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Avec l'aimable autorisation de la revue du SNA - Abonnez-vous à l'Abeille de France

 vcxvfete au ruche 1 C'est la fête au rucher… sauf pour l'apiculteur

par F. Anchling 

La longue période hivernale 2005 - 2006 a été particulièrement meurtrière pour nos ruchers. Dans certaines régions, les pertes hivernales se chiffrent à 80 et 90 %. Chez nos voisins européens les mêmes chiffres alarmants circulent. Il est bien connu que la nature a horreur du vide. L'hiver meurtrier 2002/2003 a été suivi d'un été 2003 riche en essaims. Si cette théorie est encore valable aujourd'hui, cela voudrait dire que nous devrions nous attendre à courir après les essaims, d'autant plus que l'une des conditions favorisant l'essaimage semble être remplie : longues périodes de confinement avec des températures inférieures à la normale, suivies de journées de chaleur intense et orageuse.

Tant d'articles ont déjà été rédigés pour vanter les fastes du joli mois de mai et les cabrioles de nos protégées, que nous avons retenu cette année en première partie, la description très fouillée et minutée d'une période mouvementée de la vie d'une colonie qui jette un essaim, par une biologiste de grand renom, le Docteur Pia Aumeier de l'Université de Bochum dans la Ruhr, description publiée dans le Deutsches Bienen Journal de mai 2005, sous le titre difficilement traduisible de « essaimer est sensé » Autrefois dans certaines régions, notamment dans les landes à bruyères, l'essaimage était une chance, les essaims étaient convoités et représentaient une source de revenus importante pour l'apiculteur. Aujourd'hui par contre, l'on cherche à les éviter. Et pourtant l'essaimage fait partie d'une stratégie irréversible de notre abeille mellifère, qui quelquefois malheureusement conduit à l'effondrement de la colonie sauf si l'apiculteur attentif au bien-être de ses protégées vient à son secours.

Que propose la nature ? Aujourd'hui encore la multiplication naturelle des colonies est utilisée dans d'autres pays d'une manière intensive. La grande abeille asiatique construit un seul rayon de plus d'un mètre carré, accroché sous de grosses branches. Ses essaims s'installent la plupart du temps à proximité de la souche et il n'est pas rare de trouver accrochées dans le même arbre, jusqu'à une centaine de colonies très proches les unes des autres. Elles seront récoltées par des chasseurs de miel spécialisés.


 Dans de nombreuses contrées africaines, on propose aux essaims des refuges naturels
et leur miel est récolté dès que cela en vaut la peine. La recette ?
un tronc d'arbre creux ou un tuyau façonné avec de la paille roulée,
fermé à chaque extrémité avec de la bouse de vache.

L'une des extrémités est percée d'un trou central permettant d'accéder à l'intérieur du tuyau et lorsque la bouse est bien séchée, on accroche ce tuyau dans les fourches des arbres. Dès qu'un essaim a pris possession de ce logement, il est ramené à proximité des habitations. On attend qu'il ait fait le plein de miel, la colonie est alors enfumée et le miel récolté. Ainsi, l'apiculteur n'a aucun souci : pas de ruches à acheter, pas d'essaimage à combattre, pas d'élevage de reines, de nourrissement ou de rajeunissement des cadres. Sa recette pour réussir. Les essaims représentent la base d'une réussite historique, sans précédent dans le monde. Transportées au Brésil, en Amérique, par les hommes, les abeilles africaines se sont mélangées aux abeilles européennes. Le résultat, totalement imprévisible, a été l'apparition d'une abeille dotée d'un surprenant instinct de défense et d'une étonnante capacité à s'imposer : l'abeille africanisée, appelée aussi l'abeille tueuse. Arrivée en 1957, elle a investi en vingt ans un domaine aussi grand que l'Europe. En 1994 elle avait franchi plus de 10 000 km et des colonies sauvages s'étaient installées sur toute la surface de l'Amérique du sud et de l'Amérique Centrale allant même jusque dans les états du sud des USA. Sa progression n'a été arrêtée que par les climats plus froids des régions du nord.

