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Ours & Apiculteurs - Une cohabitation difficile (2008)
Par Gilles Fert
www.abeilles-selectionnees.com

Fiche d’identité
Couleur     beige à brun foncé
Taille         de 1,70 à 2,20 mètres debout
Poids         90 Kg environ pour une femelle et jusqu’à 300kg pour un mâle
Longévité  20 à 25 ans en milieu naturel      

Pour l’apiculteur de montagne, les ruchers les plus intéressants sont les endroits isolés, riches en plantes à baies comme les framboisiers, myrtilles…etc. Il se trouve que l’ours des Pyrénées apprécie également ce type d’habitat. Cette cohabitation qui existe depuis la présence de l’homme dans ces zones sauvages reste difficile mais pas impossible.

Distribution géographique
L’ours brun des Pyrénées appartient à la lignée occidentale de la population européenne d’ursus arctos, qui est présente depuis l’Espagne jusqu’au sud de la Suède, en passant par la France, l’Italie, la Slovénie, la Croatie. 

L’ours brun Européen se rencontre principalement dans les zones de basse montagne partiellement boisées et isolées.

Surtout présent dans l’Est et le Nord de l’Europe, il résiste difficilement à la pression de l’activité humaine dans les massifs tels que les Pyrénées.

On observe également quelques petites populations locales en Italie et dans les Asturies espagnoles.

Cette espèce est le plus souvent décelable dans la nature par ses empreintes de pattes arrières d’apparence humaine, ses poils à la pointe blanchâtre, ses fèces volumineux et ses griffures laissées sur les arbres à hauteur d’homme.

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Distribution passée et actuelle de l’ours brun en Europe

L’IPHB (Institut Patrimonial du Haut Béarn) recense aujourd’hui une vingtaine d’ours sur tout le massif Pyrénéen en comptant les réintroductions. En effet, depuis 96, la micro population pyrénéenne a été renforcée par des ours issu de Slovénie. Cette population se déplace sur tout le massif, aussi bien espagnol que français.

Reintroduction d'ours dans les Pyreénées 1996

 1996
  • 19 mai 1996, à Melles (31) : ZIVA, femelle
  • 6 juin 1996, à Melles (31) : MELBA, femelle
    Morte accidentellement en 1997

1997

  • 2 mai 1997, à Melles (31) : PYROS, mâle

2006

  • 2 juin 2006, à Arbas (31) : BALOU, mâle
  • 25 avril 2006 à Burgalays (31) : PALOUMA, femelle
  • Morte le 25 /08/07 suite à une chute sur barre rocheuse
  • 28 avril 2006, Bagnères de Bigorre (65) : FRANSKA, femelle
  • Morte le 9/08/07 suite à une collision avec une voiture
  • 17 mai 2006, à Arbas (31) : HVALA, femelle
  • 22 août 2006, à Arbas (31) : SAROUSSE, femelle

 Population d’ours en 2005
Répartition communale (Andorre, Espagne, France) sur la base des
informations de l’équipe technique ours (ONCFS) 
et du réseau ours brun

Mode de vie
Contrairement aux idées reçus, l’ours brun des Pyrénées a plus un régime végétarien que carnivore. Cela ne l’empêche pas de s’attaquer parfois aux moutons. Des dizaines de déclarations d’attaques de bétail ont été observées en 2007, entraînant une indemnisation.

Dégats d'ours sur le massif Pyrénéen

côté français (sources IPHB)

  • 401 ovins tués
  • 1 porcin tué
  • 1 cheval tué
  • 24 ruches détruites
 
Constat par l’IPHB d’une attaque d’oursdans une
vallée béarnaise (Photo G.Fert)  

Concernant l’apiculture, le renforcement de la population locale par des ours slovènes, à rendu impossible le placement des ruches dans les emplacements habituels de certaines vallées sans une protection particulière. Il semblerait que l’ours slovène soit plus attiré par les ruches que son cousin pyrénéen. L’ours préfère de loin le couvain au miel. Cette consommation de larves lui apporte les protéines nécessaires à la sortie de l’hiver et en fin d’automne en prévision de l’hivernage. 

Les attaques de ruchers
Quel que soit le pays, les apiculteurs exerçant dans les zones à ours sont de plus en plus concernés par les attaques de ruchers. L’évolution des textes montre une tendance vers une protection juridique de plus en plus importante de la biodiversité et notamment de l’ours brun. L’espèce étant menacée, les États, qui abritent une population d’ours brun, portent une responsabilité dans sa conservation et donc dans la mise en oeuvre de mesures efficaces de gestion, voire de restauration.

