Imprimer

 

SNA
Avec l'aimable autorisation de la revue du SNA - Abonnez-vous à l'Abeille de France

L'hivernage : derniers préparatifs (2009)
Par
F. Anchling

Avant de céder au dépouillement total de la saison d'hiver, la nature veut encore nous émerveiller avec une multitude de couleurs. Et beaucoup vont immortaliser, soit par la photo, soit par la peinture un coin de paysage rempli de chaudes couleurs, avant que celles-ci ne s'envolent balayées par un vent qui maintenant souffle fréquemment en tempête. Le soleil se fait plus rare, les nuits sont plus longues que le jour et le refroidissement de l'atmosphère s'accentue. Voici venu le temps des gelées nocturnes, des brouillards et de la brume que les pâles rayons du soleil ne parviennent plus qu'avec peine à dissiper. Même quelques chutes de neige sont possibles.

Au rucher, ce n'est plus l'activité de la belle saison. Les abeilles ne font que de rares apparitions si quelques rayons de soleil les y invitent. Elles ne s'éloignent plus de la ruche et très vite, semblant vouloir nous dire " à l'année prochaine " disparaissent au fond de leur habitat, pour rejoindre la grappe où elles ont tout prévu pour survivre discrètement aux froidures à venir.

L'objectif de l'apiculteur est de conserver ses colonies en vie jusqu'au terme de l'hiver. La perte d'une colonie représente toujours une désillusion (qu'ai-je mal fait) et un coût (d'abord le sucre de nourrissement, puis le remplacement de la colonie et l'absence de récolte la première année).

La biologie de l'abeille doit rester un guide permanent, pour déterminer nos activités et interventions au rucher, de sorte à aider nos protégées à passer un bon hiver et à obtenir le meilleur développement possible au printemps suivant. Il faut se souvenir que les meilleures récoltes sont faites par les peuples les plus forts. Et notre abeille a su adapter sa stratégie de survie à son environnement au fur et à mesure de ses migrations depuis la lointaine Asie, sa terre d'origine. A nous de l'aider.

Stratégie de survie
A la différence de celle de ses cousins les bourdons, la société des abeilles est pérenne. L'hivernage de l'abeille mellifère est un phénomène assez rare dans la famille des apoïdes. Seules les espèces du genre Apis adoptent ce comportement. Les abeilles solitaires survivent à l'hiver en l'état de larve, de lymphe ou parfois d'adulte, bien à l'abri dans la cellule où elles accomplissent leur développement. Elles ne la quitteront qu'au printemps suivant pour recommencer un nouveau cycle de reproduction. Même les colonies des espèces sociales comme les bourdons ou les guêpes etc.... disparaissent en hiver et seules les reines fécondées hivernent.

L'abeille mellifère par contre, présente la particularité de survivre à l'hiver, sous forme de colonie, regroupant la reine, entourée de quelques milliers d'ouvrières. L'hivernage représente simplement une des phases critiques du cycle biologique annuel, soigneusement préparée par la colonie. Ce passage dans de bonnes conditions dépend beaucoup plus de l'apiculteur que des humeurs du temps ou des rigueurs de la météo. La réussite de la prochaine saison apicole en dépend directement.

Alors que devons-nous faire pour favoriser cette stratégie et ne pas la contrarier ?

Au niveau de la colonie, le processus d'hivernage se met en action dès après le solstice d'été, fin juin ; cela se traduit par une diminution de la surface du couvain après plusieurs mois d'expansion continue et des modifications du comportement. Les nourrices en surnombre alimentent les larves plus copieusement et ces dernières consomment plus de nourriture notamment du pollen ; elles naissent plus lourdes qu'au printemps : c'est ainsi que les abeilles d'été sont remplacées par des abeilles d'hiver.

Les abeilles d'hiver
Les abeilles d'hiver se caractérisent essentiellement par une durée de vie plus longue ; au lieu de 3 à 4 semaines pour les abeilles d'été, elles devront résister à plusieurs mois de claustration. Nées au début de l'automne elles survivront à l'hiver et assureront la reprise de l'élevage du couvain dès les premiers frémissements du printemps Cette longévité est associée à des réserves corporelles importantes en glucides, lipides et protéines. Mais c'est surtout le corps gras qui se développe de manière surprenante et ce sont ces réserves qui permettront aux abeilles d'hiver de relancer l'activité de la colonie.

C'est pour ménager le bon état physiologique de ces pionnières des récoltes futures, que l'on recommande de procéder au complément de nourriture, très tôt en saison, de façon à confier aux dernières abeilles d'été le travail de transformation et de stockage des sirops de nourrissement. Ainsi les abeilles d'hiver ne s'useront pas à la tâche.

