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avril eau 6

Que d'eau, que d'eau... mais y aura-t-il du miel ? (2001)
Par F. Anchling

Le mois d'avril restera pour longtemps dans toutes les mémoires : pluies incessantes et inondations catastrophiques dans certaines régions,  champs de colza les pieds dans l'eau, 20 jours de pluie sur 30 avec des températures hivernales qui n'ont pas permis à nos protégées de se remplir les jabots lors de la floraison des colzas ou des cerisiers. Et pourtant, comme pour leur venir en aide, les colzas ont fleuri très longtemps.

Il est à craindre malheureusement, que de nombreuses colonies n'aient pas survécu à cette période de disette, car dans le même temps le volume de la famille a considérablement augmenté, nécessitant chaque jour une nourriture plus abondante.

Celles qui ont survécu ont pris beaucoup de risques pour avoir une famille nombreuse lorsque viendra le temps des récoltes : par des températures de 7 et 8 degrés les porteuses d'eau étaient à l'abreuvoir pompant l'eau nécessaire à l'élevage du couvain. Hélas beaucoup de ces courageuses y ont perdu la vie.

Lorsqu'un rayon de soleil réchauffait l'atmosphère, aussitôt les trous de vol crachaient une meute de butineuses trop longtemps confinées dans un espace trop étroit et l'air s'emplissait d'un vrombissement assourdissant généré par des milliers d'insectes pressés de prendre un peu d'air et de courir récupérer tous ces nectars qui leur chatouillaient les
antennes.

Le début du mois de mai n'a pas apporté beaucoup de changements à cette situation calamiteuse et pourtant les hausses posées pour donner un peu d'espace vital à nos peuples commencent à se remplir. Comment cela est-il possible ? Nos petites sorcières ailées ont bravé l'adversité, elles ne se sont pas lamentées mais ont profité de chaque instant sans pluie
pour se ruer sur les fleurs odorantes.

Le mois de juin heureusement, est en général, plus serein. Les jours sont longs et normalement plus chauds. C'est le sommet de la saison apicole, marqué par le solstice d'été, date à laquelle le printemps cédera la place à l'été. C'est aussi le moment où nos colonies ont atteint le maximum de leur développement et à partir duquel la population va lentement décliner. C'est alors que varroa va devenir dangereux pour nos peuples et qu'il faudra commencer à le décompter.

Pour l'apiculteur juin est un mois d'intense activité. Il lui faudra :

  • renforcer les colonies de production
  • courir après les derniers essaims
  • suivre le développement des essaims enruchés
  • récolter les hausses
  • préparer la transhumance
  • faire des essaims artificiels pour rajeunir le cheptel etc.
  • Il est fortement conseillé d'avoir la forme.

Renforcer les colonies en production
Les rentrées de nectar sont proportionnelles au nombre de butineuses qui peuvent être affectées à la récolte. Les colonies faibles par manque de butineuses n'ont pas les moyens d'exploiter toutes les possibilités offertes par des miellées quelquefois très courtes. Cela suffit à peine à leur survie et la hausse reste désespérément vide. Ce sont des non-valeurs qu'il faut supprimer tout en récupérant les abeilles. Particulièrement cette année, il sera important de disposer avant la grande miellée, en principe début juin, de colonies fortes avec de très nombreuses butineuses ; les autres n'ont aucune chance. Le moyen le plus expéditif consiste à rechercher la reine et à l'éliminer. Les cadres de couvain et de nourriture sont répartis entre les essaims nouvellement formés. Sur le soir on emporte la ruche à une cinquantaine de mètres du rucher.

avril eau 6

On enfume copieusement les abeilles pour qu'elles se gavent de nourriture. Tous les cadres sont sortis et les abeilles secouées dans l'herbe ; puis on fait disparaître leur ancien habitat. Les butineuses retournent vers le rucher et se répartissent entre les autres ruches où elles seront acceptées puisque gorgées de miel. Ainsi on aura renforcé l'ensemble du rucher.

Il existe d'autres méthodes pour renforcer individuellement certaines colonies en production, mais au vu des conditions météo actuelles nous pensons que c'est la plus pertinente.

