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C.E.T.A.M.
Centre d’Études Techniques Apicole de Moselle
Par Dr Albert BECKER

L’apiculture tient une place à part dans le monde agricole. 76 000 apiculteurs ont moins de 10 ruches. L’intérêt écologique de l’abeille n’est plus à démontrer. L’apiculture française vit une période difficile : vieillissement de la profession, persistance de la varroase, transformation des biotopes, remembrements, traitements phytosanitaires. Elle souffre aussi des difficultés liées au marché du miel. Le manque de technicité d’une partie des apiculteurs est aussi un facteur aggravant.

En 1979, les apiculteurs de la Moselle et le G.D.S.A. de Moselle transforment leur laboratoire qui était déjà confié à M. Schweitzer.

En 1998, naissance du CETAM-Lorraine. Le laboratoire devient « Laboratoire d’analyses et d’Ecologie Apicole » en partie grâce aux aides financières du Syndicat National d’Apiculture, du Conseil Régional de Lorraine, de l’ONIFLHOR. Les rentrées financières actuelles permettent d’assurer correctement notre fonctionnement et de faire face à tous nos engagements. Grâce à l’effort de ces pionniers, les apiculteurs de France disposent désormais d’un laboratoire indépendant moderne et performant.

Le laboratoire du CETAM, second en France dans son domaine (le 1er étant celui de « France Miel ») est devenu un partenaire reconnu de l’industrie agroalimentaire, des chaînes de grande distribution, des administrations, des instituts de consommateurs, dans les recherches d’adultération des miels, de présences éventuelles de résidus de toutes natures.

Nos travaux portent sur la phytosociologie, l’élaboration de cartes dynamiques de la flore des différentes régions de France, les études d’impacts industriels. Les demandes d’analyses de miel croissantes dépassent largement les frontières de l’hexagone. Nous sommes de plus en plus sollicités par des apiculteurs et des organisations apicoles étrangères, des journalistes, des chercheurs, des universités, des Etats pour des études. Des interventions et des actions de formation sont de plus en plus nombreuses tant en France qu’à l’Etranger ainsi que des demandes de stages d’étudiants français et étrangers. Nous avons proposé à l’Université de METZ la mise en place d’une filière optionnelle d’apidologie.

Nos nouveaux locaux peuvent désormais accueillir des stagiaires, chercheurs, étudiants dans d’excellentes conditions matérielles.

Mission Générale du Laboratoire
  - Contrôle de la qualité et de l’origine botanique des miels présentés soit individuellement, soit collectivement,

  - Formation du personnel aux techniques d’analyses des miels,
  - Amélioration des techniques et méthodes de production et de qualité des produits apicoles
  - Optimisation des récoltes,
  - Promotion des productions les mieux adaptées à une région,
  - Transfert des résultats des études à la profession et à leurs instances décisionnelles,
  - Mise en place de travaux originaux, de techniques analytiques améliorées et de nouveaux moyens d’examen.

Stucture
Le CETAM a des statuts associatifs Alsace-Moselle type 1908 (Loi et art. 21 à 79 du Code Civil Local).


Sont membres du CETAM : la Fédération et le DGSA de Moselle, La Confédération Régionale des apiculteurs de Lorraine (CRAL) regroupant la totalité des Syndicats lorrains de Meuse, Meurthe et Moselle, la moitié des syndicats des Vosges ainsi que les associations de développement comme Lormiel, Adaest.

Le Comité scientifique se compose de :
  - M. Paul SCHWEITZER, Directeur, Chargé de Recherches, Apiculteur, Formateur et Consultant international, Spécialiste en physico-chimie du miel, en mélissopalynologie et en écologie apicole,
  - le Docteur Bernard DORY, Pharmacien Biologiste, Certificat d’Etudes Spéciales d’Hématologie, d’Immunologie et Certificat d’Etudes Supérieures de Mycologie et de Chimie minérale,
  - le Docteur Frédéric NOEL, Pharmacien Biologiste, C.E.S. de Bactériologie Hématologie et de Biochimie,
  - le Docteur Albert BECKER, Médecin, Apiculteur, Secrétaire Général du S.N.A, Président du CETAM.

Moyens Technique
L’équipement du laboratoire est d’un très haut niveau et régulièrement mis à jour et complété. Nous possédons entre autres :
  - pour l’étude des sucres des miels, des cires, de la gelée royale : des chromatographes (HPLC)
  - pour la physico-chimie des miels : un spectrophotomètre infrarouge de Fourier (IRFT).
  - nous utilisons également des spectrophotomètres associés à l’informatique, des logiciels de pilotage et d’acquisition des données adéquats.
  - un réfractomètre ABBE performant pour mesurer la teneur en eau des miels qui est un facteur capital à connaître pour assurer leur bonne conservation.
  - matériel divers tel que PH-Mètre, conductivimètre, balances automatiques de précision, thermomètres de haute précision, cuves à ultrasons, à électrophorèse,
    chromatographes sur papier et en       couche mince, centrifugeuses …
  - nous avons mis au point un système automatique original de reconnaissance des pollens.
  - la stéréo-microscopie bénéficie d’ordinateurs équipés de logiciels spécifiques pour le traitement des images. Pour la génétique et la sélection de l’abeille, il existe un poste d’insémination instrumentale des reines d’abeilles.