Un habitat sain et calme
Pour bien hiverner, la colonie doit pouvoir organiser son nid de façon à valoriser pleinement son potentiel de survie et de développement printanier. Comme nous l'avons vu précédemment, dans le respect de la biologie de l'abeille, le rôle de l'apiculteur se limite à procurer à ses colonies la satisfaction de ses exigences de survie, et aussi à les protéger de toutes les tribulations de notre environnement fréquemment inhospitalier.

Pour cela il faudra veiller à lui procurer :

Une ruche en bon état
La ruche doit assurer une bonne protection contre les intempéries, sans infiltration d'eau, ni courant d'air afin que nos protégées soient toujours au chaud et au sec. Elles ne craignent pas le froid mais l'humidité et les courants d'air qui modifieraient le microclimat de leur habitat. En effet, en hiver, un microclimat passif, et qui peut être négatif, règne dans la ruche sans aucune intervention des abeilles. C'est normal car elles n'ont pas de couvain à réchauffer La seule chaleur à produire est celle nécessaire au non-engourdissement de la grappe. Mais leur biologie les rend incapable de lutter contre un excès d'humidité. Pour respecter ces exigences, les habitations seront surélevées pour être disposées à 30 ou 40 centimètres du sol, légèrement penchées vers l'avant pour assurer l'évacuation des eaux de condensation si les planchers sont fixes (avec des planchers grillagés, l'horizontalité peut -être conservée).

Il faudra veiller à leur fermeture étanche et solide. Quelques vieux journaux entre le couvre cadre et le toit assureront une isolation suffisante. Les toits seront bien bloqués et il est prudent de les arrimer au sol car les tempêtes sont de plus en plus fréquentes et violentes.

L'organisation du nid
L'emplacement de la colonie dans sa ruche constitue un élément de confort important, déterminé d'une part par l'ordonnancement des cadres par l'apiculteur lors de la visite d'automne, d'autre part par le microclimat qui règne dans la ruche. Si le volume et l'emplacement du couvain, du pollen et des provisions varient tout au long de l'année, en fin de saison leur positionnement déterminera les caractéristiques du nid (position et volume). Normalement la colonie forme son nid sur des rayons vides à l'emplacement du dernier couvain et à proximité des provisions stockées. Très souvent et surtout dans les ruches à bâtisses chaudes, cela est lisible sur les langes posés sur le plancher, la colonie s'installe très près du trou de vol pour jouir d'une ventilation suffisante.

La protection du trou de vol
Dès que la température s'abaisse, les gardiennes ne sont plus aussi vigilantes et bien souvent délaissent la surveillance au trou de vol. L'approche de la mauvaise saison amène vers le rucher toutes sortes d'intrus qui cherchent à s'abriter de leurs prédateurs potentiels et des intempéries. Leur présence va de la simple gène aux dégâts les plus spectaculaires. Mulots, campagnols, lérots ne s'intéressent pas particulièrement aux abeilles, mais chassés par les travaux agricoles ils recherchent un abri. 

Plus détestable est la souris ; très prolifique sa présence est pratiquement certaine. Son habitude de grignoter, de réduire en charpie et de tout souiller sur son passage nous oblige à éliminer ce trublion. Enfin pour compléter la liste des hôtes indésirables n'oublions pas la musaraigne : discrète, de petite taille ce petit mammifère est insectivore. En pénétrant dans la ruche elle est directement dans son garde manger ; les galeries qu'elle aménage à travers les cadres lui permettent de prélever les abeilles engourdies sur l'extérieur de la grappe. Elle a bon appétit et mange souvent, tout en souillant l'espace avec son urine.

Le seul procédé pour interdire à tous ces affamés de déranger la colonie consiste à réduire l'entrée à une hauteur maximum de 7 mm. Mieux encore, d'installer des portières à arcades qui procurent une protection très efficace et interdisent à tous ces rongeurs de grignoter les centimètres manquant à leur intrusion.

Un rucher bien protégé
L'emplacement d'hivernage devrait être sec et bien abrité des vents froids d'est ou du nord. Ce n'est évidemment pas toujours possible mais le mois de novembre est tout indiqué pour améliorer la protection d'un rucher en procédant à des plantations coupe vent d'espèces mellifères. Ne dit-on pas qu'à la sainte Catherine tout bois prend racines ?

Les catalogues des pépiniéristes proposent de très nombreuses espèces qui poussent très vite et très dru.

Par contre, il est presque toujours possible d'orienter l'entrée des ruches sud ou sud-est ; pourquoi ? Parce que le soleil est très bas sur l'horizon. S'il entre dès le matin par les trous de vol, il peut tromper nos protégées et les inciter à sortir alors que la température n'est pas encore propice à une excursion loin de la grappe.

Pour assurer la tranquillité des colonies, il est important d'éliminer tout ce qui pourrait venir les déranger : branches d'arbres ou d'arbrisseaux que le vent pourrait cogner contre les ruches. Le sol sera fauché très ras et nettoyé pour éviter de retenir l'humidité.