Courir après les derniers essaims
En temps normal, une butineuse, après 20 jours de travail intensif à la recherche de pollen et de nectar est usée et ne rentrera pas de sa dernière sortie. Mais avec les conditions climatiques de ce printemps 2001 elle vivra plus longtemps et encombrera l'espace vital de la colonie. La réclusion prolongée et forcée d'un grand nombre de butineuses condamnées à l'inactivité, donc non usées par le travail, en compagnie d'une armée de jeunes abeilles elles aussi en partie désœuvrées provoque inévitablement la fièvre d'essaimage. Il existe de fortes probabilités d'avoir à courir après des essaims en juin. Pour essayer de freiner ce processus qui conduit inévitablement à l'étirage de cellules royales il faut offrir à la ruche de l'espace sous forme de hausses avec des cadres de cire gaufrée à étirer, à mettre en place même sous la pluie

.C'est aussi le meilleur moment pour se saisir du trop plein d'abeilles et constituer des essaims artificiels qui permettront de rajeunir le cheptel tout en diminuant la pression de varroa. (voir ci-après)

Suivre le développement des essaims enruchés
Le premier essaim sorti de la ruche est un essaim primaire. Il est accompagné d'une reine âgée, l'ancienne reine de la souche. Elle est fécondée et son abdomen est volumineux. Ses déplacements sont calmes et lents. Deux à trois jours après l'enruchage, elle recommence à pondre. Cette reine âgée devra par la suite être sacrifiée et remplacée par une jeune, seul moyen de maintenir une colonie forte et par conséquent productive.

La souche par contre est maintenant confiée à une jeune reine vierge qui devra se faire féconder pour assurer la pérennité de la colonie. Cette année, après la sortie de l'essaim primaire il y aura certainement un essaim secondaire et peut-être même un tertiaire, tous deux accompagnés par une reine jeune et vierge. La jeune reine vierge est fine, vive et agitée sur son cadre. Il faudra 8 à 10 jours avant qu'elle ne parte pour se faire féconder, puis libère les premiers oeufs qui permettront d'affirmer la survie de la nouvelle colonie.

Il faudra surveiller attentivement les peuples qui ont essaimé. Le mauvais temps prolongé a pu empêcher la sortie de la jeune reine pour son vol nuptial. Dans ce cas, nous aurons une reine bourdonneuse qu'il faudra malheureusement, impérativement remplacer par l'introduction d'une reine fécondée.

Il arrive aussi que la jeune majesté ne soit pas rentrée de son vol nuptial. Le mauvais temps et le vent que nous avons subis ces derniers temps peuvent être la cause de sa perte : dérive, plaquée au sol par un coup de vent ou même victime d'un prédateur. L'absence de ponte en sera un indice évident. Pour ne pas perdre de temps, il faut rémérer la colonie avec une reine fécondée. Par forte miellée et si l'on ne désire pas augmenter son cheptel, il est parfois plus expéditif d'enlever la ruche bourdonneuse (c'est à dire sans reine ) et de secouer les abeilles à 50 m du rucher. Au bout d'un certain temps, ne retrouvant pas leur emplacement, elles vont renforcer les ruches voisines, à moins de déplacer momentanément une ruche proche, sur l'emplacement de l'ancienne pour renforcer une colonie mal développée.

1 - Récolter les hausses
1 Quelques considérations pour guider nos interventions
Le miel est un produit noble considéré depuis la plus haute antiquité comme un don des dieux et la médecine populaire l'utilise depuis des millénaires pour toutes sortes d'affections. A l'heure actuelle il est même retenu par nos hôpitaux pour la cicatrisation des plaies.

L'abeille récolte le nectar sur les fleurs, en remplit son jabot à raison de 50 à 60 ou 40 à 70 ng par voyage. Pendant le trajet de retour à la ruche elle enrichit ce nectar en diastase, invertase et gluco-oxydase grâce à l'apport de ses glandes hypopharingiennes. Ce nectar est repris par d'autres abeilles puis stocké pour être séché. La quantité d'eau à évaporer est variable et dépend de la fleur butinée, c'est à dire de la concentration des sucres contenus dans le nectar : ainsi si un nectar renferme 60 % de sucre, la quantité d'eau à évaporer pour obtenir 1 kg de miel sera de 0,3 kg . Plus l'air est humide et plus les abeilles ont de difficultés à assécher le miel : proximité d'un ruisseau, pluies chaudes abondantes, nuits chaudes etc.

Et pour conserver ce produit à l'abri de toute souillure ou modification du taux d'humidité relative dans la ruche les cellules qui contiennent ce don des dieux sont scellées par un opercule de cire  Le miel est un produit hygroscopique, c'est à dire qui absorbe l'humidité ; pour une bonne conservation cette humidité ne doit pas dépasser 18 %.

