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Nouveau système de fécondation de reines réalisé en Argentine, devant être utilisé en Colombie : "Tunnel de vent" 

Par Ricardo Arturo García Rulli - Entretien réalisé par Rodrigo Gonzalez
www.diarioapicola.com.ar y noticiasapicolas.com.ar
Traduction française de Juan Crespo

Ricardo Garcia,apiculteur argentin de renommée, résidant en Colombie, présente ici un système de fécondation contrôlée de reines, non invasif. Le but de ce travail est de favoriser la disponibilité en ressources génétiques pour améliorer la production de miel dans les différentes zones biogéographiques colombiennes. Participent au projet Ricardo Garcia Rulli comme coordinateur technique et le Dr. Guillermo Salamanca Grosso, du Groupe de recherche de l’Université de Tolima. Premiers pas de ce système d’insémination contrôlée : « C’est avec l’intention d’anticiper par rapport aux autres éleveurs de reines, qu’en 2000 à partir du mois de juin, j’ai commencé à stimuler mes ruches de Bahia Blanca, à l’entrée de la Patagonie argentine. Pour ce faire j’ai distribué du sirop de sucre préparé comme prescrit habituellement, de plus j’ai distribué 20 grammes d’un substitut de pollen tous les 4 jours. J’ai obtenu ainsi un développement assez remarquable des colonies afin de pouvoir obtenir une ponte importante de faux-bourdons, ceux-ci d’après mes calculs devant être mûrs pour le mois d’août. Par ailleurs nous avions déjà constaté que les reines obtenues par insémination instrumentale ne donnaient pas de bons résultats sur des colonies à production élevée. En effet celles-ci étaient systématiquement tuées par les abeilles de ces colonies lorsque se produisent les très fortes secrétions de nectar. Le grand problème à résoudre était : comment réussir à féconder des reines avec peu de marge en termes de lumière diurne, des températures trop basses et de vents violents qui rendent impossible la fécondation naturelle jusqu’à la mi-octobre, climat caractéristique de ma région. Je décidais donc de reconstituer les conditions adéquates aux vols de fécondation par les mâles

Gonzalez: Comment réalise-t-on cette fécondation contrôlée ?

García Rulli: Pour reproduire les conditions nécessaires j’ai développé ce que j’ai appelé « un tunnel de vent » que j’ai installé dans mon laboratoire. Il mesure 1m de long, 60cm de haut et 80cm de large. Il comporte une structure en aluminium recouverte en tissus et posé sur une table à roulettes afin de pouvoir l’approcher de la lumière solaire pour faciliter les vols de propreté des mâles. Dans la partie supérieure j’ai installé 20 lampes dichroïdes de 200W. Je disposais également un ventilateur de 60cm de diamètre équipé d’un potentiomètre pour réguler sa vitesse de rotation. A l’intérieur d’une des extrémités du tunnel j’ai placé le support permettant de maintenir les reines. J’ai également placé un support pour des cages à reines peuplées, celles-ci étant destinées à pouvoir y libérer plus d’une seule reine mais aussi pour provoquer une plus grande excitation sexuelle des mâles. Je mis une paire de semaines pour réussir à calibrer la quantité de lumière, l’humidité, la vitesse du vent et la quantité de reines pour réussir à ce que les mâles s’intéressent à elles. Je réussis par y parvenir. Je mis également au point le système de rétention pour maintenir les reines.

Gonzalez: Est-il compliqué de réaliser ce système de rétention ?

García Rulli: Non, ce n’est ni plus ni moins qu’un morceau de 1cm de longueur de réservoir de stylo-bille usagé à l’intérieur duquel on glisse un bracelet élastique qui fait une sorte de laisse que l’on place autour du thorax de la reine. C’est ainsi que de manière simple et peu coûteuse on parvient à immobiliser les reines et à les suspendre à l’intérieur du tunnel de vent tout en imitant la position qu’elles adoptent lors des vols nuptiaux. Je parvins avec aisance à féconder mes reines à l’intérieur du tunnel même par temps de pluie ou de gel, sans effort en une heure je parvenais à féconder plus de 20 reines. Ce système que j’appelle fécondation assistée permet de sélectionner les mâles et les reines à croiser tout comme avec l’insémination instrumentale sans présenter les inconvénients concernant leur destruction lors de l’explosion des sécrétion s de nectar évoquées plus haut.

