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Doucement, je suis pressé

En apiculture, c'est la saison qui règle les travaux. Nous sommes encore en hiver en février, mais déjà les jours rallongent. Lorsque le soleil vient lécher la planche de vol de quelques ruches paraissant inhabitées, celles-ci commencent à s'activer.

Dans la forêt, les noisetiers étirent leurs chatons libérant une pluie d'or. Au milieu des jardins abandonnés, le mouron des oiseaux offre ses petites fleurs insignifiantes à quelques abeilles pionnières.

Mais cette renaissance peut s'accompagner aussi de redoutables retours de froid, aussi dangereux pour la nature que pour la colonie qu'il ne faut pas déranger par des travaux exécutés trop précocement.

Au nouvel apiculteur, nous dirons que rien ne presse au rucher sinon l'observation de ce renouveau riche d'enseignements pour les travaux de demain.

Le vol de propreté
Pour maintenir sa température corporelle, celle de la grappe, chaque abeille consomme du miel, source d'énergie. De ce fait, elle produit des déchets qui s'accumulent dans l'ampoule rectale. Heureusement, la nature l'a prévue extensible, aussi notre abeille peut elle rester plusieurs semaines sans déféquer et attendre des conditions favorables pour une sortie de ruche : absence de pluie et douceur de la température. 

Lorsqu'une telle journée se présente, on observe alors de nombreuses abeilles qui sortent se vider : les traces de ces déjections jaunâtres ou brunâtres sont bien visibles sur la neige, mais malheureusement aussi sur le linge mis à sécher ou sur les automobiles. C'est le petit désagrément occasionné par nos abeilles au printemps et qui ne fait pas toujours plaisir ! Aussi, faudra-t-il penser à les faire pardonner un peu plus tard en saison en faisant goûter à ses voisins peut-être mécontents, un peu de son miel ou pourquoi pas son pain d'épices maison !

Pendant ces vols de propreté indispensables, certaines abeilles n'auront plus la force de revenir à la ruche. Elles se posent sur la neige encore présente et meurent de fatigue et de froid. Généralement, ce sont de vieilles ouvrières qui de toute façon seraient mortes dans la ruche... Il n'y a donc pas de quoi s'alarmer tant que leur nombre n'est pas très important.

Certains collègues masquent partiellement le trou de vol justement afin que quelques abeilles qui seraient attirées par la réverbération du soleil sur la neige ne soient pas tentées de sortir.

D'autres répandent de la sciure ou des cendres devant les ruches pour offrir à ces pauvres ouvrières quelque support pour se poser un bref moment. Ces observations feront sûrement sourire l'apiculteur disposant d'un important rucher... Il n'empêche que ces pratiques, si elles ne sont pas d'une grande efficacité, peuvent rester utiles et de plus tranquillisent quelques apiculteurs au cœur tendre ! 

Premiers pollens
Ce sont les premières protéines fraîches dont la colonie a besoin pour nourrir et développer le jeune couvain. Certes, il reste presque toujours du pollen ancien ensilé dans les alvéoles et appelé " pain d'abeilles ". 

Théoriquement, celui-ci est plus digeste et plus facilement assimilable par les abeilles. En effet, lors de la récolte, elles agglomèrent les divers grains de pollen à l'aide d'un suc intestinal contenant diverses diastases. Certains scientifiques pensent même que des abeilles consommant du pain d'abeilles vivent plus longtemps qu'avec du pollen frais (traité de biologie de l'abeille). 

Mais après une année de stockage, le pain d'abeilles perd son pouvoir sur le développement des glandes hypopharyngiennes. Par ailleurs, en cas d'humidité excessive dans la ruche, le pollen fermente et devient non consommable. Seuls, les apports de pollen frais couvriront alors les besoins protéiniques des élevages en cours.

Les populations
Puisqu'il y a blocage de ponte, il n'y aura pas de naissances. Les populations actuelles - abeilles d'hiver - vieillissent. Ce sont celles nées en septembre et en octobre qui ont pour mission d'assurer hivernage et élevage du premier couvain. Nous l'avons dit cet automne dernier. Si les mesures préconisées à cette époque ont été appliquées (compléments nutritifs administrés en fin d'été, traitements antivarroase exécutés tôt en automne), ces abeilles d'hiver assureront leur rôle sans problème. Par contre, si l'une des deux mesures n'a pas été respectée à temps, l'élevage printanier sera difficile : comment des abeilles ponctionnées par varroa durant tout l'hiver, ou mal nourries auront-elles encore assez d'énergie pour produire de la gelée royale de qualité et en quantité suffisante pour nourrir les jeunes larves ?