Un rucher fréquemment surveillé
Nous n'oublierons pas de procéder à des visites périodiques de notre rucher et veillerons à ce qu'aucun trouble -fête ne dérange nos futures butineuses. Durant la mauvaise saison, les mésanges (espèce protégée) viennent souvent importuner nos ruches. Elles recherchent en priorité les abeilles mortes. Mais en l'absence de cadavres elles appellent les vivantes en frappant sur les parois. Pour pallier à cet inconvénient nourrissons-les mais surtout très loin du rucher. Il ne faut pas oublier que la mésange est un insectivore et que même nourrie grassement elle volera au rucher chercher son dessert. Si tel est le cas il faudra coincer sous le toit un filet tendu tout autour de la ruche. Pour nourrir les mésanges on leur offre des graines de tournesol mélangées à du suif non salé. Achetez du suif chez un boucher, le liquéfier et le verser dans des pots de fleurs dans le fond desquels on aura mis un petit bâton avec un fil de fer pour le suspendre aux arbres, ajouter 2 poignées de graines de tournesol. Ces pots sont suspendus à l'envers.

Les pies et les piverts sont aussi de redoutables prédateurs. Par temps de neige une ruche isolée ou non, mal protégée, peut tenter leur bec acéré. A ce moment 25 mm de sapin sec ne rebute pas cet oiseau qui fera un trou convenant à sa prise de nourriture. L'expérience le prouve, il sait repérer les endroits où le bois offre le moins de résistance comme l'emplacement des évidements des corps de ruche qui servent de poignées. Les abeilles dérangées et encore toutes engourdies se rendront à son invitation et disparaîtront dans son gésier. La même défense passive que précédemment empêchera notre prédateur de s'agripper aux parois pour pouvoir mieux les percer.

Il est important de ne pas abandonner son rucher pendant la période hivernale. Tant de choses imprévues peuvent arriver.

Un peuple nombreux
Les peuples faibles n'hivernent sous nos climats que très rarement. Dans une petite grappe la rotation des abeilles est plus fréquente, source d'épuisement qui réduit la capacité de résistance aux agressions de toutes sorte, sans parler de la longévité qui se réduit également. Un hiver rude en aura raison ; un doux verra quelques abeilles arriver au seuil du printemps. La reine va reprendre sa ponte et l'élevage du couvain aura raison des forces des dernières butineuses. Le démarrage, s'il se fait, ne se fera que très lentement et tardivement. Ainsi l'on risque de traîner des colonies qui ne se renforceront jamais et ne donneront aucune récolte. Ce ne sont que de charmantes bêtes de compagnie, idéales pour les démonstrations en tous genres.

Les abeilles de 2 peuples faibles réunis hiverneront bien mieux que séparément. Plus la grappe est populeuse, mieux elle se défend des rigueurs de l'hiver. De plus la consommation individuelle est plus faible ce qui réduit l'usure des abeilles.

C'est pourquoi en septembre, au plus tard en octobre on réunit les peuples trop faibles pour survivre séparément.

Une reine en forme
Les colonies conduites par de jeunes reines, possèdent en fin de saison, des surfaces de couvain très étendues ce qui est le meilleur gage de survie. Selon Rémy Chauvin, une reine d'un an arrête sa ponte 10 jours plus tard qu'une reine de 2 ans et 17 jours plus tard qu'une reine de 3 ans. De plus les descendantes d'une jeune reine affichent une mortalité plus faible et une longévité plus grande. C'est pourquoi il est conseillé de renouveler ses reines tous les deux ans.

Des provisions abondantes
Ces provisions ont été constituées en septembre. Il est maintenant trop tard pour donner un sirop de nourrissement. Cela userait les abeilles d'hiver et sa fermentation conduirait la colonie à une mort certaine. En cas d'inquiétude concernant la quantité de provisions, seuls des pains de candi peuvent être posés sur les trous de nourrissement.

Ne pas oublier Varroa
Les lanières posées fin août, début septembre, doivent être retirées 8 à 10 semaines après pose en suivant les instructions des responsables sanitaires. Mais il faut impérativement contrôler l'efficacité de ces moyens de lutte. Personne n'est à l'abri d'une ré-infestation par le pillage d'une colonie abandonnée ou non déparasitée, ou bien d'un manque d'efficacité d'une lanière Il est donc fortement recommandé de relever chaque semaine le nombre de varroas collés sur les langes bien graissés et d'en tenir la comptabilité.

Les nombreuses expériences et recherches conduites dans plusieurs laboratoires et instituts français ou étrangers ont permis de déterminer qu'un varroa mort par jour signifie la présence dommageable pour nos protégées de 200 varroas vivants dans la ruche. A partir de 3 varroas jour il faut envisager un traitement complémentaire hors couvain. Nous en reparlerons en décembre.
F. Anchling

 

Ce site utilise les cookies pour faciliter la navigation. Aucun traçage à but commercial :-)