Avec l'aimable autorisation de la revue

Abeilles et Fleurs

 Les belles histoires de l’oncle Simonpierre - Chassons l’abeille du lierre
par Simonpierre Delorme  

abeille lierre

Nous connaissons tous le lierre, cette liane vivace qui couvre le sol et grimpe sur les clôtures et les troncs. Ses fleurs jaune vert poussent au sommet des rameaux dans les endroits bien éclairés. Si le temps le permet, nos abeilles en tirent à l’automne d’abondantes rentrées. Elles y ramassent pollen et nectar et leur bourdonnement s’entend de loin. Il faut hélas qu’il fasse bien chaud pour que les abeilles puissent en faire butin car les nectaires, moins protégés que sur d’autres fleurs, sont plus à la merci du vent et de la pluie. Le miel de lierre, ambré et cristallisant assez vite, est rarement récolté : on préfère le laisser en provisions d’hiver. Il n’y a pas que les abeilles qui profitent de cette floraison et de cette miellée tardives. D’autres insectes, des coléoptères, des mouches, voire quelques guêpes sociales, s’y pressent et concourent au bourdonnement qu’on entend. Mais regardez de près car vous pourrez voir parfois une abeille légèrement différente parmi les abeilles mellifères. C’est l’abeille du lierre, de son nom savant Colletes hederae.

Une abeille « récente »
L’abeille du lierre est une abeille récente. Elle a été décrite en 1993 pour la première fois par Konrad Schmidt et Paul Westrich. Jusque-là, elle était confondue avec une autre espèce de Colletes morphologiquement très proche. C’est une abeille solitaire, ce qui veut dire qu’elle ne vit pas en colonie et qu’elle ne passera pas l’hiver, comme toutes les diverses espèces d’abeilles solitaires qui apparaissent à la belle saison et font dans le sol, dans les trous des murs, dans les tiges séchées et les brindilles creuses, voire dans une coquille d’escargot, un nid dans lequel elles pondront quelques oeufs qu’elles approvisionneront ensuite en nectar et en pollen, avant de mourir elles-mêmes sans attendre l’hiver. L’abeille du lierre bâtit son nid dans les sols argilo-sableux, les talus, les chemins que les abrutis n’ont pas encore goudronnés comme ceux des cimetières. (A Paris, on en trouverait au cimetière de Montmartre). Comme d’autres solitaires, elle a souvent tendance à creuser son nid pas très loin de celui d’une congénère ce qui peut faire à la longue des dizaines, voire des centaines, de nids côte à côte. Les entomologistes appellent un tel rassemblement une bourgade, et ces bourgades font parfois si peur aux braves gens qu’il leur arrive souvent d’appeler un cueilleur d’essaims pour qu’il les en débarrasse !

Selon Serge Gadoun, de l’OPIE de Guyancourt, "Ces bourgades sont généralement l’objet de l’attention de très nombreux mâles qui y atrouillent sans relâche à la recherche de femelles prêtes à s’accoupler. Qu’une femelle vierge émerge de sa cellule larvaire, elle subit alors généralement les assauts de plusieurs mâles : un essaim copulatoire se forme qui se disloquera dès que l’un des mâles aura réussi à s’accoupler avec elle."

abeille lierre 1Le pollen que ces abeilles du lierre récoltent pour leur descendance est, selon les entomologistes, exclusivement du pollen de lierre.

Des Colletes voisines vont préférer les éricacées ou les astéracées. On trouve tout de même des abeilles du lierre, femelles et mâles (les mâles d’abeilles solitaires sont plus dégourdis que les faux-bourdons), sur d’autres fleurs, au moins pour le nectar. Voir certains sites internet : Wikipedia Commons ou sur celui de Sabine Jelinek, une abeille sur des fleurs de mélilot officinal http://nafoku.de/wildbienen/htm/colletes.htm.

Puisque le lierre ne fleurit pas avant septembre octobre, notre abeille du lierre s’activera donc au maximum de la mi-août à novembre (quoique le souvenir existe de grosses miellées de lierre jusqu’à fin décembre), selon les floraisons correspondantes. Les males éclosent vers la fin août et les femelles vers le début septembre. C’est la plus tardive des abeilles solitaires d’Europe. Comment la différencier ? Selon le site Nederlandse bijen (www.wildebijen.nl/klimopbij.html) le dessus du thorax est couvert de poils bruns, légèrement plus clairs sur les bords, Chez la femelles, les tergites sont noir brillant avec un anneau jaune interrompu sur le premier segment. L’arrière-train des males est moins brillant. On peut consulter diverses fiches et galeries de photos sur :

A la conquête de nouveaux territoires ?
Une enquête dans les jardins d’enfants en Allemagne fédérale et en Suisse alémanique a montré une véritable invasion de certains bacs à sable par des femelles d’abeille du lierre cherchant à bâtir. C’est un phénomène nouveau et qui montre peut-être la vivacité de l’espèce puisque le sable des bacs
est régulièrement brassé et qu’il est changé au moins tous les trois ans. (http://www.wildbienen-kataster.de/login/downloads/Efeu-Seidenbiene. pdf)


abeille lierre 2Localisation

L’espèce serait-elle en expansion ?
Après sa description, l’abeille du lierre a été ensuite repérée plus ou moins en Angleterre, dans le Limbourg hollandais, en Belgique, au Luxembourg, en Bade-Württemberg et en Rhénanie-Palatinat, en Bavière, en Hesse, en Slovénie et en Croatie. La carte ci-contre, fournie par l’OPIE de Guyancourt (l’Office de protection des insectes qui édite la revue Insectes), semble incomplète puisque notre abeille existerait aussi en Espagne et en Allemagne du nord. L’O.P.I.E. lance en 2008 une grande enquête sur les pollinisateurs et en particulier sur l’abeille du lierre. Il souhaite recevoir des spécimens (pour vérification) avec la localisation de la prise.

Serge Gadoun, coordinateur du groupe Opie-Apoïdes, écrit : "Il suffit de visiter les massifs de lierre en fleur et de récolter un spécimen pour nous l’envoyer … Le spécimen récolté sera « endormi » aux vapeurs d’éther acétique ou par congélation puis, soit correctement épinglé et étalé (pattes « pendantes » et ailes entr’ouvertes), soit mis sur couche de coton. Chaque spécimen sera individuellement étiqueté avec le nom de la commune, le numéro du département, le lieu-dit, la date, le nom du récolteur et si possible les coordonnées géographiques. Toute information complémentaire est bienvenue : coordonnées du récolteur, photos numériques, fleur visitée (lierre ou autre)".

Dans une enquête plus modeste de septembre 2006, qu’on trouve sur le forum internet du Monde des insectes, Nicolas Vereecken de Bruxelles demandait principalement, "une estimation du nombre d’individus observés, la date d’observation et le lieu précis (si possible avec des coordonnées géo pour ceux qui disposent d’un GPS et/ou de GoogleEarth)". On doit pouvoir aussi maintenant utiliser le site de l’INSEE pour le même repérage.

Il reste peu de temps pour cette année : Bonne chasse !
Simonpierre Delorme : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Coordonnées de l’enquête : 
OPIE - BP 30
78041 GUYANCOURT CEDEX
Tel : 01 30 44 13 43

Serge Gadoum : s.gadoum@freesurf.fr