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Faux et vrais acacias
Par Paul Schweitzer

Introduit en France en 1601, le robinier faux acacia fait actuellement parti du paysage français et son miel est un des plus réputés. C’est cependant sous un nom impropre que son miel est commercialisé puisque cet arbre n’est absolument pas un acacia…

Il y a peu de vrais acacias en France métropolitaine. Un des seuls est « Acacia dealbatha » plus connu sous le nom de « mimosa » qui d’ailleurs lui n’est pas un « mimosa ». Comprend qui pourra… Un peu de taxonomie me semble donc indispensable pour éclaircir ces mystères de la sémantique. Assimilées quelquefois aux papilionacées (actuellement fabacées), les légumineuses(1) sont constituées de 3 familles botaniques : les mimosacées, les césalpiniacées et les fabacées, dénomination actuelle des papilionacées.

  
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Les mimosacées regroupent environs 2 000 espèces surtout présentes dans les parties les plus chaudes du globe. Parmi elles, les vrais acacias (Acacia sp.) avec 600 espèces. Les vrais acacias sont surtout des espèces africaines (maximum dans la région du CAP) et australiennes. La France ne compte qu’une seule espèce acclimatée dans la région méditerranéenne, le mimosa des fleuristes) - Acacia dealbatha. L’albizzia, quelquefois présenté comme l’arbre à miel, est une mimosacée proche des « acacias ». Dans leur pays d’origine, les acacias sont nectarifères et leur pollen est récolté par les abeilles. Le pollen des vrais acacias est un polyade formée de 16 grains (Photo 1).

Les vrais mimosas (Mimosa sp) comptent environ 400 espèces surtout américaines. La plus connue est la sensitive dont les feuilles se rétractent au toucher, Mimosa pudica. Son minuscule pollen (Photo 2) est une caractéristique des miels récoltés dans les régions intertropicales du continent américain. Les miels brésiliens contiennent également beaucoup de pollens de différents « mimosas ».

La famille des césalpiniacées est assez cosmopolite, mais aucune de ses 2 000 espèces ne se rencontre dans les régions froides. Les espèces les plus connues sont sans doute le caroubier (Ceratonia siliqua) dont les graines servaient autrefois d’unités pondérales pour les pierres précieuses (« karats », nom d’origine arabe qui a donné carat) et qui est très nectarifère, l’arbre de Judée (Cercis silisquastrum), le campêche (Hæmatoxylon campechianum) (Photo 3) et les gleditschias (Gleditschia sp.). Le pollen des césalpiniacées est très différent de celui des mimosacées. 

Quelques lignes ne peuvent suffire pour décrire l’immense famille des fabacées avec ses 10 000 espèces dont 350 pour la seule France continentale. L’intérêt économique de cette famille est considérable et beaucoup d’espèces produisent des nectars très recherchés par les abeilles : trèfles (Trifolium sp.), luzernes (Medicago sp.), lotiers (Lotus sp.), vesces (Vicia sp.), mélilots (melilotus sp.) en sont les représentants les plus illustres avec le robinier faux acacia (Robinia peudacacia) mais également d’autres espèces comme les sophoras (Sophora sp.), les ajoncs (Ulex sp.), les genêts (Genista sp.), les anthyllis (Anthyllis sp.), les psoraleas (Psoralea sp.)… Le genre « Robinia » regroupe en Amérique du Nord une dizaine d’espèces dont « Robinia pseudacacia » qui a été introduit dans beaucoup de régions tempérées à subtropicales de toute la planète. Son pollen bien caractéristique, mais qui peut se confondre avec celui des anthyllis se retrouve dans beaucoup de miels de printemps de France. Peu exigeant aux niveaux des sols puisqu’il tolère aussi bien les sols calcaires que les sols acides, il ne peut se développer sur des sols inondés en permanence ou des sols très secs. À par cela, rien de l’arrête sauf les besoins d’ensoleillement (espèce héliophile) et l’altitude.

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Ses caractéristiques associées à sa facilité à se multiplier par rejets expliquent ses tendances invasives. Comme toutes les plantes de sa famille, ses racines comportent des nodosités renfermant des bactéries capables de fixer l’azote atmosphérique. Sa croissance rapide fait qu’il est fréquemment utilisé pour fixer les sols instables. Les excellentes propriétés mécaniques de son bois font qu’il a été très utilisé en agriculture (piquets…), dans l’industrie (poteaux, traverses de chemin de fer…), les mines, etc… (barreaux d’échelles, charronnage…).

