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Avec l'aimable autorisation de la revue

Abeilles et Fleurs

Préparer de fortes colonies (2003)
Par Jean Riondet

Au rucher
Les jours s'allongent, le temps froid permet cependant des travaux en plein air. C'est le moment de débroussailler le rucher, d'achever les travaux d'accès aux ruches, de finir la mise en place des derniers supports. En mars avec les premières levées d'herbes il sera temps d'en limiter la multiplication.

Surveiller le poids des ruches, renouveler le candi. En les soupesant, vous repérerez très vite les ruches qui seront sans doute de bonnes productrices cette année et celles qui seront destinées à être réunies.

A la maison

Préparez des cadres cirés, on en manque toujours en cours de saison. Une fois montés, on les conserve dans des cartons étanches, ou à l'air libre, suspendus à deux traverses, ou dans des corps bien ventilés. Les teignes craignent les courants d'air et ne viennent pas s'y installer. La cire gaufrée pure attire peu les teignes d'une manière générale puisque celles-ci recherchent des cires contenant des protéines dont elles se nourrissent, ce sont les rayons qui ont contenu des larves ou qui possèdent des traces de pollen.

Quelques techniques

La réunion
Elle est à la base des pratiques apicoles. Pour avoir de grosses populations on peut en réunir deux moyennes ou petites. Il est inutile de conserver des populations peu abondantes et dotées d'une reine âgée, elles mettent longtemps à grossir et ne produisent pas de miel pour l'apiculteur.

Une reine âgée est celle qui a vécu une année complète de production. Elle est née, par exemple, au printemps 2001, elle sera en pleine ponte à la fin de l'été et sera prête pour la production de 2002, elle sera changée soit en septembre 2002 soit en mars ou avril 2003. Ainsi ayant des reines âgées de moins de deux ans on est sûr de posséder des reines capables de pondre abondamment. 

En effet, au-delà de sa seconde année de pleine ponte, la reine pond pratiquement moitié moins que l'année précédente. Or, nous ne récoltons que le surplus de miel produit par un surcroît d'abeilles. Ce supplément d'abeille ne peut être obtenu qu'avec de jeunes reines.

Bien s'ancrer dans la tête que l'âge de la reine est le facteur n°1 qui vient loin devant celui de la race pour la productivité des colonies.

Les essaims artificiels ou les petits essaims naturels élevés en ruchette sur 5 ou 6 cadres l'année dernière et qui ont passé l'hiver dans de bonnes conditions, seront réunis aux ruches de production à partir du mois de mars ou avril selon la température extérieure.

fortes colonies 1

Comment réunir ?

  1. Règle de base : utiliser une ruche étrangère aux deux populations, afin d'éviter un combat entre les deux colonies.
  2. Rapprocher les deux colonies à réunir au cours de l'hiver. On rapprochera de préférence la ruchette de la ruche de production, elle est plus manipulable.
  3. Par très beau temps à la température de 15 °C au minimum, mettre dans la ruche nouvelle tous les cadres de couvain de la ruchette avec les abeilles qui sont dessus, asperger chaque cadre d'eau parfumée. On protège ainsi la colonie de la ruchette.
  4. Mettre de chaque côté les cadres de couvain, et les abeilles qui sont dessus, issus de la ruche de production, asperger chaque cadre d'eau parfumée.
  5. Terminer par les cadres de pollen puis éventuellement de miel s'il reste de la place.
  6. Nourrir au sirop.

On prendra la précaution de bien enfumer les deux populations et d'attendre quelques minutes que les abeilles se soient gorgées de miel, les échanges de miel entre abeilles (trophallaxie) favorisent l'acceptation. Au moment de la réunion, on recherchera et on supprimera la reine de la ruche de production qui est la plus âgée. En période de miellée on alternera un cadre de la ruchette et un cadre de la ruche de production, toutes les butineuses (les plus agressives) sont dehors et à leur retour elles trouveront où qu'elles entrent une congénère.

La réunion est une opération à faire systématiquement au printemps pour changer les reines avec des ruchettes de l'année passée, c'est une manière commode de maintenir les colonies en bon état de production. La réunion est à faire à l'automne avec des colonies trop petites pour passer un hiver dans de bonnes conditions : populations sur 3 ou 4 cadres seulement avec une reine âgée. Une population qui occupe 5 cadres en fin de saison passera très bien l'hiver et sera une bonne colonie pour l'année suivante à la condition que la reine soit de l'année en cours, sinon elle fera l'objet d'une réunion au printemps suivant avec une ruchette.

Le marquage de la reine
Le marquage de la reine est une nécessité pour trouver rapidement les reines et connaître leur âge. C'est aussi une des manipulations de base que de savoir marquer les reines. Ce n'est pas difficile mais seulement un peu long car les reines ne sont pas toujours faciles à trouver.