Gonzalez: Qu’est-ce qui t’a conduit à faire ce type de fécondation ?

García Rulli: La raison pour laquelle j’ai mis ce système au point vient de l’impossibilité où je me trouvais de produire des reines fécondées en début de saison. Tu sais bien que les apiculteurs demandent les reines au plus tôt et qu’il n’y en a aucun qui te dis : « tu me les fourniras lorsque tu pourras le faire ». De plus ce système permet de réaliser une véritable sélection génétique. J’eus la chance de pouvoir disposer à la maison d’une serre que je n’utilisais plus. Je la transformais en tunnel de vol pour les mâles. Ceci me permit de procéder au contrôle strict de leur ruche d’origine en observant quelle ruche les acceptait au retour des vols de propreté. Je les prélevais alors pour les introduire dans le tunnel de vent du laboratoire. Ceci me permit de travailler avec des lignées dont le sang était bien défini.

Gonzalez: As-tu pu savoir s’il existait une différence de durée de vie utile entre une reine inséminée instrumentalement une reine inséminée de manière contrôlée et une reine fécondée naturellement ?

García Rulli: Une des raisons qui m’ont conduit à développer ce projet est venue après avoir observé que les reines fécondées instrumentalement avaient une durée de vie très courte dès lors que commencent les fortes sollicitations des colonies lorsque surviennent les puissantes sécrétions de nectar comme c’est par exemple le cas sur colza ou sur les vastes forêts d’eucalyptus. Le massacre des reines devient véritablement catastrophique. Lorsque ces sécrétions sont de type lent et prolongé c’est d’avantage acceptable pour la durée de vie de ces reines inséminées instrumentalement. Nous avons fait des essais sur des colzas semance dans la région de Tres arroyos et nous n’avons pas perdu une seule reine issue de la fécondation contrôlée. Je ne connais pas la durée de vie avec ce type de reines car je change mes reines tous les ans. Ce que je peux affirmer c’est que toutes les reines introduites y compris celles qui le furent dans les colonies que nous conduisons en production élevée à double reine se comportèrent de façon tout à fait satisfaisante, nous eûmes un taux d’acceptation lors des introductions de 99,97% en utilisant des ruches à double chambre à couvain. Nous utilisâmes le système d’introduction consistant à balayer toutes les abeilles dans une hausse vide munie d’une grille à reine que nous plaçons sur la ruche d’origine pourvue des cadres sans les abeilles et replacée tel qu’à l’origine. Lorsque tu en as terminé avec la dernière ruche tu reviens à la première et tu peux voir la reine qui essaie de revenir dans le corps. Tu la supprimes puis tu endors la nouvelle reine à introduire au nitrate d’ammonium et tu l’introduis. Vingt minutes après, la colonie se remet à travailler comme si de rien n’était.

Gonzalez: Avec ce type d’insémination tu dois avoir un potentiel de banque à reines de toutes les régions ? Est-ce ce que tu recherches ?

García Rulli: Oui, la raison d’appliquer ce système ici en Colombie c’est que le pays a différentes zones biogéographiques avec des caractéristiques particulières à chacune. Par exemple sur la côte tu as des températures élevées, en savane de Bogota tu as des basses températures, différents horaires de lumière et différentes moyennes pluviométriques. Comme tu le sais la super abeille n’existe pas ce qui revient à dire que je ne peux pas faire une seule abeille pour toute la Colombie. Le projet consiste donc à développer une ABEILLE COLOMBIENNE, avec rigueur scientifique, en déterminant l’ADN, ses allotypes et lui apporter grâce à l’insémination toutes les caractéristiques idoines afin qu’elle donne les meilleurs résultats dans chaque région. Avec ce système de fécondation nous essaierons d’améliorer. Les abeilles issues de la sélection massale faite par les apiculteurs puisque d’année en année ils ont déjà sélectionné leurs meilleures colonies, les plus productives, les plus douces, les plus saines et les moins essaimeuses. En appliquant mon système nous apporterons des différentes régions des reines dont nous obtiendrons des fils et des filles. Lorsque le Dr. Guillermo Salamanca Grosso aura défini l’ADN de chaque lignée au moyen de l’identification des allotypes génétiques nous commencerons à produire des mâles qui ne pourront sortir voler que dans les tunnels de vol sous contrôle. Nous utiliserons le système Doolittle modifié pour l’élevage des reines proprement dit, celles étant inséminées avec le système que j’ai mis au point en Argentine. Tout ceci devrait nous permettre d’avoir un contrôle total des fécondations sans trop d’appareillage et au moindre coût.

