Contrôle de la loque américaine grâce à une conduite prophylactique des ruches
Par  Allan Lee, Senior Apiculturist, Western Australia Department of Agriculture
Traduction française : François SERVEL Ruchers de Camargue

Introduction
La loque américaine est une maladie bactérienne largement répandue. Elle est généralement considérée comme l'une des plus graves maladies des abeilles, car elle cause d'importantes pertes économiques aux apiculteurs. Certains apiculteurs éprouvent des difficultés, à la contrôler à partir du moment où elle se déclare dans un rucher. Afin de maîtriser la loque américaine, l'apiculteur doit d'abord comprendre la maladie et de quelle manière se transmettent les germes. Nous pourrons, dès lors, mettre en place des pratiques sanitaires pour contrôler la maladie.

Généralités sur la loque américaine
La loque américaine est une maladie des larves causée par la bactérie Bacillus larvae. C'est l'une des plus importantes maladies d'importance économique affectant les ruchers en Australie Occidentale. Elle est distribuée sur la plupart des continents ainsi qu'en Nouvelle Zélande, Hawaii et aux Antilles. On la trouve dans tous les états d'Australie. Les spores de loque américaine, qui sont la forme dormante des bacilles, sont extrêmement résistants et peuvent demeurer viables dans des ruches ou du matériel infectés pendant plus de 35 ans.

Impact économique de la loque américaine en Australie Occidentale
L'activité apicole génère un produit annuel évalué à environ 6 millions de dollars australiens (1995). Cependant, le niveau d'infection dans les 52 000 ruches déclarées varie entre 0.5 et 3 %. Cela représente une perte de 30 000 à 180 000 dollars.

Comment la loque tue les larves
Une larve saine peut attraper des spores en ingérant du miel contaminé. Les spores germent dans les 24 heures suivantes, et pénètrent dans les intestins de la larve.

Les larves de cet âge sont très susceptibles à la maladie, et pas plus de 10 spores peuvent causer l'infection. A l'âge de 2 jours, les larves sont relativement plus résistantes, et il faut alors des milliers de spores pour causer l'infection. Les bacilles prolifèrent dans les tissus larvaires avant la nymphose, causant une mort rapide.

Les formes végétatives des bacilles se multiplient 9 à 11 jours après que les spores aient éclos, et l'on peut dénombrer près de 2.5 millions et demi de spores/larve. Les larves infectées et mortes se dessèchent et forment des "écailles" solides sur la partie inférieure des cellules. Ces écailles sont hautement infectieuses, et très difficilement évacuées par les abeilles. Certaines lignées d'abeilles sont résistantes à la loque américaine. Ceci est relié à leur capacité à détecter les larves malades, à désoperculer les cellules infectées, et à évacuer les larves malades.

Comment la loque tue les ruches
Les nourrisses, vouées également au nettoyage des cellules, contaminent des larves saines après avoir nettoyé des cellules infectées. Le miel et le pollen, et tous les composés intérieurs de la ruche deviennent contaminés par les spores durant les activités des abeilles. Dans un courte période, un grand nombre de larves sont touchées par la maladie et meurent. En conséquence, la population d'abeilles n'est plus renouvelée, la ruche devient faible. A la fin elle meurt.

controle loque americaine 1Le stockage en plein air des hausses (pour lutter contre
la fausse-teigne) ne peut plus être une pratique acceptable

controle loque americaine 2Les ruchers négligés peuvent répandre la maladie

controle loque americaine 3Le stockage en plein air des accessoire occasionne des contaminations

controle loque americaine 4Vieux cadres exposés au pillage représentent un risque supplémentaire

controle loque americaine 5Une bonne hygiène, telle qu'est pratiquée dans ce rucher réduit les risques de maladies

 Comment la loque américaine se propage à d'autres ruches

Le ruches abandonnées attirent les pillardes
Les apiculteurs contribuent au développement de la loque américaine en laissant mourir des ruches et/ou en exposant un équipement usagé et du miel contaminé au pillage. Il est facile pour des abeilles d'aller piller du miel infecté dans des ruches situées à 1.2 km ou plus de leur propre ruche, surtout en l'absence ou en cas de pauvre miellée. Le ruches sauvages peuvent également être malades, peuvent donc aussi un vecteur d'infection. Cependant, d'après des études néo-zélandaises, nous savons que cette source de contamination est généralement minime.

