La cohabitation de plusieurs reines
Par J. Huberson

Chacun connaît le caractère particulièrement exclusif des reines et de leur progéniture vis-à-vis d'une deuxième reine, mais il y a des exceptions et il est arrivé à un certain nombre d'apiculteurs lors de leurs visites de rencontrer deux reines cohabitant dans la même ruche, habituellement la mère et la fille, mais il ne s'agissait là que d'un phénomène temporaire. D'où la question est-il possible de faire cohab­iter de façon durable deux reines. L'avantage serait évident, le problème du remérage serait facilité et la colonie serait sans doute plus forte donc plus productive.

De nombreux essais ont été effectués dans les années 60 notamment par les Roumains CUDELCA et TIBACU et ceux-ci ont présenté en 1968 à l'Exposition Internationale d'Apiculture une colonie à plusieurs Reines. Sans rentrer dans le détail de leurs travaux voici résumé leurs conclusions auxquelles j'ai ajouté mes commentaires. On choisira de préférence des abeilles douces ou très douces, bonnes éleveuses de reines, les italiennes ou apparentées conviennent bien.

Très tôt dans la saison on amputera le dard de deux ou trois reines en le coupant vers le milieu avec une paire de ciseaux très fins. Cela ne handicape aucunement la reine ainsi que je l'ai vérifié sur une dizaine de reines. La méthode la plus simple pour effectuer cette amputation est de procéder sous légère narcose au CO2 dans un appareil à in­séminer. L'amputation sans narcose est assez difficile à effec­tuer, en effet la reine ne sort pas facilement son dard courbe. On pourrait facilement confectionner soi-même un petit équipement comportant une loupe grossissant de 5 à 10 fois, un petit tube de confinement laissant dépasser l'extrémité de l'abdomen à un bout et connecté à une source de CO2 dé­livrant quelques bulles (1 ou 2) par seconde à l'autre bout. L'opération ne doit pas durer plus de 1 à 2 minutes, la reine est alors remise à l'air libre et se réveille rapidement.

Elle peut alors être réintroduite dans sa colonie ou bien on procède à la phase suivante. Pour ce faire on réunit deux reines sans dard sous une cagette, genre micro-nucléus (10 x 10 x 2 cm), sans abeilles.

Les reines, généralement, s'affrontent mais s'aperçoivent vite qu'elles ne pourront éliminer leur adversaire et abandonnent la lutte, parfois elles s'offrent mutuellement de la nourriture. A partir de ce moment elles ne se combattront plus et peuvent être introduites sur des cadres comportant du couvain prêt à éclore ou sortant de l'alvéole sans aucune abeille plus âgée.

Pour réussir cette opéra­tion, délicate, il faut l'effectuer lorsqu'il fait déjà chaud et qu'il y a abondance de nectar afin d'éviter tout pillage de cette colonie sans défense.

D'après les auteurs la cohabita­tion de plusieurs reines modifie fondamentalement l'équilibre des fonctions sociales et biologiques de la colonie :

  • les abeilles deviennent très douces.
  • l'instinct d'essaimage disparaît complètement.
  • la disparition d'une seule reine sur une colonie comportant plusieurs reines provoque les mêmes symptômes qu'on rencontre chez les colonies orphelines. De même en cas d'incapacité de la reine, la supersédure s'effectue normalement.
  • les abeilles perdent le sens de l'agressivité et on peut procéder à l'unification de colonies sans précautions particulières. 
  • on peut introduire jusqu'à 10 reines dans une même colonie, ces colonies peuvent alors être géantes et ne sont évidemment utilisables qu'en apiculture sédentaire.

J. Huberson
Agent sanitaire & Apiculteur
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