L’ours brun est une espèce protégée au sens de l’article 12 et de l’annexe IV de la directive Européenne, (interdiction de capture ou de mise à mort intentionnelle…)

Les attaques ont parfois lieu en début de saison, à la sortie de l’hibernation lorsque peu d’aliments sont disponibles (de mars à juin) mais le plus souvent à l’automne. Au cours des cinq dernières années, dans les Pyrénées, les ours ont endommagé en moyenne 22 ruchers par an avec des dégâts portant sur 35 ruches par an en moyenne. Généralement, lorsque l’ours s’attaque à un rucher, il endommage une seule ruche. Et, dans de rares cas, les dégâts portent sur un nombre plus important de ruches (pouvant aller jusqu’à une dizaine).

Les contraintes intrinsèques à la montagne demeurent un frein au développement de l’apiculture. Cependant, cette activité présente d’importants débouchés et des possibilités de valorisation. L’impact de l’ours est relativement faible mais nécessite d’être pris en compte pour proposer des solutions de prévention des dommages adaptées. Ministère de l’environnement 2007.

Protection des ruchers
Les recommandations en cas d’attaque sont :

  • changer d’emplacement lorsque c’est possible,
  • placer un poste radio dans le rucher ( le bruit permanent dissuade l’ours quelques jours, le temps de prendre d’autres mesures),
  • installer une clôture électrifiée. S’il persiste, piéger l’animal afin de le déplacer à plusieurs centaines de km.

La protection des ruchers contre les attaques d’ours passe le plus souvent par l’installation de clôtures électriques fixes ou mobiles pour les ruchers transhumants.

Un appui financier est apporté aux apiculteurs pour leur permettre de s’équiper d’une clôture électrique de protection. Un soutien est également fourni pour compenser le temps passé par l’apiculteur transhumant à déplacer et remonter sa clôture durant la période de production. Un appui technique pour l’utilisation de ces clôtures est dispensé par les techniciens pastoraux itinérants de l’équipe technique ours.

Si pour les bovins et chevaux une clôture de 3000 volts suffit, ( 1000 V. pour les porcs) il faut 5000 V. pour dissuader l’ours, voire 10 000 à 12 000 V. comme au Canada. Quatre rangées de fil électrifiés sont nécessaires. Mais cette protection a ses limites. Les poils de l’animal l’isolent bien contre le courant. Parfois il passe à travers les fils sans recevoir de chocs importants. La « bonne pratique » veut que l’on accroche un morceau de jambon sur le fil. L’ours reçoit ainsi une décharge sur le museau, partie sensible, et en principe ne revient pas renifler dans le secteur.


Installation de clôtures avec batterie solaire,
dans le Haut Béarn. (Photo .G. Fert)

Témoignage
«Je me croyais malin en te disant que je n'avais jamais de problèmes d'ours, et voilà que cette année c'est mon tour. Le compère n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. Pas moins de trente ruches renversées et 12 ruches complètement destroy.

Les gardes de "Conservation Manitoba" m'ont vraiment aidé. Nous avons installé deux énormes pièges mais jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons pas la chance de notre côté. Les pièges restent désespérément vides.

Dans certaines régions du Canada, c’est pire. Je me rappelle très bien d’un emplacement où ce collègue avait sanglé chaque ruche individuellement avec un feuillard métallique qui était connecté à la clôture électrique, pour te dire le degré d’exaspération du gars.


Piégeage au Canada ( photo P.Faure)

En s'approchant de l'emplacement, on s'est vite rendu compte que les abeilles étaient habituées aux nombreux dérangements de l’ours car nous nous sommes fait cueillir par une volée d'abeilles très agressives.

Comme me l'expliquait ce collègue, l'ours détruit la clôture puis fait rouler les ruches une par une par terre pour les ouvrir, mais comme chaque ruche est entourée d'un feuillard métallique, il n'y arrive pas. Je te laisse imaginer l'excitation des abeilles. » Pierre Faure, Apiculteur au Canada www.frenchbeefarm.com

Les aides
Afin d’aider les apiculteurs à protéger leurs ruchers, des mesures ont été mises en place. Elles correspondent au financement de l’achat de clôtures électriques fixes ou mobiles, et de leur installation ainsi que le soutien à leur utilisation annuelle. Les techniciens pastoraux itinérants de l’équipe technique ours peuvent fournir un appui technique pour le choix de ces clôtures.