Dans ce cas, le remplacement des abeilles d'hiver qui arriveront bientôt en fin de vie, par celles d'été sera problématique et la survie des colonies concernées compromise.

La reprise de ponte
On peut se poser la question de l'arrêt de ponte hivernal : est-il inclus dans le processus biologique de notre abeille Apis mellifica ou est-il plutôt un événement dont la cause serait extérieure à la ruche ? Le blocage de ponte hivernal n'est pas général dans notre pays et ne s'observera pas ou peu dans les colonies implantées dans les zones douces du Midi.

On observe aussi parfois un blocage de ponte en août, lorsque les apports nutritifs deviennent rares, avant la reprise de ponte de septembre, bien que les ruches soient bien pourvues en nourriture. Certains imputent le blocage de ponte à la durée du jour, plus courte en hiver. N'est-elle pas la même à Nice qu'à Lille et bien plus longue en août qu'en septembre ? La question reste posée : qui donc dirige intelligemment et avec prévoyance la conduite de nos colonies, en bloquant ou au contraire en libérant utilement la ponte des reines ? S'agit-il de " l'esprit de la ruche " comme l'avait pensé MAETERLINCK ?

 Laissons de côté ces interrogations et revenons dans notre concret quotidien : dans les régions où l'hiver se fait sentir, la reprise de ponte devient effective dès la mi-janvier et monte progressivement en puissance courant février. Elle est due très probablement à la fertilité des reines, aux conditions climatiques, au potentiel de provisions miel et pollen et enfin aux premières rentrées protéiniques.

Comment vérifier cette reprise de ponte ? Certainement pas en ouvrant les ruches, il est trop tôt pour le faire sauf si la température se maintenait durablement à 17/18° à l'ombre. Néanmoins, rien ne presse. L'ouverture prématurée d'une ruche provoque le dérangement de la colonie, donc une surconsommation de miel. De ce fait, elle exacerbe la ponte de la reine, à une période où un retour de froid n'est pas exclu. Si celui-ci arrive, la grappe d'abeilles se reforme et ne couvre plus toute la surface du couvain. Les larves et les nymphes situées en périphérie sont vouées à la mort. Résultat : travail d'élevage anéanti, consommation inutile de provisions, risque de maladie si les larves et les nymphes mortes ne sont pas évacuées rapidement.

Tout comme le suggérait notre collègue Francis, dans la Page des Jeunes, c'est-à-dire des jeunes en apiculture sans distinction d'âge, la reprise de ponte peut se vérifier sans intervenir, uniquement par l'observation du trou de vol : 

  • des allées et venues de buveuses d'eau,
  • des rentrées de pollen,
  • une perte rapide de poids de la ruche, 

sont les signes qui confirment une reprise de ponte.

Alors que l'activité renaît au rucher, quand les conditions climatiques sont favorables, il peut arriver qu'on n'observe que peu ou pas de mouvement sur la planche de vol de quelques colonies. Celles-ci sont à surveiller : elles peuvent être faibles ou mortes. Les colonies faibles doivent être aidées tout de suite par un apport de nourriture solide, du candi. Ultérieurement, elles pourront recevoir un nourrissement spéculatif sous forme de sirop (cas de colonies avec de jeunes reines).

Par nourrissement spéculatif, on entend un nourrissement régulier, par petite dose. L'objectif est d'une part de nourrir la colonie nécessiteuse et d'autre part, de favoriser la ponte de la reine. Celle-ci doit être en mesure de répondre à la sollicitation de l'apiculteur : être fécondée, jeune (moins de 3 ans) et en bonne santé.

  • Attention toutefois: le nourrissement spéculatif exagéré peut être si efficace qu'une colonie "en retard " se développe ensuite trop rapidement et risque d'organiser un élevage royal suivi d'un essaimage. 
  • Il se peut également qu'une colonie devenue très populeuse à la suite d'un nourrissement spéculatif prolongé ne soit pas suffisamment pourvue en provisions et qu'elle meure de faim lors d'un retour de froid. Cette pratique ne doit être utilisée qu'avec circonspection.