2 - Quand récolter ?
La récolte est le moment le plus agréable de la saison apicole, l'apiculteur a enfin atteint le but vers lequel ont tendu tous ses efforts. Récolter le surplus de miel constitue la récompense normale pour la peine et les soins prodigués à ses protégées. Mais il ne faut récolter que le surplus et seulement le surplus. Il est impératif que chaque colonie dispose en permanence d'une réserve de sécurité d'environ 10 kg de miel. Une colonie brutalement privée de ses réserves est en état de choc et le fait savoir en manifestant brutalement sa révolte. Cette révolte peut durer plusieurs jours en cas d'arrêt de la miellée ; alors il ne fait pas bon se promener aux abords du rucher.

Il ne faut récolter que les cadres entièrement operculés pour être certain d'avoir un miel bien "mûr "selon l'expression consacrée. Un miel est mûr lorsque son taux d'humidité est inférieur à 18 %. Un miel qui n'est pas à maturité complète est trop liquide et une fois extrait, il risque de développer des moisissures et de fermenter. Dans ce cas il devient impropre à la consommation tant pour l'homme que pour l'abeille. Le taux d'humidité se mesure à l'aide d'un appareil appelé réfractomètre.

Le moment de la récolte est défini par l'apiculteur suivant les appellations des miels qu'il envisage de mettre en pots. Pour un miel toutes fleurs rien ne presse. Si par contre l'apiculteur décide de profiter des miellées successives que son terroir peut offrir : miel de printemps, d'acacia, de tilleul etc., il devra récolter dans les 3 ou 4 jours qui suivent la fin de la floraison de l'appellation florale souhaitée pour éviter une pollution. Il est en effet très difficile, sauf situations exceptionnelles, d'obtenir un cru floral totalement pur ; en général l'appellation florale n'est que dominante.

Dans les régions à colza par contre, il est prudent de surveiller le remplissage des hausses et de récolter les rayons rapidement, même s'ils ne sont operculés qu'à 80 % Le miel de colza cristallise très vite et même dans les hausses, surtout si la ruche a essaimé ou si les nuits sont froides. Dès que les champs de colza reverdissent il faudra récolter sans attendre.

3 - Comment récolter ?
Le miel est un produit noble chargé de saveurs et de flaveurs. Rien ne devra porter atteinte à ces qualités.

Pour cela le procédé le plus respectueux de la qualité du produit, le moins stressant pour la colonie, indépendant des conditions climatiques ; c'est le chasse abeilles, appareil que l'on trouve dans le commerce et qui ne permet le passage des abeilles que dans un sens. La veille du jour prévu pour la récolte, en fin d'après midi, on pose le chasse abeilles entre la souche et la hausse. Pendant la soirée et la nuit, les abeilles encore dans la hausse rejoignent le couvain dans la souche et ne peuvent plus remonter sauf si la reine a pondu dans la hausse en cas d'absence de grille à reine. Il est alors aisé d'enlever la hausse, de prélever les rayons bons à extraire, de remplacer les rayons manquant et de tout remettre en place pour que la colonie puisse continuer à engranger.

Autrefois la récolte se pratiquait cadre par cadre. On devait alors respecter certaines règles : Choisir une journée de beau temps, calme, sans vent, et favorable au travail des abeilles ; ne pas intervenir par temps orageux et ne pas laisser traîner la moindre parcelle de miel ; agir en douceur et n'utiliser la fumée qu'avec discrétion et parcimonie. Si le rucher est loin des habitations on interviendra de préférence le matin car dans la fraîcheur, les abeilles sont plus calmes et collent au cadre. Dans le cas contraire nous interviendrons en fin d'après-midi : d'une part les abeilles auront toute la nuit pour réparer les dégâts involontaires, d'autre part avec la nuit l'effervescence se calme plus rapidement.

Pour intervenir avec efficacité il faudra tout préparer et le disposer à portée de main. Une hausse vide fermée, un enfumoir bien garni, un seau d'eau pour laver les taches de miel, un seau avec couvercle pour récupérer les chutes de cire, un lève cadre et une brosse à poils doux. Devant la ruche nous poserons un petit panneau formant rampe d'accès au trou de vol pour éviter que les jeunes abeilles ne se perdent dans l'herbe.