Les ruches mortes contiennent des millions de spores sur toutes leurs parties internes, en particulier sur les cadres de couvains et de miel. Quand la miellée est faible ou absente, des milliers d'abeilles peuvent venir piller ce miel, et contribuer ainsi à disséminer des spores dans le secteur. Ces spores deviennent à leur tour infectieux, peu de temps avoir migré dans ces nouvelles ruches saines, notamment si leur nombre est élevé. Si leur nombre est bas, ils peuvent prendre des mois ou des années pour de se développer, avant que l'apiculteur puisse reconnaître la présence de la maladie.

Echange de matériel d'un(e) ruche(r) à l'autre
Le facteur principal de développement de la loque dans un rucher est du à la permutation de cadres de couvain ou de miel durant la conduite des ruches ou l'extraction. Les ruches ayant reçu des cadres infectés peuvent, elles aussi, devenir des sources de contamination dans un rucher puis s'affaiblir et mourir. L'achat et l'usage de matériel d'occasion est souvent une source d'introduction la loque américaine dans des ruchers sains. On conseille aux apiculteurs de bien examiner leurs ruches avant de les acheter et de se renseigner sur le rucher d'origine, notamment grâce à des analyses.

Nourrissement
Le nourrissement des colonies avec du miel ou du pollen d'origine inconnue peut introduire la loque américaine. Il n'est pas recommandé. Le sirop de sucre est moins cher et plus sûr. Le pollen et le miel doivent être irradiés avant usage, surtout si le pollen comme ingrédient entre dans la composition de nourrissement protéiné.

Déplacement de ruches
Les apiculteurs déplacent leurs ruches plusieurs fois par an dans différents endroits à la recherche de ressources nectarifères. Ces mouvements peuvent contribuer à la propagation de la maladie. Des ruches contaminées peuvent introduire la maladie dans un nouvel endroit, ou bien des ruches saines déplacées, peuvent l'attraper à partir de ruches infectées qui se trouvent dans le nouveau voisinage. Ainsi, contrairement à d'autres élevages où les animaux sont maintenus dans des parcs séparés par des haies ou barrières, les apiculteurs doivent s'assurer que leurs ruches ne posent pas de problèmes sanitaires à leur voisinage. Dans certains secteurs, les ruchers sont soumis à une constante pression de ré-infestation, due peut-être à des colonies sauvages malades. Ces secteurs devraient être évités. Les agents sanitaires devraient renseigner les apiculteurs sur ces secteurs dangereux.

Empêcher la dérive
Les ruches voisines de colonies malades, peuvent aussi être contaminées par des abeilles dérivant de ces colonies malades. La dérive apparaît souvent quand les ruches sont transhumées, surtout lors de chargement ou déchargement à la lumière du jour. Des butineuses porteuses de germes, ne retrouvant pas leur ruche, rentrent dans des ruches saines.

Pour diminuer la dérive lors de transhumance, il faut s'assurer que les butineuses ont bien cessé leurs vols, avant de commencer à charger. Décharger les ruches avant que les abeilles aient repris leur activité, revêt également une certaine importance. Certains apiculteurs palettisés, replacent leurs ruches dans le même ordre et dans la même direction par rapport au soleil que dans le rucher d'origine, afin de minimiser les effets de la dérive.

Loque américaine et oxytétracycline
La loque européenne est absente en Australie Occidentale et l'application de l'oxytétracycline (OTC) dans les états de l'Est pour le contrôle de cette maladie peut également conduire à la propagation de la loque américaine, qui est également présente. Bien que les formes végétatives de la loque américaine soient sensibles à l'OTC, les spores, eux, sont résistantes. Donc, les traitements peuvent apparaître efficaces, mais plus tard la manifestation de la maladie peut apparaître à partir de spores restants. Ces spores, présents malgré une apparence de santé des colonies, peuvent causer une infection ultérieure.

Les apiculteurs des états de l'Est qui ont de la loque européenne et utilise de l'OTC et dont les ruches sont infectées par la loque américaine, exposent leurs collègues voisins à un grand risque de contamination. L'usage de l'OTC est interdit dans l'état d'Australie Occidentale pour trois raisons : Premièrement, la loque européenne est absente, et de plus son usage ne se justifie pas. Deuxièmement, l'OTC supprime uniquement les symptômes de la loque américaine, ce qui peut permettre d'ultérieures extensions de la maladie dans d'autres parties de l'état. Troisièmement, les résidus d'antibiotique peuvent contaminer le miel, ce qui peut être préjudiciable à l'ensemble de la filière apicole.

