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L'Hivernage, stratégie de survie (1999)
Par F. Anchling

En novembre, les arbres perdent leurs dernières feuilles, le soleil se fait plus rare, les nuits plus longues que le jour. Le refroidissement de l'atmosphère s'accentue chaque jour : vent, pluie, brouillard et tempêtes se succèdent et même quelques chutes de neige sont possibles. Nos abeilles savent tout cela et ont pris leur quartier d'hiver ; elles se resserrent au centre de la ruche pour former une grappe qui ne devra pas être dérangée. Les abeilles solitaires hivernent à l'état de larves, de nymphes parfois d'adultes bien à l'abri dans la cache où elles réalisent leur développement ; elles ne la quittent qu'au printemps suivant pour recommencer un nouveau cycle de reproduction. Même les colonies d'espèces sociales comme les bourdons, guêpes ou frelons disparaissent en hiver et seules les reines fécondées survivent. L'abeille mellifère par contre présente la particularité de passer l'hiver sous forme de colonies constituées de la reine et de plusieurs milliers d'ouvrières. Ce mode d'hivernage constitue : la stratégie adoptée par l'espèce.

C'est simplement une des phases critiques du cycle biologique annuel soigneusement préparé par la colonie. Le mécanisme s'enclenche après le solstice d'été, fin juin et s'adapte au rythme de la descente du soleil sur l'horizon. Il se traduit par une diminution progressive des surfaces de couvain après une longue période d'expansion, ce qui modifie profondément la dynamique de la colonie. Les nourrices sont en surnombre puisque le couvain diminue. L'alimentation des larves s'en trouve améliorée. Celles-ci consomment plus de nourriture et naissent plus lourdes qu'au printemps. Ce sont les abeilles d'hiver.

L'Abeille d'hiver doit survivre plusieurs mois pour atteindre le printemps suivant alors que l'abeille d'été ne vit parfois pas plus de trois ou quatre semaines. Cette longévité est associée à d'importantes réserves corporelles : glucides, lipides, protéines. L'ensemble du corps est concerné mais surtout le corps gras qui se développe de manière très importante. Ces réserves sont essentielles pour assurer dans de bonnes conditions l'élevage du couvain à la fin de l'hiver, grâce à des glandes pharyngiennes restées jeunes car n'ayant exercé aucune activité.

Pour réussir son hivernage, notre Apis mellifera doit bénéficier d'un habitat et d'un environnement confortable pendant tout l'hiver. Elle organisera donc son nid de manière à valoriser pleinement son potentiel de survie, mais aussi de développement printanier. L'emplacement de la colonie dans la ruche dépend du confort que lui procure le micro-climat qui y règne : couvain au centre, pollen et provisions à l'extérieur. En fin de saison, l'importance des provisions et leur positionnement dans la ruche détermineront la place et le volume du nid à couvain. La colonie hiverne normalement à l'emplacement du dernier couvain sur des rayons vides afin de pouvoir se former en grappe d'hivernage dans de bonnes conditions.

Pour cela, elle recherchera une aération suffisante, la proximité des provisions et des déperditions thermiques réduites. L'étude des langes placés sous les corps de ruche nous montre que presque toujours la grappe se forme à proximité immédiate du trou de vol, sauf dans le cas de paroi chaude (deux ruches accolées) contre laquelle se fixeront les deux grappes pour limiter les déperditions caloriques.

Le role de l'apiculteur
Se limite à épauler ses colonies pour satisfaire au maximum leurs exigences physiologiques et écologiques. Pour cela, il devra prendre quelques précautions dictées par l'expérience, bien connues de tous les Apiculteurs, mais indispensables et qu'il n'est pas inutile de rappeler.

1) Le rucher et son environnement
Il faut éviter un positionnement sous la bise froide qui refroidirait inutilement la grappe et provoquerait une plus forte consommation de nourriture. On recommande de tourner les entrées des ruches vers le sud ou mieux le sud-est pour bénéficier au maximum des rayons du soleil, mais rien n'est absolu et il est toujours possible de dévier le vent avec une brique ou une planchette. C'est peut-être le moment de planter une haie brise-vent, certains arbustes poussent très vite : jusqu'à 1 mètre par an. Les bas-fonds humides et souvent dans le brouillard sont à proscrire ainsi que les zones à risques : inondations, avalanches ... Profitons des belles journées froides de ce mois pour travailler autour du rucher : enlever les ronces, les buissons et autres plantes gênantes ; pour tondre à ras et aménager l'accès. Ne pas oublier que le frottement des branches d'arbres contre les ruches est préjudiciable à un bon hivernage et que la pose de protections pour assurer la tranquillité du rucher est quelquefois très utile.

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Débroussaillage, ruches fermées par précaution
Cliché Chong Wing

2) Les ruches
Doivent être étanches à l'eau de pluie, surélevées du sol d'au moins 30 à 40 cm pour qu'il y ait une bonne circulation de l'air. Elles seront inclinées vers l'avant afin de faciliter l'évacuation des eaux de condensation qui se forment à l'intérieur de chaque ruche et permettre à l'air froid de s'écouler vers la partie basse et aussi d'éviter la pénétration de l'eau de pluie. Les toits seront solidement amarrés ou lestés. Une bonne ventilation est nécessaire pour éviter la moisissure des cadres. Vous aviez peut-être resserré les tirettes par crainte du pillage, écartez-les maintenant pour que les colonies soient suffisamment aérées.

