remarque pas seulement parce que la nature s’est habillée de toutes les couleurs de l’ar-en-ciel, mais aussi parce que le comportement de nos protégées s’est modifié. Octobre est bien là avec des températures en dents de scie. Lorsque le soleil brille et que la température est agréable, l’activité est encore très soutenue et des rentrées de pollen sont possibles à partir des lierres et des dahlias encore en fleurs dans les jardins. Au contraire, quand les journées sont froides et humides, alors nous n’observerons aucune activité aux entrées des ruches. Dans nos maisons, le chauffage est mis en route et bien sûr la colonie, elle aussi, doit prévoir le chauffage de la grappe.

   

Cette année une plaie pour nos abeilles : les guêpes
Les guêpes ne constituent pas seulement une plaie pour les arboriculteurs et le public, mais cette année leur surnombre représente une gêne importante qui menace la survie des jeunes colonies. A la fin de l’été, la cible préférée des guêpes est le nucléi dont les abeilles se défendent mollement. Quand elles sont débordées, ces colonies ne perdent pas seulement leur miel, mais aussi les larves et les abeilles qui constituent les besoins en protéines des guêpes et des frelons.

Ailleurs, quand les températures sont encore fraîches, les abeilles sont peu actives pour défendre les trous de vol et les guêpes en profitent pour se glisser à l’intérieur de la ruche ; elles montent jusqu’au trou de nourrissement afin de subtiliser le sirop. Si c’est le cas dans votre rucher, détruisez les nids en prenant toutes les précautions d’usage. Entourez les ruches de pièges faits de bouteilles avec un fond de sirop ou de bière, le goulot découpé et renversé pour les capturer (elles ne peuvent plus quitter votre ancienne bouteille d’eau minérale ainsi transformée en piège).

Un nid de guêpes ne survit pas à l’hiver, mais quand arrive l’automne, les jeunes reines qui assureront la survie de l’espèce cherchent un abri pour hiverner. Leur élimination réduira le nombre de nids l’année prochaine.

Appréhender les risques
Normalement les traitements anti-varroas sont terminés ou presque. Un octobre agréable ne favorise pas seulement quelques rentrées de pollen ou de nectar, mais invite aussi les maraudeuses à visiter les ruchers affaiblis du voisinage et à en récupérer outre les provisions, les varroas qui seront alors responsables d’une ré-infestation. Les abeilles repèrent très vite dans leur environnement les colonies mal en point. Les varroas de ces ruches saisissent rapidement leur chance de survie en s’agrippant aux abeilles pillardes et ils déménagent avec elles. L’apiculteur observateur remarquera très vite une activité suspecte, ne correspondant pas aux miellées encore possibles mais à un pillage.

Bien souvent, lorsqu’on découvre la ruche pillée, si l’on a la chance de la découvrir (bien souvent loin de notre rucher), c’est déjà trop tard. La ruche pillée n’a plus aucune chance de survivre à l’hiver ou même est déjà presque morte. Par contre, les voleurs sont de nouveau très chargés en varroas, mais avec des produits dont l’efficacité n’est pas influencée par la température.

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La biologie de l’hivernage
En fin de saison, l’importance des provisions et leur position dans la ruche déterminent la place et le volume du nid à couvain. La colonie hiverne normalement à l’emplacement du dernier couvain, sur des rayons vides, afin de pouvoir former la grappe d’hivernage dans de bonnes conditions. En hiver, le micro climat de la ruche s’établit de façon passive, c’est à dire sans intervention des abeilles. La colonie se positionne finalement là où elle sera le plus confortablement installée, en fonction de son environnement immédiat et du régime hivernal auxquels elle doit survivre, ce que ses gènes ont mémorisé au cours des siècles. Dans ce but, la colonie recherche une aération suffisante, non excessive, des déperditions thermiques réduites et la proximité des provisions qui lui permettront d’entretenir la chaleur nécessaire à la survie de la grappe. D’une manière générale, dans nos régions, les abeilles hivernent à proximité immédiate du trou de vol en avant du corps de ruche. Les langes de contrôle des chutes de varroas que je vérifie actuellement tous les 8 jours, me démontrent par les rangs de déchets, l’avancement de ces préparatifs des colonies pour s’installer à proximité du trou de vol.