Activité du Laboratoire
Analyses des miels
L’analyse des miels est une part importante de notre activité. L’évolution constatée depuis 1998 est satisfaisante.


Toutes les régions de France font appel au laboratoire. La région « Lorraine » représente près de 40 % des analyses pour des raisons évidentes de proximité mais également parce que les apiculteurs lorrains sont depuis plus de 20 ans sensibilisés aux problèmes de qualité du miel. Les écarts entre les autres régions ont différentes origines. Le laboratoire effectue les contrôles de qualité pour diverses manifestations régionales comme des concours des miels. Dans leur majorité, les miels d’origine étrangère proviennent de négociants.

Le laboratoire participe depuis l’origine avec grand succès à des circuits d’intercomparaisons des analyses organisés par le BIPEA (Bureau Interprofessionnel d’Etudes Analytiques).

Formation des apiculteurs
De nombreux apiculteurs suivent annuellement les cours « produire, commercialiser des miels de qualité ». Cette formation de 2 jours, à raison d’une dizaine par an, regroupant à chaque fois de 20 à 30 apiculteurs, a été dispensée depuis l’année 2000 dans de nombreuses régions de France. Le CETAM accueille régulièrement des délégations d’apiculteurs pour des premières sensibilisations aux problèmes de qualité du miel dont, en 2001, un groupe d’apiculteurs réunionnais.


Un stage de formation plus spécialisé de 3 jours sur l’analyse pollinique des miels se tient depuis 1999 au Rucher-Ecole de l’Ile-du-Saulcy à METZ mais également au CETA de Merval en Haute-Normandie.

En collaboration avec le Groupement de Défense Sanitaire, une demi-journée de formation est organisée annuellement à St-Avold (57) pour le recyclage des agents sanitaires apicoles de Moselle. Depuis 2003, ce recyclage est étendu à tous les adhérents lorrains.

Autres formations
Le Laboratoire d’Analyses et d’Ecologie Apicole attire également des étudiants, des professionnels de la filière « Miel » et d’autres branches de l’agronomie.


Le miel a inspiré les candidats au baccalauréat pour leurs Travaux Personnels Encadrés (TPE).

Publications
Le laboratoire du CETAM publie mensuellement dans la revue « l’Abeille de France ». Les thèmes abordés sont multiples. Leur but est avant tout pédagogique avec un principe cardinal : mieux faire connaître les propriétés des miels. Il s’agit par exemple d’études exhaustives de certains miels, d’études floristiques de certains biotopes et des miels qui leur sont associés, d’exposition de l’intérêt de nouveaux dosages… Ces articles sont souvent repris sur le site Internet de l’apiculture http://www.apiculture.com qui est un site international en 4 langues : anglais, français, allemand et espagnol.

Relations avec les Universités
Depuis sa création, les compétences et le matériel du laboratoire du CETAM sont utilisés dans le cadre de différents travaux universitaires.

Travaux de recherche
Ces travaux sont une raison d’être du CETAM. Nous nous intéressons tout particulièrement aux référentiels des miels, dont ceux de Lorraine, des miels des Vosges du Nord et des miels de sapin des Vosges. Ceci est associé à l’inventaire de la flore mellifère Française, celle de Lorraine est en bonne voie de finalisation.

En ce qui concerne le contrôle de l’origine géographique de miels, l’arrêté ministériel ne prévoit rien. La technique la plus simple et la moins onéreuse pour la reconnaître repose sur l’étude des grains de pollen présents dans les miels. Ceux-ci proviennent de l’environnement immédiat des ruches et forment une sorte d’empreinte caractéristique du biotope dans lequel le miel a été produit : le spectre pollinique véritable carte d’identité.

Un programme similaire est en place pour couvrir l’ensemble des miels produits dans la région lorraine avec des perspectives intéressantes pour ceux qui sont originaires du Parc Naturel Régional de Lorraine et du Parc Naturel Régional des Vosges du Nord qui possèdent des flores très originales avec, là aussi, à terme, la création d’appellations géographiques pour les miels produits dans ces secteurs.