3) Précautions au trou de vol
Chassés des champs par les travaux d'automne, beaucoup d'hôtes indésirables voudraient profiter du manque de vigilance de nos amies engourdies par le froid pour s'installer et profiter du gîte et du couvert. Il est impératif de baisser les portières à arcades. Sinon, veillez à réduire la dimension des ouvertures. 7 mm est la hauteur libre maximum à laisser ; avec 8 mm des musaraignes arrivent à se faufiler. Cette bestiole est dangereuse, elle creuse des galeries dans les cadres lui permettant de prélever les abeilles engourdies sur l'extrémité de la grappe. Elle a bon appétit et mange souvent.

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Après le passage d’une martre
Cliché Argaud (26)

Les mésanges recherchent en priorité les abeilles mortes, mais en l'absence de cadavres, elles appellent les vivantes en frappant sur les parois. Certains suggèrent de les nourrir pour les attirer loin du rucher... c'est inutile car la mésange est insectivore et même si elle apprécie les graines, elle retournera au rucher pour chercher son dessert. Un filet tendu devant les ruches peut pallier à une invasion de ces oiseaux. En bordure de forêt, le pivert est bien plus dangereux : 25 mm de sapin sec ne font pas peur au bec robuste de cet oiseau qui aura tôt fait un trou convenant à sa prise de nourriture. Les abeilles dérangées, toutes engourdies, se rendront à son invitation et disparaîtront dans l'estomac du vorace.

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Cliché Chong Wing

4) La protection contre le froid
Beaucoup d'Apiculteurs pensent qu'il faut emmitoufler les ruches pour les protéger du froid et pourtant l'expérience prouve que les peuples ne sont absolument pas gênés par le froid bien au contraire, seule l'humidité les contrarie.

5) La surveillance hivernale
Le rucher ne doit pas être abandonné. Il est important de le surveiller tout au long de l'hiver et particulièrement après une tempête ou lorsqu'une journée agréable incite nos avettes à un vol de propreté. Pendant les mois d'hiver, chaque colonie écrit son histoire sur le plateau de la ruche ou sur le lange glissé sous les cadres. Cette histoire varie d'une population à une autre mais permettra à chaque Apiculteur de tirer bien des conclusions relatives à la santé, au bien-être de ses protégées, à la justesse des dispositions prises pour la mise en hivernage.

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Cliché Leclère (54)

Grâce à la lecture de ces langes, à l'occasion d'un vol de propreté, l'Apiculteur pourra déceler les colonies à problème. Exemple : si des abeilles mortes pendant l'hiver sont réparties sur toute la surface du plateau, certaines avec les pattes écartées : cette colonie a été dérangée, des abeilles se sont détachées de la grappe et sont tombées engourdies sur le plateau. De même si des nymphes de faux bourdons se trouvent parmi les bandes de déchets, nous saurons que la reine est non fécondée ou que la ruche est remplie d'abeilles bourdonneuses. Et varroa, peut-on l'oublier pendant quelque temps ?

Ce n'est pas sûr et comme cela a été rappelé en octobre, il faut impérativement contrôler l'efficacité du traitement d'automne. Pour être significatif, ce contrôle soit s'effectuer en période hors couvain. Il existe plusieurs méthodes et les groupements de défense sanitaire vous conseilleront utilement. Certains utilisent l'anti-varroa Sherring par évaporation (0,5 ml de matière active étalés au pinceau sur un lange préalablement graissé), d'autres préconisent la vaporisation à chaud du même produit par un phagogène, d'autres encore recommandent l'asuntol (dissoudre 1 g d'asuntol dans 0,7 l d'eau et verser à l'aide d'une seringue 50 ml de cette solution entre les cadres).

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Cliché Titeux (57)

Tous ces produits laissent des résidus dans la cire. Nos voisins immédiats : Suisse, Autriche, Allemagne, Luxembourg (rappelez- vous la conférence de Jos Guth au Congrès de Dijon) préfèrent faire usage d'acides organiques, présents naturellement dans les ruches et ne laissant aucun résidu ; en particulier l'acide oxalique (1 litre de sirop inverti bien mélangé à chaud avec 50 g d'acide oxalique ; on applique 20 à 25 ml de cette solution à faire couler goutte à goutte sur la grappe à la température de 30 à 40°). Interprétation des résultats : moins de 10 varroas, le traitement a été efficace. Si plus, prévenir votre contrôleur sanitaire qui avisera.

Bon hivernage et à l'année prochaine.

F. Anchling

NDLR : attention, en aucun cas, les moyens de contrôle des traitements autorisés "varroa" doivent être utilisés à d'autres fins. Les contrôles sont à effectuer sur quelques ruches.

 

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