Le rôle de l'apiculteur
Pendant cette première période de préparation à l’hivernage, le rôle de l'apiculteur se limite à épauler ses colonies de façon à optimiser les moyens qu'elles se donnent pour gagner leur survie et leur chemin vers l'année prochaine. Nous vérifierons donc :

Toutes les dispositions décrites ci-dessus ne dispensent en aucun cas l'apiculteur de passer fréquemment à son rucher pour contrôler que rien ne vient troubler la quiétude et le repos de ses petites protégées.

Autres soucis
En observant nos colonies pendant le mois de septembre, on a pu déterminer celles qui sont prometteuses pour l'année suivante et celles qui nous laissent soucieux. Certaines colonies qui ont donné une belle récolte n'ont plus qu'une activité réduite- la reine était peut-être insuffisamment fécondée ou a été accidentée- et nous sommes inquiets pour sa survie.

Tous les ans nous observons que quelques peuples ne suivent pas le rythme de l'ensemble du rucher ou ne répondent pas à nos espérances ou à nos critères de développement ou de douceur. C'est le moment d'en éliminer la reine et de les réunir à une autre colonie. Si l'on n'est pas conséquent dans la gestion de son rucher, l'an prochain nous en supporterons les conséquences sous forme de petites unités qui ne nous procureront que du travail mais pas de récolte, ou pire une ruche vide d'abeilles au printemps prochain. Une seule solution...

Réunir les colonies
L'expérience a démontré l'incontestable supériorité des fortes colonies. Ce sont elles qui hivernent le mieux., qui se développent le plus rapidement au printemps suivant et qui assureront l'été prochain les plus belles récoltes : l'apiculteur arrive très vite à reconnaître une ruche populeuse et à faire la différence avec une colonie plus faible. S'il prend le soin de changer les reines tous les ans ou au moins tous les deux ans, les colonies faibles demeureront une exception, évidemment sauf accident. C'est en octobre, quand il n'y a presque plus de couvain, que les nuits sont fraîches, que les réunions réussissent le mieux. On peut adopter comme règle de réunir à cette époque toutes colonies qui n'occupent pas au moins le tiers de la capacité de la ruche soit environ quatre grands cadres. L'hivernage d'une colonie sur trois cadres est naturellement possible, si elle possède une jeune reine sélectionnée capable d'un gros effort de ponte au printemps suivant, qu'il sera d'ailleurs indispensable de stimuler pour arriver sans défaillance au résultat souhaité, mais comporte un risque certain si l'hiver n'en finit pas.

Comment procéder
C'est toujours la ruche la plus forte qui recevra la plus faible. Choisir un jour de beau temps, calme. Dans le courant de l'après-midi on éliminera dans les deux ruches tous les cadres inutiles. Les cadres de couvain de la ruche éliminée seront donnés à la ruche réceptrice de même que les cadres de provisions, en fonction de la place disponible. La colonie à éliminer gardera un nombre de cadres le plus faible possible de manière à ce qu'au soir les abeilles puissent s'y regrouper. La colonie réceptrice sera préparée, le plancher de couverture sera partiellement remplacé par deux épaisseurs de papier journal dans lesquelles on aura percé avec un clou 3 ou 4 petits trous - ne pas oublier de percer les trous car dans le cas contraire la réunion des deux colonies ne se fera jamais.

Au soir, à nuit tombante, la ruche à éliminer sera posée sur la ruche réceptrice copieusement enfumée et l'ensemble fermé. Au bout de quelques jours, les deux colonies auront la même odeur et vaqueront ensemble ; il sera alors possible d'éliminer la partie supérieure. Les abeilles auront fait leur choix de la reine à conserver et très certainement vidé de leur miel les cadres de la ruche à éliminer.