Un rappel : la fumée crachée par l'enfumoir doit toujours être froide et ne doit pas brûler les abeilles. La fumée ne doit pas polluer le miel, elle sera rasante sur le dessus des cadres et non pas plongeante dans la hausse. Brosser les abeilles ne signifie pas les piquer avec le bout des poils de la brosse mais les pousser délicatement pour nettoyer ce cadre. On soulève un coin du couvre cadres sous lequel on insuffle 2 petits jets de fumée incitant les abeilles à se gorger de miel, on attend une petite minute, puis l'on commence la récolte en prenant les cadres un à un, une légère tape fait tomber le gros des abeilles puis avec la brosse le cadre est nettoyé et mis à l'abri des pillardes dans la hausse avec couvercle.

C'est une méthode simple et efficace mais lente, favorisant une excitation croissante des peuples stressés par notre intervention. C'est par contre un bon moyen pour se familiariser à l'observation et à la manipulation de ses abeilles.

Important : les cadres non entièrement operculés seront laissés à la colonie et disposés au-dessus du nid à couvain. Pourquoi ? Lorsque vous regardez un rayon de couvain, vous vous apercevez que le couvain est coiffé par une couronne de miel d'épaisseur variable. Lorsque les hausses sont posées, cette couronne de miel déborde très souvent dans la hausse. Le prélèvement des cadres à extraire enlève cette couronne de miel ce qui provoque la révolte de la colonie. C'est pourquoi il faut la rétablir au plus vite. Si vous disposez d'une réserve de cadres bâtis, nous comblerons immédiatement ce vide tout en repérant avec une punaise de couleur les cadres contenant déjà du miel.

Les cadres extraits seront redonnés à la ruche pour être léchés, à la tombée de la nuit, et aspergés sur les deux faces avec un peu d'eau fraîche.

4 - A la miellerie
Le miel est un produit alimentaire et son travail doit respecter des règles d'hygiène comme tout produit alimentaire ainsi que les propriétés particulières du miel. Il ne faut pas oublier que le miel est un produit acide et que seuls l'inox et le plastique alimentaire sont autorisés pour son travail ou sa conservation.

La miellerie est un local propre, sec, bien ventilé, alimenté en eau courante, avec possibilité de chauffage et de réglage de l'humidité.

Le problème de l'humidité est très important. Nous avons noté que le miel est hygroscopique c'est à dire qu'il absorbe l'humidité de tous corps avec lequel il entre en contact. C'est ainsi que pendant l'extraction, le miel réduit en très fines gouttelettes par la force centrifuge absorbe l'humidité de l'air de la pièce dans laquelle il est extrait. On veillera donc à régler l'humidité du local d'extraction à moins de 60 % grâce à un déshumidificateur ; qui pourra aussi servir à assécher un miel trop humide. Chaque miellerie devrait être équipée d'un hygromètre, ce n'est vraiment pas cher.

Le local doit être propre pour éviter que le miel ne soit pollué par des germes ou des levures responsables de fermentations L'outillage minimum comprend un extracteur, un filtre à deux étages, un maturateur inox, un bac à désoperculer, des seaux en PVC alimentaire, des éponges pour nettoyer les bavures de miel, rien n'est en effet plus dangereux que des opercules sous les talons.

Les rayons récoltés sont désoperculés au-dessus du bac à opercules avec un couteau électrique manœuvré du haut vers le bas ou avec une herse puis placés dans l'extracteur et centrifugés sur les deux faces. A la sortie de l'extracteur, le miel passera par un tamis à double filtre : un premier à mailles larges pour retenir les plus grosses impuretés surtout les fragments de cire. Un second à mailles plus fines retient les plus petites particules ; il est aussi possible d'utiliser un filtre conique qui présente l'avantage de mieux conserver les arômes. Le produit récolté est ensuite versé dans un maturateur. C'est un récipient dans lequel le miel séjournera 4 à 5 jours, dans un local maintenu à une température comprise entre 20 et 30° avec une humidité relative < à 60 % et qui permet la décantation du miel ; c'est à dire qui permet au miel de rejeter vers la surface les bulles d'air emprisonnées par la centrifugation et les micro impuretés que les filtres n'ont pu retenir. Il est conseillé de racler chaque jour l'écume qui surnage en partie haute du maturateur et de bien brasser la masse de miel pour faciliter la remontée des impuretés. L'écume recueillie peut être mise en pots pour un nourrissement d'appoint des colonies.

Le miel ainsi décanté est ensuite soutiré et mis en pots ou en seaux hermétiquement fermés pour être stocké dans un local sombre à une température constante de 10 à 14°, ce qui lui assurera une conservation de longue durée.