C’est presque l’arbre à tout faire puisque ses fleurs sont comestibles en beignets(2) et que l’importance de sa sécrétion nectarifère n’est plus à démontrer. Comme c’est toujours le cas, les aléas liés à la production de miel de robinier sont étroitement corrélés avec les conditions climatiques durant la période de floraison. Bien que très abondante, un robinier en fleurs est un véritable bouquet, la floraison de cet arbre est d’assez courte durée (une quinzaine de jours en plus). La sécrétion n’est abondante que par une température supérieure à 20°C. Elle est arrêtée par temps frais et sec avec des vents d’est (pour la France) ainsi que par temps de pluie. Une fois récolté, le miel de robinier n’est jamais commercialisé sous ce nom, mais sous celui de miel d’acacia, ce qui est botaniquement faux mais est une appellation tolérée par l’usage. Nous utiliserons donc maintenant celle-ci en sachant qu’il s’agit en réalité de miel de robinier et que les miels de vrais acacias existent et sont très différents de celui du robinier.

Il existe autant de sortes de miels que d’espèces florales et chacun possède ses caractéristiques propres. Celui d’acacia est le seul miel produit en France métropolitaine à rester presque indéfiniment liquide. La cristallisation des miels est un phénomène très complexe que j’ai déjà eu largement l’occasion d’aborder. Beaucoup de paramètres entre en jeu, la composition en sucres étant toujours déterminante. C’est la richesse des miels d’acacia en fructose (moyenne 43 %) et leur basse teneur en glucose (moyenne 26,5 %) qui expliquent cette absence de cristallisation. Les miels d’acacia contiennent également une moyenne de 2,2 % de erlose. Le erlose est un trisaccharide composé de deux molécules de glucose et d’une molécule de saccharose. Quelquefois, les miels d’acacias peuvent être relativement riches en saccharose et, pour ceux-ci, le maximum légal est de 10 %. Ils sont alors pauvres en enzymes. Paradoxalement, ce sont souvent les plus beaux miels d’acacia qui présentent ces caractéristiques.

L’explication est simple. Lorsque les conditions sont optimales, les fleurs du robinier secrètent un nectar très abondant et très concentré. Ce nectar, comme c’est le cas chez certaines espèces, est riche en saccharose. Très concentré, il sera peu travaillé par les abeilles donc peu enrichi en enzymes donc avec une teneur en saccharose élevée. Un phénomène similaire se produit souvent avec les miels de lavande. Les miels d’acacia sont également très clairs – presque comme de l’eau. La coloration plus prononcée vient toujours de nectars secondaires issus d’autres espèces et qui apportent une « touche » finale aux miels d’acacia. Ces miels sont également très peu minéralisés avec une conductivité électrique le plus souvent inférieure à 200 S/cm. Leur pH est voisin de 4,00 ce qui est dans la moyenne pour des miels de nectar.

La palynologie des miels d’acacia est relativement simple même si, en raison d’une sous-représentation naturelle, les grains de pollen de robinier n’y sont pas toujours dominants. Le problème le plus courant est lié à la présence quelquefois abondante de pollens de brassicacées, généralement de colza. En effet, dans beaucoup de régions de France, la récolte des miels de robinier succède à celle des miels de fleurs de printemps le plus souvent à base de colza. Beaucoup plus riche en pollen que le robinier, récolté également à l’état de pelotes par les abeilles, le pollen de colza persiste d’autant plus longtemps dans les ruches que le miel de colza cristallise rapidement et reste donc, même faiblement, dans les alvéoles des cadres après récolte. Lors de l’analyse pollinique de ces miels d’acacia, la présence de pollen de colza peut être très importante. L’analyse des sucres permettra toujours de faire la différence et de savoir si le miel en question contient effectivement du colza ou non.

Beaucoup de régions de France produisent des miels d’acacias. Les plus beaux sont toujours produits dans les régions où il existe des peuplements importants. En Europe, c’est surtout la Hongrie qui s’est fait connaître pour ces miels mais d’autres pays , comme la Croatie, en produisent également. Durant de nombreuses années, la France et l’Union européenne ont importé beaucoup de miels d’acacia de Chine. De qualité douteuse et souvent falsifiés, ils n’apparaissent plus sur le marché actuellement. Dans tous les cas, la palynologie de ces miels fait toujours la différence entre un miel d’acacia de France et un miel d’acacia importé.
Paul Schweitzer
Laboratoire d’analyses et d’écologie apicole
©CETAM-Lorraine 2007

(1)  Le fruit des légumineuses est une gousse encore appelée légume, d’où ce nom. Du point de vue botanique, les seuls vrais légumes sont donc des gousses.
(2) Mais attention, les graines sont toxiques et il ne faut pas confondre le robinier faux acacia aux fleurs en grappes pendantes blanches avec celles du cytise (Laburnum) qui, elles, sont jaunes et sont toxiques…

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