Contrôle de la maladie

La profession apicole appuie totalement la politique de lutte contre la loque américaine du ministère de l' "Agriculture Western Australia", particulièrement en ce qui concerne les ruches négligées ou abandonnées.

Examen régulier des ruches
Pour maîtriser la loque américaine, les apiculteurs doivent régulièrement examiner leurs colonies pour s'assurer qu'elles demeurent populeuses, et s'assurer que leur équipement n'est pas exposé à d'autres abeilles. Les ruches devraient être examinées toutes les trois semaines, selon la saison et le développement des colonies. L'examen des ruches inclut une inspection de toutes les entrées de ruches (débris dus à la teigne) ainsi qu'une appréciation des entrées et sorties pour déterminer la force ou la faiblesse des colonies.

Une inspection détaillée des colonies faibles doit alors être faite pour s'assurer que la maladie n'est pas présente, que le couvain est sain et que la reine n'est pas bourdonneuse. De plus, une vérification des provisions est effectuée. Une bonne pratique consiste à réduire les entrées des colonies faibles et à ôter les hausses inutiles.

Déclaration des maladies
Selon la réglementation apicole en vigueur, les apiculteurs sont tenus de déclarer leurs ruches à l' "Agriculture Western Australia" et de signaler la présence de maladie à leur inspecteur apicole.

Ils doivent aussi signaler dans un délai de 14 jours la vente, la location, ou le déplacement de ruchers ; éradiquer les maladies de leurs ruchers et prendre les mesures pour empêcher l'exposition de matériel ou équipement usagé au pillage des abeilles.

Test sur culture de miel
Ce test est un service fourni dans la plupart des états d'Australie. Des échantillons de miel sont envoyés par les apiculteurs et analysés pour chercher la présence de spores de loque américaine. Les résultats de ces analyses servent à guider les apiculteurs pour mesurer le taux d'infestation de leurs ruchers, et les inspecteurs pour mettre en place un programme de contrôle. La progression des apiculteurs dans leur effort d'éradiquer la maladie peut être régulièrement suivie par l'inspecteur.

Quarantaine
Quand un inspecteur met en évidence qu'un apiculteur a échoué dans son contrôle de la loque américaine de son rucher ou n'a pas suivi les recommandations officielles, il peut décider la mise en quarantaine selon la Section 17 du Beekeepers Act 1963 (Reg 22, form 8). Un apiculteur frappé par cette mesure n'a pas le droit de récolter des abeilles, des cadres, des produits de ses ruches, ni sortir du matériel, sauf avec l'autorisation de l'inspecteur.

Destruction des ruches
Les ruches malades et le matériel contaminé doivent être détruit la nuit pour empêcher le pillage à partir d'autres ruchers. Les entrées sont fermées et les trous bouchés avec des rubans adhésifs, puis l'on verse 500 ml de pétrole sous le couvre cadres. Les ruches doivent être brûlées dans un trou d'au moins 50 cm de profondeur, pour prévenir les souillures de matières contaminées sur sol. Les trous sont rebouchés quand les ruches sont entièrement brûlées. On conseille aux apiculteurs des consulter les arrêtés locaux concernant l'autorisation de faire du feu en campagne.

Stérilisation des ruches malades par trempage dans la cire liquide
Dans l'état d'Australie Occidentale, l'apiculteur peut choisir (avec l'accord de son inspecteur apicole) de stériliser les éléments de ruches infectées, par trempage dans un bain de cire. Dans ce cas, tous les cadres, abeilles, et grilles à reines en plastique sont brûlées dans une fosse, et les cendres recouvertes de terre. Le matériel contaminé doit être immédiatement couvert de manière étanche, et transporté dans un local dont l'adaptation au stockage et à la stérilisation a été approuvée.

Stérilisation par rayonnement gamma
Le matériel contaminé, cadres inclus, peut être stérilisé par l'exposition à une source ce cobalt radioactif. La reine issue d'une ruche malade est encagée, jusqu'à ce que tout le couvain naisse. Les abeilles sont alors tuées, le miel extrait sous la direction d'un inspecteur, puis le matériel acheminé vers une entreprise de désinfection par rayonnement. Le transport de matériel contaminé et de matériel irradié est soumis à réglementation. Les entreprises de désinfection par rayonnement sont situées dans l'est de l'Australie, ce qui rend coûteuse l'opération pour les apiculteurs de l'ouest.

