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SNA
Avec l'aimable autorisation de la revue du SNA - Abonnez-vous à l'Abeille de France

mars 6

Mars, ça repart ! (2004)
Par B. Cartel

Tout comme le pêcheur prépare ses lignes et ses vêtements avant l'ouverture de la pêche, l'apiculteur, et plus encore le débutant, doit être prêt pour ses premières interventions. On ne visite pas une colonie d'abeilles comme on entre dans une étable ! Tant qu'elles sont maîtrisées, les abeilles restent douces et tranquilles et il n'y a pas de danger. Mais si l'apiculteur ignorant ou négligeant commet une série d'erreurs, la colonie peut se transformer en une bombe vivante et piquante pour son propriétaire mais aussi pour son voisinage.

C'est la raison pour laquelle il doit préparer ses outils, ses vêtements de protection, organiser calmement son intervention, bref, mettre tous les atouts de son côté pour intervenir dans les conditions de sécurité optimales.

La boîte à outils
La boîte à outils de l'apiculteur devra être stable tout en restant légère. Nous y rangerons :

mars 1     mars 2

Cette liste n'est pas exhaustive mais est déjà suffisante pour travailler correctement. Nous conseillons de peindre de couleur vive les petits outils qui risquent de tomber et de se perdre dans l'herbe. Nous penserons à rajouter un seau avec couvercle contenant de l'eau javellisée pour désinfecter les matériels sur le terrain.

Les vêtements de protection
Le choix ne manque pas et va de la tenue la plus simple - chapeau et voilette - à la combinaison intégrale. C'est pendant les journées les plus chaudes que l'apiculteur travaille au rucher. Dans ce cas, la tenue intégrale se transforme en mini serre. Il faut en tenir compte avant l'achat. Nous avons opté pour 2 tenues qui restent au rucher : l'une, légère, et qui suffit dans la majorité des cas, chapeau, voilette et gants. Nous n'emploierons l'autre, combinaison courte et pantalon, que pour les opérations à risque.

Nous maintenons l'idée de 2 tenues. La dépense en est un peu plus importante mais la sécurité n'a pas de prix. Il n'est pas un apiculteur qui ne garde en mémoire une aventure cuisante, faute de protection, ou à cause d'une protection insuffisante. Les abeilles ont le pouvoir extraordinaire de trouver et de s'acharner sur le point faible de notre protection. Pour terminer sur ce sujet et concernant les gants, nous choisirons ceux qui se lavent et retrouvent leur souplesse d'origine. D'autres, après lavage, deviennent si rigides qu'ils deviennent inaptes à l'emploi.Le débutant, et c'est normal, ne doit pas s'exposer inutilement lors de ses premières interventions. Pour peu qu'il commette une faute, les abeilles ne manqueront pas de le lui rappeler. Bien protégé, il se sentira sûr de ses gestes et travaillera en toute confiance. Avec le temps, il prendra de l'assurance et abandonnera progressivement la tenue intégrale au profit de la tenue légère.

Préparons la première intervention
Avant d'intervenir, le débutant doit penser qu'il ne lui faudra jamais rompre l'équilibre homme/abeilles et qu'il devra toujours rester maître de la situation. Mais il arrive que ce point de rupture soit dépassé. Les abeilles prennent alors le dessus et l'apiculteur n'a plus qu'une chose à faire : ne pas insister, fermer la ruche et quitter les lieux. Si la fuite n'est jamais glorieuse, elle a le mérite de ramener à terme le calme au rucher. Après ces propos très théoriques, voyons quelques règles à respecter pour tenter de maîtriser ses avettes, autant que faire se peut.

Quand et pourquoi visiter ?