Les colonies faibles avec de vieilles reines seront également aidées par l'apport de candi et ensuite regroupées lorsque les conditions climatiques seront propices. Les colonies ne présentant aucun mouvement seront dans un premier temps fermées et ensuite démontées pour découvrir l'origine de leur mort: si les abeilles sont trouvées la tête fichée dans les alvéoles, la cause sera imputable au manque de nourriture. 

Par contre, si les abeilles sont mortes en tas au fond de la ruche, c'est peut-être une maladie qui est à l'origine de la mort.

Dans ce cas, il convient de prévenir l'agent sanitaire du secteur qui tentera de diagnostiquer la maladie. Par ailleurs, il n'est pas rare de trouver en fin d'hiver des colonies orphelines.

Une étude a permis de déterminer que la mortalité hivernale des reines est en relation avec l'âge :

  • 0,3 % des reines de moins d'un an meurent en hiver,
  • 3 % de celles de moins de 2 ans, 10 % de celles de moins de 3 ans.

La larve d'abeille ouvrière
Une règle générale doit rester présente à l'esprit. Une reine pondant un oeuf fécondé génère une femelle : reine ou ouvrière. Au contraire, un oeuf non fécondé donne un mâle, le faux-bourdon.

Ces 3 castes d'abeilles présentent des morphologies et longueurs de vie différentes :

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Partant de cette généralité, voyons comment et succinctement se développe une larve élevée pour devenir ouvrière. 

L'oeuf fécondé, fraîchement déposé mesure 1,5 mm de long et pèse 0,1 mg. Il repose, collé verticalement sur le fond de la cellule, sans nourriture pendant toute la durée d'incubation, soit 3 jours. Progressivement, il s'incline jusqu'à se coucher.

Les apiculteurs considèrent qu'un oeuf disposé verticalement est âgé d'un jour, celui de 2 jours est incliné à 45° et couché au bout de 3 jours.

A l'éclosion, la jeune larve se retrouve baignant dans la gelée d'ouvrière pure fournie en grande quantité, jusqu'à 4 fois son propre poids. Il n'y a que peu ou pas d'apports nutritifs le deuxième jour et ceux-ci ne seront repris que le troisième jour avec une modification dans leurs compositions - davantage de carbohydrates et adjonction de quelques grains de pollen. 

Dès le quatrième jour et jusqu'à l'operculation, la " distribution de masse " se transforme en " distribution progressive ". La larve désormais ne disposera pas de surplus et recevra de la nourriture à la vitesse où elle l'absorbe.

Selon NELSON, les apports nutritifs journaliers seraient de : 

  • 3 mg pour le 1er jour,
  • 10 mg pour les 2ème et 3ème jours
  • 8 mg pour le 4ème jour.

Ces apports sont désormais composés de gelée d'ouvrière, de pollen, de miel et d'eau. Dès l'operculation, la larve n'est plus nourrie et ne vit que sur ses réserves pendant toute la durée de la nymphose, soit 15 jours. 

Les oeufs et larves sont maintenus en observation permanente par les nourrices et il a été constaté qu'elles les visitent en moyenne 1300 fois par jour pendant la période allant de la ponte à l'operculation, soit 9 jours. Développement d'un oeuf fécondé destiné à donner une ouvrière.

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Formalité administrative
Ces rappels ne s'adressent naturellement qu'à ceux qui ont oublié de remplir les quelques formalités de début d'année : la déclaration d'emplacement et de déplacement de ruchers est obligatoire. Les formulaires sont disponibles en Mairie mais aussi auprès des responsables apicoles.


L'adhésion au Syndicat d'apiculture départemental est fortement conseillée. Elle permet de bénéficier d'avantages qui compensent largement son coût : possibilité de suivre des stages, de participer aux conférences, aux réunions d'information, de souscrire des assurances spécifiques, de recevoir la revue de l'Abeille de France à prix préférentiel... Adhérez et faites adhérer. Plus le syndicalisme apicole sera fort, plus il se fera entendre auprès des pouvoirs publics qui n'écoutent que celui qui crie le plus fort !