Méthode de prophylaxie pour contrôler la loque américaine- Principe de la "barrière" prophylactique

Dans l'état d'Australie Occidentale, un système de "barrière prophylactique" a été établi au début des années 1980, pour permettre aux apiculteurs de maintenir leur production tout en réduisant le risque de propagation de la loque américaine. Depuis cette époque, on estime que 80 % des exploitations professionnelles utilisent une forme de cette méthode dans leurs ruchers. Beaucoup d'apiculteurs signalent que cette méthode a amélioré l'efficacité de leur travail, avec l'avantage de se savoir protégé contre les graves attaques de cette maladie.

Il y a deux méthodes de gestions des ruches :

  1. Les apiculteurs peuvent utiliser des grilles à reines pour confiner le couvain dans le corps de ruche inférieur, en laissant les hausses exemptes de couvain, pour une extraction en miellerie .
  2. Ils n'utilisent pas de grilles à reines, mais extraient leurs récoltes dans des mielleries mobiles dans leurs ruchers.

Chacune des 2 méthodes présente des avantages, mais aussi des risques par rapport au contrôle des maladies.

Ruches avec grilles à reines
L'usage des grilles à reines réduit efficacement le risque de divulgation de la maladie lié à la permutation de matériel, et notamment de cadres de couvain, qui peuvent contenir des larves contaminées hautement infectieuses ou des écailles. La grille à reine est utilisée pour isolée la reine, et en conséquence le couvain dans le corps inférieur, sous la grille à reine. (voir fig. 1)

Comme le nid à couvain se développe au printemps, et que la reine a besoin de plus de place pour pondre, les apiculteurs enlèvent souvent les cadres de rive pleins de miel et placent 2 cadres vides au milieu du couvain. Les cadres de miels sont transférés du corps inférieur à la hausse au-dessus de la grille à reine. Ceci est une bonne méthode à condition de s'assurer que les cadres du corps sont exempts de maladie. Si l'apiculteur n'observe pas bien les cadres, il peut transférer des cadres comportant des écailles, et les replacer, après extraction dans des ruches saines.

Le déplacement de cadres de couvain du centre vers les rives, a pour conséquences que d'anciens cadres de couvain se trouvent remplis de miel. Si ces cadres de couvains sont exempts de signes de maladies, il n'y a pas beaucoup de risque de propagation quand les cadres sont déplacés au-dessus de la grille à reine

controle loque americaine 1Fig. 1. Une grille à reine maintient les cadres de couvain séparés
des cadres de miel réduisant le risque de maladie

Le renouvellement de cadres dans le corps réduit le risque de diverses pathologies associées aux vieux cadres sombres.

Les ruches avec grilles à reines présentent l'avantage, en cas d'infection, de confiner les éléments les plus infectieux dans le nid à couvain. De telles ruches s'affaibliront plus rapidement, et seront vite identifiées comme malades par l'apiculteur, qui prendra le mesures nécessaires.

Ruches sans grilles à reines
Quand il n'y a pas de grille à reine, la reine peut pondre dans les cadres destinés au miel sans restriction. La ruche réduisant donc sa population plus lentement, l'apiculteur prendra plus de temps à remarquer sa dépopulation et la maladie. Avant la miellée ou après l'extraction, une reine vigoureuse étendra sa ponte dans la première voire la deuxième hausse. A fur et à mesure de l'avancée de la miellée, les abeilles remplissent de miel, les cellules antérieurement occupées par du couvain désormais éclos. Il en résulte une diminution de la taille du couvain. Ces cadres qui contiennent maintenant du miel sont une source de contamination potentielle, si, après extraction, ils sont remis dans d'autres ruches.

Quand les cadres circulent de cette manière, une ruche malade peut recevoir des cadres sains et une ruche saine des cadres contaminés. Et chaque extraction est une nouvelle occasion de propager l'infection.

Il est donc nécessaire d'établir une barrière pour empêcher les échanges de cadres de ruche à ruche à l'occasion des récoltes et de l'extraction.