A la suite des attaques de l’année 2000, le nombre de clôtures achetées pour protéger les ruchers a fortement augmenté en 2001. Leur utilisation se fait par les apiculteurs pour la plupart, sans soutien financier.

Les indemnisations
L’indemnisation des ruchers endommagés par l’ours est également financée selon un tarif révisé annuellement et calqué sur les prix du marché du miel.

Prévention des dommages aux ruchers

  • Achat de clôtures
  • Financement du matériel destiné à la protection des ruchers, a son transport et à sa mise en place (dans le cas de clôture fixe pour protection des ruchers non transhumants). jusqu’à 100% du TTC
  • Mise en oeuvre des clôtures mobiles pour les ruchers transhumants
  • Installation en début de saison, déplacement et désinstallation en fin de saison des clôtures.
    80 € par rucher et par apiculteur

« Des dégâts ont été constatés sur certains ruchers protégés par clôture. Une amélioration du dispositif technique sera travaillée par les techniciens en collaboration avec les professionnels apicoles. Une réflexion pourra être menée également pour le développement de nouvelles modalités de protection. Il a été évoqué, dans le cadre du déroulement de la concertation, la piste de ruchers non transhumants construits en dur. » Ministère de l’environnement.

Chez nos collègues
La Turquie qui abrite une population d’environ 3 000 ours bruns vient d’en autoriser la chasse avec un quota bien défini. Les apiculteurs sont souvent amenés à placer les ruches sur des plates-formes d’une hauteur de 3 m.

Le Canada est certainement le pays le plus touché par les attaques dues aux ours. La province très apicole qu’est le Manitoba estime sa population à 30 000 ours noirs. L’utilisation de clôtures électriques est pratique courante. Protégés par leur épaisse fourrure, les jeunes attirés par l’odeur du miel, franchisent souvent les protections. Les gardes de l’environnement placent des pièges afin de les déplacer( photo 4) . Malgré cela, chaque année, 100 à 150 individus particulièrement attirés par les ruches sont tués.

Les États-Unis sont dans une moindre mesure également touchés. Nos collègues de l’État de Caroline du Nord estiment la perte de leur revenu annuel de 6.64% à 12.57% suivant les années. Ils observent la plupart des attaques juste à la sortie de l’hiver, et dans une moindre mesure en automne.

Témoignage
« Notre petit village est situé à quelques km de la frontière Tchétchène. Mon rucher d’une trentaine de colonies se trouve dans le verger non loin de la maison. De temps en temps, une ruche disparaissait sans laisser de traces. Avec les gens du village, nous avons tout de suite pensé à un voleur de passage franchisant la frontière. Une nuit de pleine lune, je décide de surveiller avec ma kalachnikov. Première nuit, rien. La deuxième nuit quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver prudemment un ours visiblement âgé. Je n’ai pas compris tout de suite sa présence ici, car habituellement, ils ne viennent pas aussi près des habitations, et s’ils attaquent il y a des débris de ruches détruites partout. J’allais de surprises en surprises quand je le vis saisir à bras le corps une de mes ruches 10 cadres ; exactement comme lorsque je transhume. Ma curiosité l’emporta sur mon instinct de chasseur, j’attendais. L’ours se dirigea tout droit vers la rivière, fit basculer la toiture et immergea tout le corps de ruche dans l’eau glaciale, la patte bien appliquée sur la ruche pour contrer la force du courrant courant. 2 à 3 mn après, il l’emmena sur l’autre rive et commença à sortir les cadres un à un et dévora le couvain sous mes yeux. » Valery Shatili apiculteur géorgien.

L'apiculteur de demain devra s'adapter et apprendre à cohabiter avec le premier occupant des lieux : l'ours. Les autorités devront être compréhensives envers les apiculteurs qui, en transhumant leurs abeilles dans ces zones difficiles, contribuent par la pollinisation à la fructification de toutes les plantes à baies une des principales source de nourriture pour l'ours.

Pour en savoir plus

  • www.ours.ecologie.gouv.fr
  • Camara Jean Jacques.1989, L’ours brun édition Hatier
  • Kandemir Irfan, 2007, Bees and Bears. American bee journal
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  • www.apiculture.com/fert