Préparer la transhumance
Le solstice d'été, la Saint Jean marque la fin de la période ascendante de nos colonies. La flore aussi commence à se raréfier sauf en montagne dans laquelle certains apiculteurs transhument à la recherche de miel de montagne, de miel de sapin ou de bruyère. La transhumance n'est pas réservée aux seuls professionnels et tout jeune apiculteur peut en profiter pour augmenter la gamme des miels qu il proposera à son entourage. L'emplacement doit correspondre à une miellée bien définie et doit être recherché tout au long de l'année tant auprès de l'ONF que des agriculteurs ou des particuliers. Les ruches seront éloignées des habitations, des lieux de promenade des touristes et de tout cheminement L'endroit sera discret, abrité des vents dominants, permettant une bonne orientation des trous de vol, facilement accessible. Le transport à bras d'homme est toujours une épreuve surtout si la distance est grande et le parcours accidenté.

Un rucher n'est jamais transhumé dans sa totalité, seuls les peuples forts ou renforcés et possédant une jeune reine seront retenus. Il faut savoir que la vie en montagne est rude, pour les abeilles aussi. Les peuples retenus seront visités 8 jours avant le déplacement prévu, les hausses vidées de toute récolte operculée mais sans oublier de laisser à chaque colonie un minimum de 10 kg de provision pour le cas d'une longue période de pluie.

Un peuple en pleine forme ne doit pas courir le risque d'une disette, il s'affaiblirait, compromettant les promesses de récolte. Il est important de ne plus toucher à la ruche pendant les huit jours qui précèdent son départ afin que les cadres soient bien propolisés et ne se déplacent pas pendant le transport.

La veille du départ, au soir, on pose les grilles d'aération. Avec une sangle on amarre solidement les planchers avec les corps et les hausses. Les orifices d'évasion éventuelle sont colmatés avec du papier collant. Dans une pochette plastique qui sera fixée sur une ruche on mettra le certificat sanitaire, le certificat de transhumance, son numéro d'apiculteur, son nom et son numéro de téléphone.

Le transport se fera par une nuit fraîche, de façon à arriver à l'emplacement prévu juste au lever du jour. Le matériel ordinaire de visite sera accompagné d'une torche électrique, d'une bombe aérosol, d'un rouleau de corde et d'un rouleau de scotch large pour parer à toute éventualité. Les gants et le voile seront à portée de main. Après chargement, une pulvérisation d'eau sur les grilles d'aération calme les abeilles les plus excitées.

À l'arrivée, les ruches sont installées sur les supports prévus à cet effet, recouvertes et mises à l'abri de la pluie. L'enfumoir est rallumé : le jour se lève, la prudence recommande le port du voile et des gants. On ouvre les trous de vol en commençant par les peuples les plus calmes tout en enfumant l'orifice.

Après une retraite rapide, l'observation à distance permet de vérifier que tout est en ordre.

Faire des essaims artificiels
La lutte contre varroa à l'aide de produits chimiques a montré ses limites : efficacité insuffisante, pollution des cires, etc. Tous les instituts de recherche sont unanimes ; à l'avenir seule une lutte intégrée nous permettra de résister à varroa. Cette lutte est basée sur l'observation du comportement des abeilles qui se défendent contre les attaques de varroa. En plus de différentes interventions de l'apiculteur, il est recommandé d'avoir à coté de chaque ruche une ruchette 6 cadres qui assurera soit le renforcement, soit le remplacement de la souche dont elle est issue.

Cette opération est particulièrement bienvenue pour éliminer le trop plein des vieilles abeilles d'une colonie. Dans une ruchette on met un cadre contenant des larves à différents stades avec les abeilles qui le recouvrent mais surtout pas de couvain operculé qui apporterait avec lui des varroas et un cadre de provision, on complète avec un ou deux cadres bâtis et des cires gaufrées. On déplace la souche et installe la ruchette à la place de la souche ; elle va recueillir toutes les butineuses. Puis on introduit une jeune reine fécondée. Le cadre avec les larves va attirer tous les varroas présents sur les abeilles ; de suite après operculation du couvain ce cadre est détruit au cérificateur solaire éliminant tous les varroas.

Ce procédé est sujet à de nombreuses variations qui toutes ont pour but de casser la fièvre d'essaimage tout en neutralisant biologiquement une grande partie des varroas.

Bonnes récoltes !
F. Anchling