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Constitution des essaims
Il y a de nombreuses façons de constituer des essaims ou de les introduire dans les ruches. Dans la plupart des méthodes, sinon toutes, il est souvent impossible d'éviter le transfert de cadres de ruche à ruche ou de rucher à rucher. Les apiculteurs ont donc besoin de méthodes qui limitent ces échanges de matériel et notamment les cadres. Des notations efficaces devraient être enregistrées pour établir une bonne traçabilité permettant de remonter à la source de la contamination. Numérotation des ruches et essaims, fiches détaillant les opérations peuvent s'avérer utiles.

Quand c'est possible, un essaim pris dans une ruche devrait être réintroduit dans cette même ruche afin d'éviter la propagation d'une infection potentielle vers des colonies saines ou des ruchers sains.

Une méthode sûre pour éviter ces échanges de cadres consiste simplement à introduire une nouvelle reine (encagée), pour remèrer une colonie faible.

Une autre méthode efficace pour remèrer, consiste à utiliser des plateaux diviseurs. L'essaim est placé au-dessus du nid à couvain, séparé par un de ces plateaux. Quand la nouvelle reine pond, la vieille est éliminée, et l'ensemble est réuni avec du papier journal. Ici, aucun transfert de cadres n'intervient, et s'il y a maladie latente, elle est confinée à la même colonie.

Il est important de remplacer les cadres pris pour constituer l'essaim, par des cires gaufrées, plutôt que par des bâtisses pouvant porter des germes et notamment celles issues de ruches mortes. De plus, quand on enlève des cadres d'une ruche pour y introduire un essaim, il est recommandé d'ôter les plus vieux et les plus sombres, de les emballer de manière étanche et de les détruire. Ainsi, aucun échange de cadres n'a lieu, et la barrière prophylactique est maintenue.

Peu importe la méthodologie précise, si ce principe de barrière est appliqué et l'enregistrement de tout transfert effectué.

Les autres manières, comme la division continuelle des ruches ou des essaims, sans cette méthode de barrière prophylactique, ni la tenue de note sur les transferts de matériels potentiellement contaminant, sans tenir compte des mélanges de cadres au cours de l'extraction, ont toutes favorisé l'apparition de forts taux d'infestation. Il est également très mauvais, quand on introduit un essaim dans une colonie, de récupérer les cadres prélevés pour les mettre dans d'autres ruches ou hausses.

Extraction du miel
Une mauvaise organisation de l'extraction du miel développera les infestations croisées à cause de l'échange de hausses et de cadres. La figure 5 illustre de manière typique, un exemple de propagation de la loque à partir d'une ruche, après chaque extraction. Dans ce cas, l'infestation s'est développée, car l'apiculteur n'a pas créé les conditions de barrière sanitaire, et n'a pas reconnu la maladie assez tôt. Un tel taux d'infestation, ici 33 %, est commun, quand règne une mauvaise organisation.

Comment peut-on, grâce à un outil méthodologique, éviter ces hauts niveaux d'infestation ? L'usage des grilles à reines, comme mentionné plus haut, est un bon moyen de réduire le risque de propagation. Les cadres de couvain, confiné dans le corps inférieur, ne sont jamais enlevés pour être extrait. Pourvu que la colonie soit forte et que les cadres du bas soient vérifiés quand on les déplace vers les corps supérieurs, les risques sont substantiellement réduits.

Le risque de propager la loque par permutation de cadres pendant l'extraction est nettement plus bas quand on utilise des grilles à reines. Car les cadres ayant contenu du couvain peuvent héberger des spores en fortes quantités dans les écailles, et que les cadres de miels n'ayant jamais eu de couvain sont bien plus sûrs d'un point de vue sanitaire. De plus quand on replace des hausses poisseuses sur des ruches, le miel résiduel est peu utilisé pour nourrir les larves, et le nouveau nectar qui arrive diluera les spores présentes, amoindrissant le risque.

La numérotation des ruches de manière à ce que les hausses et les cadres soient retournés à la même ruche est essentielle pour mettre en place la barrière sanitaire et pour les ruchers en quarantaine. Il est facile de numéroter un grand nombre de ruchers avec des pochoirs. La plupart des apiculteurs professionnels d'Australie Occidentale un système de code coloré pour identifier les ruches. (Voir le paragraphe concernant les couleurs). Ces pratiques peuvent être facilement mises en place pour ceux qui utilisent des mielleries mobiles.

