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Les abeilles et les reines Importations et exportations (2005)
Jean Fedon

On sait que les égyptiens, déjà à leur époque, transportaient des ruches sur le Nil et en faisaient parfois commerce, mais les apiculteurs français ne savaient pas que, depuis plus d'un siècle, les apiculteurs slovènes faisaient commerce de reines et d'essaims et en envoyaient régulièrement, avec les moyens de transport d'époque, dans un quinzaine de pays. Ils l'apprirent lors de visites techniques pendant le congrès APIMONDIA 2003 en Slovénie.

En France, les importations d'abeilles ne datent pas d'hier mais c'est surtout dans les années 50 que les premières importations conséquentes furent réalisées en raison de l'apparition de cultures mellifères plus importantes que par le passé et aussi pour assurer de façon rentable deux productions nouvelles. Du Caucase on importa, bien entendu, des abeilles caucasiennes dont la langue plus longue que celle des abeilles noires locales permettait de butiner et polliniser le trèfle violet et quelques autres plantes nectarifères d'accès difficile. D'Italie, les abeilles jaunes italiennes avaient la réputation de développer des populations abondantes en début de saison et elles furent importées pour butiner le colza dont la floraison arrivait avant que les abeilles noires locales n'aient développé de gros bataillons de butineuses. Puis virent les productions de gelée royale et récolte de pollen. Pour des raisons de productivité et aussi de sécurité les abeilles noires furent remplacées par des abeilles issues d'un croisement de reines caucasiennes par des males italiens élevés en Italie : la "CAUCASIT" était née.

Beaucoup d'apiculteurs "essayèrent" ces nouvelles abeilles pour d'autres productions non spécialisées, mais habitués comme ils l'étaient à la conduite des abeilles noires, peu d'entre eux réussirent et ils les abandonnèrent rapidement. Pourtant, certains avaient compris qu'avec des pratiques appropriées aux caractères génétiques, on pouvait augmenter le volume des récoltes, même sur des floraisons que ce type d'abeilles n'avait jamais vu. Quarante ans plus tard, eux mêmes, ou leurs successeurs, les utilisent encore avec beaucoup de succès.

Personnellement j'ai compris, il y a 20 ans, que, pour mieux assurer les revenus d'une exploitation apicole professionnelle, il fallait travailler avec un type d'abeilles différent de celui utilisé dans ma région et j'ai opté pour un type d'abeilles dont la sélection, sur un grand nombre d"années, repose sur des critères bien adaptés aux miellées possibles dans un rayon de 100 Km autour de l'exploitation. Le Limousin n'étant pas une région touristique par excellence, seul le tonnage pour vente en gros pouvait être envisagé. C'est ainsi que j'ai opté pour des abeilles "domestiquées" dont la survie dans ma région et leur rendement dépendrait de mon travail, mais qui m'apporteraient plus de revenus, plus de tranquillité lors des transhumances, moins de soucis de maladies, moins de soucis d'hivernage, une ponte hâtive et abondante me permettant de produire des essaims à partir du 15 mars, et beaucoup de butineuses encore en août pour compléter une récolte sur les dernières floraisons de tournesol et aussi sur la callune. Aujourd'hui, je ne regrette rien lorsque je vois certains de mes voisins qui, dans un contexte végétal et économique totalement changé, continuent a travailler avec des abeilles au caractère sauvage bien trempé dont ils sont dépendants et se plaignent à chaque occasion : sortie d'hivernage avec 40% de pertes, colza à 10/15 Kg au lieu 30/40, absence de récolte en août, etc. Mais chacun fait son choix en fonction de ses engagements, sa région, son climat et aussi son type de commercialisation. Et leur choix, je le respecte.

Les exportations françaises d'abeilles ont été très actives il y a une quarantaine d'années vers l'Allemagne et l'Angleterre et après s'être estompées pendant une bonne trentaine d'années, voilà que la demande est forte à nouveau. Vers les pays nordiques, l'exportation pourrait dépasser les 20.000 unités (reines et essaims) chaque année. Mais les apiculteurs français, plus habitués à vivre dans leur milieu proche que dans le contexte international apicole, n'ont pas l'air de vouloir profiter de la manne et je trouve que c'est bien regrettable.