Mais alors qu'est-ce qui rend cette abeille si performante ? L'abeille tueuse n'accepte que de très jeunes reines qui pondent jusqu'à 4000 oeufs par jour. À peine cinquante jours après sa naissance et dans de bonnes conditions de récolte, l'essaim s'est tellement développé, qu'il peut lui-même jeter un nouvel essaim. Ainsi chaque année, chaque colonie engendre jusqu'à huit nouveaux essaims qui se déplacent jusqu'à 50 km de distance. La multiplication par scission et expansion de nombreuses petites colonies est une stratégie qui n'est pas particulière à la seule abeille africaine, mais l'aide à s'imposer dans la nature de manière durable, malgré les feux de broussailles, les voleurs, les maladies et les parasites.

C'est beau à voir quand vos abeilles essaiment !

Avec cette remarque admirative, plus d'un promeneur m'a fait peur et courir au rucher pour constater qu'il ne s'agissait en fait que de l'activité intense d'un jour d'été. Le départ d'un essaim est certes fascinant, mais aussi rageant ; car ce n'est qu'en fin de saison et encore s'il y a miellée, que l'essaim et la souche pourront produire une petite récolte. Seuls l'élevage et les conditions d'exploitation peuvent juguler le risque d'essaimage. Et pourtant le délicieux mois de mai ne conduit pas seulement certains apiculteurs à courir après les essaims ; c'est parfois aussi dans les colonies fortes et saines conduites par une jeune reine de sélection que s'éveille un désir de multiplication auquel on ne s'attendait pas. C'est en mai et juin que les colonies atteignent leur maximum de développement. Une foule de jeunes abeilles doit soigner jusqu'à 40 000 larves et quelques 15 000 butineuses vont chaque jour à la recherche de nectar et de pollen. La période de la récolte principale fournit un trop-plein de miel et de pollen. Le développement fulgurant atteint bientôt ses limites ; 2000 oeufs par jour, c'est le maximum de ponte pour une reine et pourtant cela ne suffit plus à donner du travail à toutes ces jeunes nourrices. Lorsqu'il y a plus de couvain operculé que de couvain ouvert, il y a rupture du développement due au ralentissement de la ponte de la reine. Chômage forcé, afflux de provisions et manque de place, sont à côté du manque de contact avec la phéromone royale, des facteurs certains qui conduisent les butineuses entre fin avril et mi juin, selon la latitude, à envisager un essaimage.  

Quand une colonie s'est fortement développée et que les abeilles n'ont presque
plus de place à leur disposition, les mouvements de la reine sont eux aussi restreints

 Elle ne trouve plus que difficilement des cellules vides pour y pondre ses oeufs; elle se réfugie alors principalement dans la moitié supérieure des rayons et ne va plus que rarement vers les extrémités inférieures. Lors de ses promenades, la reine répand avec ses tarses (articles des pieds) des signaux chimiques - des phéromones -. Une autre phéromone est produite par les glandes mandibulaires. Chez les reines qui pondent des œufs, les glandes tarsales sont particulièrement bien développées. Des expérimentations ont démontré qu'un mélange des deux phéromones (tarsale et mandibulaire) prévenait la formation de cellules royales. Quand la reine est bloquée dans la moitié supérieure de la ruche il y a déséquilibre et des observations ont confirmé que la reine était presque toujours absente du bord des rayons où les cellules royales sont construites. C'est parti pour essaimer !!! Huit jours avant le jour du départ, l'œuf est déposé dans les cupules, amorces de cellules royales implantées sur le bord des cadres. Ces cupules sont aussitôt construites et étirées. Ainsi commence l'élevage des jeunes reines et parallèlement les cirières, sur les chantiers de construction, sont atteintes de lassitude et n'ont plus de cœur à l'ouvrage qu'elles abandonnent bientôt. Cinq jours avant le départ, la reine est condamnée à la portion congrue, ainsi elle perd un tiers de son poids et redevient capable de voler ; par contre ses capacités de ponte s'effondrent.