Dans les cas de miellerie en bâtiment, les hausses vides sont interchangées d'un rucher à l'autre, quand au moment de la récolte, les hausses pleines sont remplacées par des hausses venant d'ailleurs. La mise en place d'une barrière sanitaire dans ce type de miellerie requiert un changement dans les méthodes et/ou et les équipements pour atteindre l'objectif fixé.

En désoperculant les cadres et en les remettant dans des hausses numérotées avant l'extraction, on s'assure que les cadres et les hausses restent ensemble. Les hausses contenant les cadres désoperculés peuvent directement aller dans l'extracteur. Une fois extraite, la hausse numérotée est remise sur une ruche portant le même numéro mais dans un autre rucher. (Fig. 5) Bien que nécessitant un transfert de hausses entre ruchers, les germes seront contenus dans les ruches portant la même numérotation.

Dans d'autres mielleries en bâtiment où de telles pratiques ne peuvent être organisées, on peut imaginer un système qui assure que tout cadre désoperculé revient dans sa hausse d'origine. On peut y arriver en marquant les têtes de cadres et le champ des hausses avec des couleurs identiques. La partie supérieure de l'extracteur peut également être marquée de couleurs, de manière à ce que les cadres de la section verte reviennent dans la première hausse, ceux de la rouge dans la deuxième et ainsi de suite.

Les extracteurs radiaires peuvent être chargés et déchargés de sorte que les cadres reviennent dans leur hausse sans marquer les cadres. Ceci exige qu'il faille placer quelques cadres vide de manière permanente dans l'extracteur, pour qu'il contienne un nombre de cadres correspondant au nombre de hausses extraites en une seule fois. Exemple: un extracteur 48 cadres comportant 3 cadres vides pourra accueillir 45 cadres, c'est à dire l'équivalent de 5 hausses 9 cadres (5 x 9 = 45). En déchargeant l'extracteur en sens inverse, les derniers cadres seront replacés dans la dernière hausse qui se retrouvera en haut de la pile de cinq, jusqu'aux premiers cadres qui se trouveront dans la première hausse elle-même en bas de la pile.

Certaines installations comportent des convoyeurs pour les hausses qui acheminent les hausses vides vers l'extracteur, et les cadres déchargés dans leur ordre d'origine retrouvent leur hausse. Au début, cela peut sembler difficile à mettre en œuvre, mais une fois que cela a été réfléchi, la pratique suit facilement. Un fabricant de matériel apicole d'Australie Occidentale a conçu et réalisé une miellerie adaptée aux exigences du système de barrière sanitaire.

Des cadres gaufrés neufs doivent être disponibles pour remplacer ceux qui se cassent ou ceux qui sont jugés trop vieux.

Certains apiculteurs remettent des cadres extraits contenant du couvain operculé, dans des ruches faibles ou ayant de mauvaises reines, afin de les renforcer et de produire autant de miel que les bonnes. Cette pratique peut provoquer de sérieuses apparitions de maladies. Si la reine ne pond pas suffisamment pour maintenir une colonie en état de production, elle devra être remplacée plutôt que d'être renforcée par ajout de couvain extérieur.

Manipulations automnales et hivernales
Dans les climats plutôt frais, certains apiculteurs enlèvent la grille à reine au cours de la dernière miellée de la saison pour obtenir 2 corps de couvain. Ceci permet d'obtenir un grand nombre de jeunes abeilles avant l'entrée de l'hiver et aide la colonie hiverner dans de meilleures conditions. Alors que cette puisse être considérée comme une bonne chose d'un certain point de vue, les cadres de couvain situé dans le deuxième corps peuvent être une source de contamination. Les écailles présentent dans ces cadres sont souvent difficiles à voir et sont souvent recouvertes de miel. Elles contribuent à répandre la maladie d'une ruche à l'autre au moment de l'extraction, jusqu'à ce qu'une ruche malade soit trouvée et enlevée. Quand cette méthode est utilisée, il faut s'assurer que les cadres extrait retournent toujours à la même ruche et ne soient jamais interchangés.

L'automne est souvent un moment ou de bonnes reines s'effondrent ou deviennent bourdonneuses, il est donc important avant qu'elles ne meurent de prendre des précautions nécessaires contre le pillage. Déplacer des hausses vides de ces colonies sur les voisines est une mauvaise chose. Il est bien plus sûr d'éliminer les abeilles si la ruche est faible, en obturant l'entrée jusqu'à ce qu'un essaim puisse y être introduit. A moins que le les éléments de ruches soient numérotés ou clairement identifiés, le retour de la ruche ou des cadres à l'atelier pour le stockage ou la fumigation, peut provoquer des échanges de matériel et de répandre des spores.