Il est à faire lorsque les populations sont peu importantes. Donc au printemps ou à l'automne sur les nuclei et les essaims de l'année en ruchettes. La recherche de la reine doit tenir compte du fait qu'elle fuit la lumière et la fumée. 

Par une belle journée ensoleillée et calme, on enfume très peu, on ouvre délicatement la ruche et on enlève les cadres de rive rapidement. Puis on enlève tous les cadres jusqu'à trouver les cadres de pollen, la reine sera sur l'un des cadres de couvain, de préférence sur les cadres d'œufs et de larves, mais dès les cadres de pollen atteints, on regarde attentivement chaque cadre enlevé.

On procédera en enlevant alternativement un cadre d'un côté et de l'autre, si on n'a pas trouvé la reine elle sera sans doute au cœur des deux cadres restant. Si non, elle se trouve dans la caisse et on la recherche avec attention. Puis on remet les cadres dans l'ordre où ils étaient lors de l'ouverture, en regardant si on voit la reine. Attention à ne pas écraser d'abeilles, l'odeur du venin les excite. Deux porte-cadres accrochés de chaque côté sont bien commodes.

Lorsqu'on voit la reine, on la prend à l'aide d'une pince à reine, petite cage qui s'ouvre comme une pince à linge et qui a des ouvertures laissant passer les abeilles mais pas la reine. On se met à l'écart, puis on chasse les abeilles avec de la fumée, on prend la reine entre le pouce et l'index au niveau du thorax, là où sont implantées les ailes. On lui passe de la peinture sur le thorax, à la couleur de l'année, sans lui en mettre sur les yeux. On veille à ne pas lui abîmer les pattes.

On laisse sécher une ou deux minutes dans la pince, puis on la remet dans sa colonie sur un cadre couvert d'abeilles, on surveille son acceptation, c'est-à-dire que les abeilles se mettent à la lécher, à lui donner à manger... si elles se mettent en boule dessus on dit qu'elles " l'emballent " et elles vont la tuer, il faut alors enfumer pour disperser les attaquantes puis attendre que les abeilles redeviennent plus calmes autour d'elle, reconnaissant son odeur.

On met sur le corps de ruche une punaise à la couleur de l'année : 2002 jaune, 2003 rouge. Le risque de la méthode est d'abîmer la reine en la prenant entre ses doigts. Casser une patte ou lui écraser l'abdomen (partie où se trouvent ses ovaires qui sont à protéger absolument).

Une autre méthode consiste à plaquer la reine sur son cadre par un petit piège composé d'un cercle recouvert de grillage en nylon et de dents qui permettent de piquer cet engin sur le cadre et d'emprisonner la reine sans la prendre entre ses doigts. On la peint à travers le grillage. C'est très facile pour celui qui ne craint pas de voir virevolter les abeilles autour de lui puisque, même si l'on s'éloigne des ruches, on travaille sur un cadre couvert d'abeilles sur ses deux faces. Après séchage de la couleur on enlève le piège et on remet le cadre à sa place en faisant très attention à ne pas écraser la reine. Le risque de la méthode est d'embrocher la reine avec l'une des piques du piège.

La peinture que l'on achète chez les spécialistes est comme du vernis à ongle, une peinture à l'acétone, si on ne dispose pas de fournisseur ad hoc, les marchands de cotillons en ont de toutes les couleurs à très bas prix.

La reine en ponte ne pique pas, une reine vierge très peu et son dard étant lisse, il ressort rapidement, la quantité de venin injecté est faible si bien que ce sont des piqûres très supportables. Mais une reine vierge n'est pas à marquer, on risquerait de la gêner pour sa fécondation. Pour s'entraîner on peut le faire sur des faux bourdons qui, eux non plus, ne piquent pas.

Marquer les reines permet de connaître leur âge, et surtout de repérer les changements (remérages) de reines (essaimage, mort naturelle de la reine ou accidentelle au cours de l'une de nos manipulations, suppression de la reine par la colonie pour une cause inconnue).

Le must est de marquer les reines avec des pastilles numérotées, on suit alors parfaitement les essaimages, les lignées fortes ou peu malades, c'est l'usage que doivent appliquer ceux qui veulent faire de la sélection. 

Faire une eau parfumée.

Beaucoup d'odeurs conviennent pour faire perdre leurs repères aux abeilles, les sirops de menthe, de citron, mais le sucre obstrue les gicleurs des pulvérisateurs, des décoctions de thé... Le plus simple est d'acheter une petite fiole de quelques cc d'essence d'eucalyptus qui est le plus calmant pour les abeilles. Ces essences se trouvent facilement dans les jardineries et dans les pharmacies depuis qu'elles sont à la mode. Mettre 1 cuillère à café d'essence d'eucalyptus (insoluble dans l'eau) dans 125 cm3 d'alcool à 90° non modifiée, puis prendre 3 cuillères à soupe de ce mélange et les mettre dans 1 l d'eau. On dispose d'un parfum très puissant.
Jean Riondet
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