Mais depuis une petite dizaine d'années, certains apiculteurs ancrés sur l'exploitation de l'abeille noire, et c'est leur droit, n'ont pas manqué de tirer sur ceux qui voulaient faire une autre apiculture plus productive. Tout le monde sait que les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux, soit pour des raisons écologiques, soit pour des raisons économiques ou des problèmes de compétition peu avouables, soit, comme le disent ouvertement des amateurs, pour les respects de la nature. J'ai remarqué que chaque fois que sur la plante on parle d'un parasite, d'une bactérie, d'un virus dommageable pour les abeilles dans une région du monde c'est la montée au créneau, aidé parfois par une personnalité qui n'a qu'une connaissance livresque des abeilles. Abeilles africanisée il y a 30 ans, varroa il y en a une bonne vingtaine, et Aethina depuis 4 ans entretiennent les conversations apicoles sanitaires qui, sans ces sujets, seraient bien ternes. Pour l'abeille africanisée, tout le monde sait qu'elle fut importée au Brésil par des chercheurs brésiliens, et les participants français au congrès APIMONDIA à Rio en 1991 purent à ma demande, visiter une exploitation apicole productrice de gelée avec l'abeille africanisée. Je dois dire qu'étaient présents le président d'APIMONDIA, le président et le secrétaire de la FNOSAD, la présidente de l'ANERCEA ainsi que cinq ou six autres personnes. Sans protection pendant la visite des ruches, personne n'eut à s'enfuir. A partir de ce jour là j'ai toujours pensé qu'il valait mieux aller voir les problèmes sur place pour avoir un jugement sain et objectif. Pour l'abeille africanisée, la suite m'a montré que j'avais raison... Pour ce qui est de varroa, je fais remarquer, au passage, que c'est encore un chercheur de renommée mondiale, celui-là, qui importa les premiers en Allemagne, nous en "gratifiant" deux années plus tôt que par une invasion naturelle. Pour le danger qu'il représentait pour les colonies, il était pour moi bien réel étant donné que sa reproduction se fait dans un milieu constant sur la planète entière, à savoir la partie la plus chaude de la colonie : le couvain. Puis est arrivé aux USA, Aethina tumida ou il a trouvé sans doute en 1996 un climat plus favorable pour sa reproduction que dans son continent d'origine, l'Afrique, où sa présence ne perturbe pas outre mesure, la pratique de l'apiculture avec Apis mellifica, c'est à dire l'abeille mellifère d'origine européenne.

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Depuis 4 ans donc, la presse apicole française nous informe des dernières nouvelles sur le sujet, parfois avec rigueur et objectivité, mais aussi parfois, avec un ton catastrophiste comportant de nombreuses erreurs pour une personne avertie. Le catastrophisme étant assez accrocheur on se demande si la démarche n'est pas intentionnelle pour faire plaisir au lecteur et augmenter les ventes. Sur un sujet aussi sérieux, j'ai préféré aller voir sur place aux USA en octobre 2003 avec 7 autres apiculteurs. D'ou mon compte rendu dans le bulletin de mars 2004 du SPMF.

Depuis 2003, la réglementation européenne concernant l'importation des abeilles sous forme de paquets ou de reines accompagnées a été adaptée à deux reprises. Elle concerne également l'importation des Bombus commercialisés sur la planète entière pour la pollinisation de certaines plantes, dont la tomate. Et puis en octobre 2004 Aethina a été découvert sur le territoire européen au Portugal. Du coté exportateur, aux USA, il s'agit d'un envoi de 122 reines avec accompagnatrices expédiées le 13 septembre 2004 à un client inhabituel. Dans l'exploitation US, Aethina était sous surveillance mais encore jamais remarqué. Côté portugais, il est difficile d'obtenir des informations précises de la part des autorités sanitaires de ce pays. Sous toutes réserves, le colis était destiné à un centre de recherches portugais qui en aurait confié l'utilisation à un apiculteur. Le silence actuel des autorités portugaises ne nous permet pas de savoir à quel moment une larve d'Aethina aurait été découverte, ni si l'obligation du règlement européen qui implique le transfert des reines dans de nouvelles cagettes dès le contrôle sanitaire effectué, a été respecté; ni si les cagettes et les abeilles d'origine ont été brûlées après congélation. Pendant l'année 2004, en tant qu'agent sanitaire, j'ai été missionné par la DSV de mon département pour contrôler des lots de reines en provenance de plusieurs pays et pour plusieurs destinataires en France. Les contrôles ont été faits avec la rigueur énoncée par les textes, et même plus, puisque tous les résidus après transfert des reines (cagettes, accompagnatrices, résidus de sucre, etc.) ont été surgelés puis brûlés à l'exception de 10% sur chaque lot qui a été surgelé puis remis, avec les documents douaniers, à l'autorité sanitaire. Après crémation, tous les grillages sont conservés sur place pour contrôle éventuel.

Finalement, d'une façon ou d'une autre, Aethina arrivera un jour ou l'autre en Europe sans importation officielle de reines. Il est même peut être déjà arrivé sans avoir pu se reproduire car dans 98% du territoire les conditions ne sont pas favorable à sa reproduction, donc à son acclimatation. A notre époque l'énorme transfert de marchandises peut transporter aussi les insectes, bon ou mauvais.

Parmi les moyens les plus risqués je citerai dans l'ordre : le transport maritime, les valises diplomatiques plus utilisées qu'on ne le crois, les bagages des apiculteurs et d'autres encore. Car dans ces cas là il n'y a aucun contrôle sanitaire obligé.

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