Les colonies sauvages ne sont jamais visitées et pourtant elles ont pu survivre en se perpétuant pendant des millénaires. De même, on pourrait imaginer, qu'abritées dans des ruches confortables, les abeilles seraient encore plus aptes à se passer de l'homme. Ce n'est que partiellement vrai. Si les colonies, soi-disant domestiques, se moquent bien de nous, elles ont parfois besoin d'aide pour rester pérennes. Aussi, l'un des secrets du bon apiculteur, c'est de pénétrer dans le monde de la colonie, juste quand il le faut et pas plus souvent. Durant l'année apicole, nous pensons que 4 visites du corps de ruche, programmées, sont amplement suffisantes : 

En ce mois de mars, c'est la prévisite de printemps qui nous occupe déjà par l'observation des trous de vol et ensuite par une brève visite. Certaines ruches n'ayant aucune activité, on peut en conclure qu'elles sont mortes pendant l'hiver. Il n'y a pas de quoi s'alarmer tant que le nombre de colonies mortes est inférieur à 10 %. Dans un premier temps, nous fermerons l'entrée avec les tirettes afin d'en interdire l'accès à d'éventuelles pillardes. Ces ruches seront ensuite démontées pour tenter d'en déterminer la cause. Si les abeilles sont pour la plupart fichées dans les alvéoles, le doute n'est plus permis : les abeilles sont mortes de faim même s'il reste encore quelques provisions que la colonie n'a pas pu atteindre Celles-ci sont récupérables.

     

Un tas d'abeilles mortes au fond d'une ruche, du couvain en très mauvais état avec encore des provisions peut faire penser à une mortalité par maladie. Dans ce cas, la récupération de cadres avec ou sans miel est hasardeuse. Car le risque de transmission d'agents pathogènes n'est pas à exclure. Le plus sage est de les brûler.

Cette solution extrémiste peut être mal comprise et une explication s'impose : si la colonie a été victime de la loque américaine, l'agent causal Bacillus larvae est passé de la forme de multiplication à la forme de résistance : la spore. Celle-ci possède une forte résistance et peut, si les conditions lui deviennent favorables, développer de nouveau la maladie. Jusqu'à présent, elle était combattue à l'aide d'un antibiotique l'oxytétracycline, lequel n'a pas d'action sporicide et de plus n'a pas obtenu d'Autorisation de Mise sur le Marché (A.M.M.), la maladie étant bien souvent " blanchie " pour réapparaître l'année suivante. La destruction par le feu des colonies malades est donc bien la meilleure façon de se débarrasser de la loque américaine tout en conservant l'emploi des antibiotiques à des fins plus utiles.

Venons-en aux colonies présentant une activité. On les visitera rapidement en ayant le souci de ne pas refroidir le couvain. Sa présence confirme celle de la reine. Lors de cette visite, nous nous bornerons à adapter le volume de chaque colonie en fonction de sa force en supprimant par exemple d'un seul côté 1 ou 2 cadres vides et en cloisonnant l'ensemble d'une partition. Confinée, une colonie se développe dans de meilleures conditions.

Au cours de cette visite, il est possible de trouver une colonie sans couvain. C'est qu'elle est probablement orpheline ou qu'elle possède une reine qui ne pond plus ou qui pond uniquement des œufs de mâles, sa spermathèque étant vide. Pour cette colonie, même remérée (encore faut-il avoir une reine disponible), les chances de se rétablir sont faibles et de toute façon, elle ne sera pas en état de produire cette année.

Le plus sage consiste à la réunir avec une colonie faible mais méritant d'être renforcée. Ainsi aidée, celle-ci rejoindra le bataillon des colonies productives, les seules qui nous intéressent. Nous profitons de cette première visite pour nettoyer les plateaux récepteurs des déchets tombés des cadres. Après un grattage efficace, on les passera sérieusement à la flamme. Cette première visite devant être brève, nous en resterons là. Outre le fait qu'il faut éviter le refroidissement du couvain, pensons que la visite de la colonie crée un stress et incite celle-ci à consommer. Il s'ensuit logiquement une augmentation de la ponte qui peut devenir néfaste pour les colonies incapables de couvrir et de chauffer efficacement une plus grande surface de couvain, si les conditions météo redeviennent défavorables.

Il se peut qu'à la suite d'un refroidissement toujours possible, les abeilles reformant la grappe délaissent une partie du couvain périphérique. Privé de soins, il meurt rapidement. C'est le côté négatif d'une accélération de ponte précoce se traduisant par un surplus de travail pour les nettoyeuses, chargées d'éliminer les larves mortes. Celles-ci ont consommé inutilement des provisions qui risquent de manquer dans les semaines à venir.