1. Amélioration des techniques d’analyses polliniques grâce à l’imagerie numérique
Une banque de données de grains de pollen représentant plus de 95% des taxons présents dans les miels est ainsi déjà constituée et disponible sur CD Rom. Le laboratoire dispose d’une intéressante collection de pollen représentant la flore de l’Amérique tropicale et détient dans ses archives plus de 35.000 images de pollen que l’on trouve en France, en Afrique du Nord et une grande partie de ceux rencontrés dans les miels importés en Europe.

2. Le spectophotométrie infrarouge dans la reconnaissance de l’origine botanique des miels et de la qualité de la gelée royale
Les recherches du CETAM dans ce domaine devraient aboutir à des applications directes pour les apiculteurs comme la mise au point de petits appareils permettant en quelques secondes de connaître la teneur en certains sucres des miels… Des perspectives du même ordre existent dans l’étude de la qualité des cires et des gelées royales. Les cires vont faire l’objet de programme de recherche au CETAM en particulier pour la présence de résidus liposolubles provenant de traitements phytosanitaires.

3. Etude de la coloration des miels par spectrométrie
La coloration des miels est une donnée importante car c’est une caractéristique physique dépendant de l’origine du produit mais également un élément sensoriel primordial qui détermine en partie le choix du consommateur. C’est avec la structure, liquide ou cristallisée, le premier paramètre qui nous donne une information sur la nature du produit.

4. Les sucres présents dans les miels, conséquences sur les appellations, recherche des adultérations
Les miels sont des solutions composées en moyenne de 80% de sucres, de 17% d’eau et 3% d’acides organiques, sels minéraux, enzymes, grains de pollen et autres éléments ainsi que de très nombreuses substances organiques qui donnent à chaque miel sa spécificité. La composition en sucres des miels dépend essentiellement de l’origine botanique de ceux-ci. Le Codex Alimentarius prévoit 2 origines possibles pour le miel : le nectar des fleurs et le miellat.


L’étude des sucres présents dans les miels est un élément clé qui permet de vérifier la validité de certaines appellations monoflorale. La composition en sucres est un des facteurs qui conditionnent la cristallisation ou la non-cristallisation. Le sucre majoritairement présent est presque toujours le fructose suivi par le glucose ; c’est l’inverse dans le cas des miels de crucifères. Ils représentent chacun de 30 à 40% de la masse du produit. Viennent ensuite le maltose et la saccharose de – de 1% à + de 10%, et, selon l’origine, quelques % de sucres rares : erlose, mélézitose, mélibiose, tréhalose, isomaltose, raffinose,… Chaque type de miel possède un spectre pollinique et gluconique particulier.

5. Constantes physico-chimiques des miels et gestion des circuits de chaleur en miellerie
L’utilisation de circuits de chaleur est de plus en plus fréquente pour refondre des miels cristallisés, contrôler la cristallisation des miels encore fluides, diminuer la viscosité afin d’augmenter leur fluidité et permettre un pompage et une décantation optimale. Les miels sont très sensibles à la chaleur et supportent très mal des chauffages répétés et successifs avec pour conséquence l’apparition de substances nouvelles qui amorce des réactions dites de Maillart. Le chauffage du miel peut cependant être utilisé à la condition qu’il soit parfaitement contrôlé et maîtrisé.

6. Relations abeilles – environnement
Les liaisons entre la ruche et le biotope sont très étroites. L’abeille trouve dans l’environnement proche de la colonie une grande partie de la matière première dont elle a besoin. Son butinage n’est efficace que dans un rayon moyen de 3 à 4 km. C’est dans cet espace d’une dizaine de km2 que l’essaim devra trouver l’eau, le nectar ou le miellat, le pollen et la propolis nécessaire à sa croissance. La nature des miels récoltés dépendra des caractéristiques du biotope. L’abeille récolte également du pollen et de la propolis qui est prélevée sur les arbres. Elle agit comme un piège et capture toutes les particules présentes dans l’environnement.


L’étude des différents produits de la ruche confirme que l’on peut y retrouver de faibles traces de polluants présents dans l’environnement (métaux lourds, dioxine, polluants phytosanitaires agricoles).

L’abeille est un maillon indispensable au fonctionnement de certains écosystèmes. Par son comportement, les apiculteurs sont souvent les premiers alertés de certaines perturbations environnementales formant la partie visible d’un iceberg qui dissimule des dérèglements divers. C’est un excellent bio-indicateur de l’environnement et une sentinelle remarquable et bon marché.

7. Etude multirésiduelle de pesticides et d’antibiotiques présents dans les miels
La recherche de pesticides éventuellement présents dans les produits de la ruche est une priorité pour la profession et aussi pour la défense des consommateurs et la préservation de la qualité de nos produits apicoles. Les apiculteurs utilisent certains pesticides et différents produits sanitaires pour lutter contre les pathologies de l’abeille. Il s’agit de produits à base d’antibiotiques contre la loque américaine, maladie bactérienne des larves d’abeilles mais aussi de la lutte contre varroa destructor, acarien responsable d’une panzootie mondiale qui finit par détruire les ruches. De mauvaises utilisations incontrôlées d’antibiotiques tels que tétracyclines, chloramphénicol, sulfamides, streptomycine voire vancomycine, sont responsables de la présence d’antibiotiques dans certains miels avec pour conséquence des retentissements sur la santé humaine et la qualité des miels.