Une alternative à l'enlèvement des hausses pendant l'automne et l'hiver, pour aider à l'hivernage et lutter contre la fausse teigne, consiste à glisser un épais tapis en plastique entre la hausse vide et le corps. Du Phostoxin® peut être appliqué sous le couvre cadre selon les recommandations d'usage. La fumigation des hausses vides selon ce procédé assure que le matériel n'est pas interchangé, et que les hausses sont disponibles au prochain usage.

Quand les hausses sont stockées en chambre froide, il est important qu'elles soient numérotées. Souvent une colonie montre des signes de maladie après l'enlèvement des hausses, et si on ne peut pas retrouver sa ou ses hausses, on risque de transmettre la maladie à des ruches saines.

L'achat de ruches
Quand on achète des colonies, il est important de les visiter et de vérifier leur état sanitaire. Contactez l'agent sanitaire le plus proche pour obtenir des renseignements sur l'état sanitaire antérieur du rucher, et en particulier sur les résultats d'analyse.

Une fois assurées que les nouvelles ruches sont indemnes de maladie, elles devraient être isolées d'autres ruches pendant au moins un an pour vérifier qu'aucune maladie latente n'est présente. Souvent les ruches achetées contiennent du vieux miel contenant des spores de loques.

N'achetez que de ruches vivantes car il est souvent difficile d'identifier la maladie sur du matériel vide. Souvent, la tentation d'acheter du matériel vide, d'occasion, et bon marché a eu pour conséquence la déclaration d'importants foyers de maladie. Plutôt que de contenir la maladie à quelques colonies de son rucher, le vendeur a propagé son équipement contaminant à l'extérieur.

Il est important d'éviter l'achat de vieux matériels, en service depuis de nombreuses années. Ils contiennent à cause d'un usage continuel, une accumulation de bactéries et de risques pathologiques. Ils ne sont pas valables pour une apiculture productive.

Notations par ruchers
Les notations sont très utiles pour l'apiculteur. Elles peuvent enregistrer les dates de floraisons, des conditions de miellée les rendements et autres informations. Noter les dates d'occupation de chaque emplacement peut également se révéler utile pour déterminer la source de l'infection. Il en est de même quand on fait des essaims, pour garder trace de l'origine du prélèvement d'abeilles et de cadres de couvain. L'expérience démontre que quand les apiculteurs prennent correctement des notes, les maladies sont plus facilement maîtrisées.

Hygiène

De bonnes conditions d'hygiène sont essentielles pour empêcher ou maîtriser la loque américaine. Comme mentionné plus haut, les deux principales sources d'infection sont le pillage et l'introduction de matériel contaminé par l'apiculteur.

Par conséquent, l'hygiène du rucher joue un rôle important pour réduire l'incidence de la maladie et sa propagation.

Tout équipement non utilisé par les abeilles devrait être soumis à la fumigation et fermé de manière étanche. Le dépôt des hausses à l'extérieur, pour lutter contre la teigne n'est plus acceptable. Les vieux cadres en attente d'être fondus, devraient être stockés à l'abri du pillage. Les déchets de fonte devraient être enterrés ou incinérés. Après la fonte, les vieux cadres devraient être détruits car la température pour fondre la cire n'est pas suffisamment élevée pour tuer les spores. Il en est de même pour les vieux matériels inutilisables.

Les locaux d'extraction devraient être absolument étanches pour empêcher le pillage. Les pains de cire issus de la fonte devraient aussi rester à l'abri des pillardes.

Les ruches faibles ou mortes ont besoin d'intervention rapide éviter le pillage. Les ruchers négligés ou abandonnés devraient être signalés aux agents sanitaires.

Le nourrissement avec les opercules poisseux, souvent pratiqué par les petits apiculteurs est très efficace pour donner la maladie. Tout miel ou pollen destiné au nourrissement devrait être désinfecté aux rayonnements ionisants

L'organisation de cette méthode de barrière sanitaire est une bonne manière de lutter contre la loque américaine, mais de bonnes conditions générales d'hygiènes restent également nécessaires.
Par  Allan Lee, Senior Apiculturist, Western Australia Department of Agriculture
Traduction française : François SERVEL Ruchers de Camargue

 

 

 

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