Gonzalez: Combien de faux-bourdons utilises-tu ?

García Rulli: Le nombre de mâles varie de 7 à 13, cela dépend de la quantité de mâles dont tu disposes. Il m’est arrivé d’introduire des reines inséminées par seulement 5 mâles dans des colonies qui ont été utilisées en production intensive sur une miellée, je te parle là de ruches ayant produit plus de 100 kg.

Gonzalez: Depuis quand mènes-tu cette recherche ?

García Rulli: J’ai commencé les premières expérimentations en 1998, lorsque j’eus l’heureuse idée de placer les ruches dans une serre chauffée pour qu’elles se développent d’avantage. Ce fut une belle réussite : j’obtins lamentablement le plus gigantesque élevage de Noséma, contaminé par Apis mellifica, de toute l’Argentine. Ce fut un de mes plus grands échecs après celui lié aux inondations de la zone de Bajo hondo où je perdis toutes les colonies que je possédais alors ainsi que quelques uns de ceux qui prétendaient être de mes amis ou des proches. Par contre j’y sauvais deux grands vrais amis, Roberto Aguirre et Raul Maccari…(mes amitiés à eux, ils sont encore présents à ma mémoire). Après quoi je compris qu’il était plus facile de reproduire les besoins des reines au moment de la fécondation plutôt que de vouloir manipuler le climat.

Gonzalez: Comment fonctionne le tunnel de vent ?

García Rulli: Pour parvenir à faire voler les faux-bourdons tu dois reproduire les conditions de luminosité, d’humidité, de vitesse du vent et de température optimales. Qu’elles sont-elles ? C’est simple il suffit de sortir à l’air libre un beau jour de novembre et vous obtiendrez tous les paramètres que vous avez à connaître. Ensuite vous devez les reproduire à petite échelle dans une pièce (laboratoire). Vous parviendrez ainsi à faire voler vos mâles. Réussir à ce qu’ils s’intéressent aux reines à féconder est un peu plus compliqué. Ce qu’une dame seule ne parvient pas à faire cinq ou six y arrivent beaucoup mieux. Les reines doivent être âgées de 6 à 10 jours quant aux mâles il doivent avoir plus de 50 jours. Si tu ajoutes à ce cocktail les conditions optimales, les fécondations sont beaucoup plus faciles que ce que l’on pourrait croire.

Gonzalez: Combien de fois faut-il exposer au processus les reines ?

García Rulli: Ce processus n’est appliqué qu’une seule fois. Comme je l’ai déjà expliqué, avec seulement cinq faux bourdons c’est suffisant. Si tu n’y prends pas garde le temps de régler les paramètres et 10 mâles y passent avant que tu n’aies réussi à récupérer la reine.

Gonzalez: Quel avenir pour ce système ?

García Rulli: Je pense que pour la reproduction contrôlée et l’amélioration de la qualité des reines il n’y a aucun système aussi naturel et contrôlé que celui-ci. Quant au coût de l’installation il est infime. Concernant les capacités requises pour l’opérateur elles sont quasi nulles puisqu’une fois que les paramètres ont été déterminés un enfant pourrait manipuler le système. J’espère qu’on me sera reconnaissant pour les efforts et les nombreuses heures que j’ai passées à essayer de vaincre dame nature. Même de nuit ont peut travailler avec ce système. Il ne requiert pas que la reine soit endormie, il ne requiert pas de prélèvement de sperme, il respecte le processus naturel d’accouplement des reines et il te permet de décider quelle lignée ira avec telle autre avec une sécurité de 100%. De plus les reines sont à la hauteur de ce qu’il faut pour faire face aux exigences des colonies de haut niveau de production sans problème. Je ne doute pas que lorsque ce système sera connu il sera à coup sûr utilisé car je pense qu’il ne présente aucun inconvénient.

Ricardo Arturo García Rulli - Entretien réalisé par Rodrigo Gonzalez
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