Procédé de l'anesthésie
Si la colonie à éliminer est conduite par une reine agressive et que 1'opération s'avère difficile, la colonie réceptrice sera préparée comme précédemment décrit, mais une grille à reine sera posée sur le papier journal, ce qui permettra plus tard de récupérer et d'éliminer la mère qui pose problème. Au soir de la réunion, la colonie à éliminer sera anesthésiée au gaz hilarant que l'on trouve chez les vendeurs de matériel apicole.

Une fumée blanche se dégage alors de l'enfumoir sans qu'il soit nécessaire d'actionner le soufflet ; c'est la preuve que le produit chimique s'est décomposé en eau et en protoxyde d’azote, gaz incolore dont le pouvoir narcotique est bien connu. Un passage à l’entrée, un passage sous le couvre-cadre, sans même actionner le soufflet et en quelques secondes le bourdonnement de la colonie qui s'était tout d'abord intensifié, cesse. Les abeilles anesthésiées tombent comme mortes sur le plancher ou restent accrochées aux rayons. Le protoxyde d'azote provoque chez les abeilles une perte de mémoire, elles ne sauront plus à quelle ruche elles appartiennent. Il est alors facile de les déposer sur la ruche réceptrice.

Il est maintenant temps de ranger son matériel
Il y a des apiculteurs chez lesquels on peut aller à tout instant sans crainte de gêner. Tout est toujours rangé, nettoyé. Ce n'est malheureusement pas mon cas, mais je me console étant persuadé que je ne suis pas le seul, tant de choses se sont accumulées : les cadres à réformer, ceux qui ont passé au cérificateur solaire et qui doivent être rénovés, ceux à trier, etc...

Trier les cadres : les cadres sombres ou déformés seront passés au fondoir, les autres clairs et bien droits seront mis à l'abri pour l'an prochain. Il est recommandé de ne pas différer cette opération, si l'on ne veut pas qu'ils servent de nourriture à la fausse teigne. Leur nettoyage pourra intervenir ultérieurement quand le froid aura rendu la cire et la propolis cassantes et non collantes.

Attention, dès que la température est supérieure à six degrés, les larves de fausse teigne éclosent à partir des oeufs laissés dans les cadres et le travail de destruction est immédiat et rapide.

Mon ami Bruno a expliqué le mois dernier les différents procédés permettant la. conservation des cadres. Je n'y reviendrai pas, mais un apiculteur semi-professionnel m’en a confié un autre, qui selon ses dires donne toute satisfaction : il insère entre chaque cadre une feuille de noyer, de même entre chaque hausse. C'est écologique, c'est gratuit, cela demande peu de travail.

Comment conserver des cadres de pollen ?
Lorsque des colonies sont éliminées, l'on peut se trouver devant une abondance de cadres contenant soit encore du miel, soit du pollen. Comment conserver ces cadres en surnombre en évitant les moisissures ? Les cadres de pollen de couleur claire sont très appréciés par les jeunes essaims et très rapidement il est consommé pour l'élevage du couvain. Pour les bien conserver, on les pulvérise sur les deux faces avec un sirop miellé puis on les saupoudre avec un sucre en poudre au moyen d'un tamis à sucrer ou d'un tamis à farine. Par cet artifice, on les protège de la fermentation et aussi des attaques de la fausse teigne.

Cette conservation des cadres de pollen ne se justifie que si l'expérience nous a fait noter des risques de disette de pollen au moment de l'agrandissement du cheptel. En automne, les sources de pollen sont plus rares qu'au printemps. Il peut donc être utile de conserver du pollen récolté au printemps pour le redonner en automne en cas d'absence de floraisons ou de pénurie par sécheresse. Le besoin de pollen existe déjà en plein hiver quand la reine reprend timidement sa ponte. On calcule que pour chaque larve il faut une cellule de pollen et une cellule de miel. Souvent on hésite à fondre un vieux cadre car il contient encore un peu de miel : pour retirer les cellules garnies de miel, on le gratte avec le lève-cadre et les débris sont mis dans un nourrisseur pour être léchés.