Aides en faveur de pays en voie de développement, actions internationales

Depuis sa création, le laboratoire du CETAM apporte régulièrement son concours le plus souvent bénévole et gratuit pour des aides à l’amélioration des filières apicoles de pays en voie de développement ou d’autres pays tiers, par ses conseils en matière de production de miels de qualité adaptée aux conditions climatiques le plus souvent tropicale et à une apiculture généralement pour au moins une part de type traditionnel. Beaucoup de miels et de produits de la ruche sont utilisés dans les pharmacopées et médecines traditionnelles.

Des contrôles de qualité ont été effectués pour l’Algérie, l’Arménie, le Belize, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Guatemala, le Liban, Madagascar, le Maroc, le Sénégal, le Togo … C’est avec le Maroc que les échanges sont les plus fructueux : animation d’une semaine des premières journées apicoles à Marrakech où la rencontre avec le monde scientifique universitaire (chimie, botanique) et le monde apicole a permis de dégager des perspectives intéressantes pour la filière apicole marocaine.

Creation d'une filière apicole universitaire en partenariat avec l’Université de Metz
Nous avons développé et soumis cette année, aux responsables universitaires et ministres concernés, un projet relatif à la mise en place d’une filière apicole universitaire avec différents niveaux. L’apiculture n’a qu’une présence marginale dans beaucoup de disciplines (médecine vétérinaire, psychologie, sciences de l’environnement, entomologie). La mellisopalynologie ne fait l’objet d’aucune formation spécifique.


Selon le projet, différents diplômes sanctionneront cette formation :

formation BAC +3 à orientation professionnelle type DUT spécialisé dans l’agroalimentaire, option miel et différents produits de la ruche, avec débouchés dans les laboratoires d’entreprise de négoce de miel.

formation d’apidologie de haut niveau BAC + 5 et au délà, Doctorat, créant des spécialistes de l’abeille, de ses produits, de l’environnement. Plusieurs universités étrangères sont intéressées et seraient prêtes à développer des actions de partenariat avec l’Université de Metz.

Centre de formation apicole
La création d’un INSTITUT TECHNIQUE NATIONAL ouvert à tous, chercheurs, spécialistes du miel et de l’abeille, apiculteurs professionnels, et dirigé collégialement par les représentants de tous les apiculteurs sans exclusives ni à priori, sera le moteur de cette formation d’apiculteurs de haute technicité, avec une bonne connaissance en vente et marketing, en technologie du miel, en biologie de l’abeille, sachant mener rationnellement un élevage des reines et pratiquer une sélection optimale de l’abeille, et aussi de bonnes connaissances des pathologies de l’abeille, de la gestion et des législations nationales ou européennes en vigueur.


Cet institut sera un lien avec les Universités et Etablissements Scolaires Agricoles intéressés pour intégrer cette discipline dans leurs programmes.

Conclusion
L’histoire nous montre que dans toutes les civilisations l’apiculture, l’abeille et le miel ont accompagné l’homme dans sa destinée. Aujourd’hui, l’apiculture vit une période de transition. La disparition de certains biotopes, l’agronomie privilégiant les rendements au détriment parfois de la qualité, l’utilisation irréfléchie de pesticides, l’action de polluants divers, l’apparition de panzootie, la perturbation de nombreux écosystèmes, ne doivent pas nous empêcher de garder l’espoir.

L’apiculture n’est plus une simple discipline de rêveur ou d’amoureux de la nature. L’apidologie moderne est devenue une science pluridisciplinaire alliant des branches diverses des sciences comme l’entomologie, la biologie animale et végétale, la phytosociologie, l’écologie, les sciences comportementales, la médecine, la génétique, la physique, la chimie ...
L’apiculteur, petit ou grand producteur, a besoin de conseils éclairés et de recherches pour optimiser et valoriser sa production.

L’existence d’un Laboratoire d’Analyses et d’Ecologie Apicole à Guenange, laboratoire lorrain, français, indépendant, dont nous sommes fiers d’être les initiateurs, les concepteurs et les dirigeants, est un maillon indispensable pour garantir à notre descendance un monde plus harmonieux.

La planète Terre est un écosystème fragile qu’il importe pour nos enfants de préserver et de protéger. Les responsables du CETAM feront de leur mieux possible pour qu’il en soit ainsi.
    Dr Albert BECKER