Le nourrissement
Au cours de cette période, on observe que si certaines colonies possèdent suffisamment de réserves de miel, d'autres en manquent. Plusieurs paramètres sont à prendre en considération pour expliquer ces différences :

Il est compréhensible qu'une colonie gourmande qui ne possède que peu de réserves à l'automne et qui de plus développe précocement son couvain, risque de se trouver à court de nourriture.

À l'inverse, une colonie économe, déjà bien pourvue en provisions d'automne et qui retarde son développement, sera excédentaire à la même époque. Entre ces deux extrêmes, il existe toutes sortes de situations… Comment faut-il aider les colonies en manque ?

D'abord, il faut indiquer au débutant qu'il existe 2 types de nourrissement. Le premier peut être qualifié de substitutif et correspond bien à l'idée d'aider une colonie qui manque ou va manquer de nourriture (miel). Cet apport peut être solide (candi) ou liquide (sirop). Dans ce cas, le sirop sera plutôt concentré (60 % de sucre - 40 % d'eau). L'intérêt du nourrissement solide, c'est qu'il peut être administré en hiver, au début du printemps, quelle que soit la température extérieure. Les abeilles le consomment au fur et à mesure de leurs besoins, si elles peuvent y accéder. Le sirop concentré proposé en fin d'hiver n'est pris et stocké que lorsque la température extérieure devient agréable et qu'elle permet la sortie des abeilles.

Le deuxième nourrissement dit spéculatif est liquide. C'est une solution de sucre et d'eau à parties égales (50/50). Ce sirop, administré au printemps a le pouvoir de doper la ponte de la reine, tout en constituant quelques réserves. Les colonies qui en reçoivent trop tôt, se développent très ou trop rapidement, avec les inconvénients que nous avons évoqués en cas de refroidissement. De plus, il favorise l'essaimage de colonies trop rapidement riches d'abeilles alors que la miellée n'est pas au rendez-vous. Cette formule qui peut donner de bons résultats à certaines colonies en retard doit être utilisée avec modération et en connaissance de cause.

La fiche de renseignements
Le débutant en apiculture ne se rend pas forcément compte qu'un suivi de ses colonies passe par un écrit. C'est pourquoi nous suggérons que chacun pense à mettre en place, sous le toit de chaque ruche, une fiche de renseignements. C'est elle que l'on découvre en ôtant le toit et c'est elle que l'on consulte utilement avant toute intervention. Nous vous présentons ci-dessous la nôtre, mais vous pourrez apporter votre touche personnelle à sa présentation. L'important, c'est qu'elle soit pratique à remplir et à lire. Nous y notons succinctement les informations utiles concernant :

Dès que cette fiche sera mise en place, sa mise à jour deviendra aisée et automatique. Elle vous permettra d'un simple coup d'œil de connaître la situation de telle ou telle ruche sans perturber son intimité.

"Du premier au dernier jour, Mars nous empoisonne toujours". Cette sentence populaire doit inciter l'apiculteur pressé d'ouvrir ses ruches, à être prudent. Rien ne sert de visiter trop tôt, de pousser la ponte des reines et d'obtenir de fortes colonies avant la miellée. Elles risquent d'enclencher fin avril début mai, un processus d'essaimage que nous ne saurons pas maîtriser. Le but de l'apiculture, c'est de produire quelques kilos de miel. L'apiculteur se doit d'aider ses colonies mais en respectant le cycle des abeilles et celui des saisons. Selon que l'on soit en zone privilégiée ou non par le soleil, on visitera en gardant toujours à l'esprit l'idée que pour produire les milliers de butineuses opérationnelles, il faut environ deux mois. Prêtes à butiner avant ou après la miellée, elles sont inutiles

Les abeilles indigènes l'ont inscrit dans la mémoire collective de l'espèce. Les perturber, c'est aller à l'encontre de ce qu'elles savent faire et à l'encontre de notre intérêt.
B. Cartel
Crédit Photos : Viviane Chong-Wing & Claude Calcagno

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