Comment traiter nos opercules ?
Les opercules qui obturent la cellule sont constitués par une cire fraîche secrétée récemment par les abeilles cirières. Cette cire pure pourra. après nettoyage, être utilisée pour garnir les cadres de cires gaufrées ou même servir de base pour la fabrication de certains médicaments.

Seule la désoperculation à la fourchette permet de récupérer cette cire pure, propre et blanche. L'utilisation du couteau, en rectifiant la bâtisse, mélange la cire fraîchement secrétée par les cirières avec la cire du bord des cellules du rayon qui a une ancienneté variable, ce qui altère sa pureté. Le réemploi de cette cire sera plus restreint.

Les opercules sont mis à égoutter dans un tamis. Ils peuvent ensuite être stockés dans un seau plastique alimentaire avec couvercle hermétique. La conservation peut se prolonger sans problème de façon à pouvoir traiter ensemble les opercules de plusieurs extractions. Les opercules sont lavés dans une grande quantité d'eau froide, égouttés puis séchés à l'abri du soleil dans un local sec, par exemple la miellerie dans laquelle on aura fait fonctionner le déshumidificateur.

Le moment du lavage peut coïncider avec la période de fabrication des sirops de nourrissement. L'eau miellée obtenue servira alors de base pour les sirops qui seront donc plus attractifs. Ce sirop ne se conserve pas plus de deux ou trois jours. Au-delà une fermentation peut se produire et il devient impropre à la consommation par les abeilles- Les opercules pourront ensuite être fondus soit au bain-marie, soit si le temps le permet au cérificateur solaire. Ce précédé est valable pour ses propres opercules issus de ruches indemnes de maladie(s).

Pour les instal1ations importantes, la miellerie peut-être équipée d’une centrifugeuse à opercules tournant à 1200 tours/minutes, de laquelle on peut sortir une cire sèche et exempte de miel, mais cet appareil a un coût élevé, qui s'amortit très difficilement car il n'est utilisé qu'une ou deux fois par an. Néanmoins, cet appareil est très utile lorsque les cadres sont désoperculés au couteau qui produit des opercules plus épais contenant quelquefois une quantité de miel importante.

Il existe aussi des sacs pour l'essorage des opercules qui s'accrochent dans l'extracteur et permettent de récupérer une quantité de miel appréciable, mais ce système n'exclut pas le lavage.-

A propos de plateaux grillagés et de la lutte contre varroa
J'ai lu dernièrement dans le compte-rendu d'une assemblée générale que le plateau grillagé était sans intérêt pour la lutte anti varroas, que son utilisation engendre une consommation accrue des provisions hivernales et que d'autre part le rendement de la colonie était affecté.

Je voudrais rappeler que ce plateau a plusieurs destinations précises :

Les mouvements d'air entre le trou de vol et la grille assèchent le climat du fond de la ruche, évitent que les eaux de condensation ne stagnent sur le plateau offrant logement et une nourriture de choix à toutes sortes de vermine. La moisissure des bas des cadres et des cadres de rive a disparu.

Il permet des traitements anti varroas chimiques ou avec des acides organiques en tout sécurité, étant hors d'atteinte des pattes des abeilles.

Les observations réalisées par de nombreux instituts étrangers ont admis dans certains cas bien précis, qu'il peut y avoir une légère surconsommation qui ne dépasse pas le kilo de nourriture, mais en aucun cas les rendements des récoltes n'ont été affectés par la présence de plateaux, bien au contraire.

Surveiller régulièrement les langes posés sous le plateau grillagé de vos ruches, de façon à déceler sans retard une ré-infestation de vos colonies, ce qui nécessitera un nouveau traitement.
F. Anchling

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