Cependant le compte à rebours a commencé il y a bien longtemps ; les premiers faux bourdons ont été élevés il y a déjà six semaines. Au moment du départ ils seront matures et alors prêts pour accomplir leur unique devoir : l'accouplement.
Environ deux semaines avant le grand départ, des éclaireuses commencent déjà à repérer dans les environs des possibilités de relogement. Quelques heures avant l'envol, les partantes remplissent leur jabot de nourriture. Un essaim de trois kilos transporte un kilo de miel. Le signal du départ est une danse frétillante très excitée et des sortes de cui cui qui ne mobilisent tout d'abord que quelques ouvrières ; dix minutes plus tard, la colonie est saisie d'une grande frénésie. Qui décide alors que telle abeille est partante et telle autre devra rester pour assurer la survie de la souche ? Le mystère reste entier car on y trouve des abeilles encore chargées de pollen, des faux bourdons, des jeunes, des plus âgées. C'est plus de mille abeilles /minute qui s'élancent du trou de vol avec la vieille reine ; environ 50% de la population de la colonie. L'essaim s'élance vers sa nouvelle existence avec beaucoup d'abeilles, de nourriture et sa précieuse reine dans un bourdonnement intense, en rangs serrés. Il se forme alors un nuage composé de milliers d'abeilles joyeuses et aucunement agressives qui volent frénétiquement dans un rayon d'une trentaine de mètres à faible hauteur.

Le comportement d'une colonie avant l'essaimage est véritablement perturbé et l'envol de l'essaim intervient comme une délivrance qui supprime toutes les tensions accumulées.

fete au ruche 9
Les abeilles restantes héritent certes d'une habitation avec des cadres de provision et de couvain, mais sont provisoirement sans chef ; un risque équitable et partagé. En effet l'essaim est parti juste après l'operculation des cellules royales amorcées ; donc cinq à sept jours avant la naissance d'une de ces jeunes reines. En route pour de nouveaux horizons. Entre dix et vingt minutes plus tard la frénésie se calme et les abeilles se rassemblent à proximité du rucher - elles forment une grappe qui constitue maintenant une nouvelle communauté organisée. La phéromone royale agit pour son union et sa solidarité. Si la reine manquait à l'appel (par exemple si par suite d'une aile clippée elle avait manqué son envol et était tombée dans l'herbe), toutes les abeilles retourneraient à la souche. Les butineuses aussi participent à leur manière à la répartition des phéromones. Elles battent le rappel en libérant à partir de la glande de Nasanov des composants volatils sentant le citron et le géranium ; parfums utilisés pour fabriquer des leurres attirant les essaims.


Les apiculteurs brésiliens ne créent pas de nucléis ; ils s'approvisionnent directement dans la nature et constituent leurs colonies avec des essaims sauvages qu'ils ont attirés dans des pièges en carton parfumés avec des extraits de citronnelle.

La grappe est protégée du froid et de la pluie par un manteau extérieur, formé d'abeilles fortement serrées les unes contre les autres. Sur le manteau extérieur de la grappe on peut observer les éclaireuses qui vantent divers lieux de nidification. Leur emplacement et éloignement sont précisés comme pour les récoltes, par des danses frétillantes. Le logement retenu sera celui que le maximum d'éclaireuses aura trouvé correct et approprié. Après une décision que l'on pourrait qualifiée de démocratique, l'essaim s'envole vers cet emplacement.

Les situations privilégiées sont des cavités d'environ 40 litres, avec une entrée au sud ouverte au bas de la cavité, d'à peine 4 centimètre d'ouverture. Des expériences très pointues ont démontré que les abeilles n'évaluent pas le volume de leur nouvel habitat avec les yeux, mais avec leurs pieds en marchant systématiquement sur toutes les parois. On peut tromper l'abeille dans ses calculs, en faisant pivoter lentement la cavité, qui peut alors lui apparaître plus grande ou plus petite.

Les essaims se déplacent en un vol compact. Bien que se déplaçant à une vitesse variant de 11 à 20 kilomètres à l'heure, les abeilles maintiennent entre elles un écartement constant - une prouesse stupéfiante.

Par contre on n'a pas encore pu déterminer si elles s'orientent d'après les indications des éclaireuses ou d'après le bruit du vol des abeilles de tête, les ouvreuses.
A peine arrivées, elles entrent en toute hâte et immédiatement la construction des rayons commence. Si la cavité contient déjà des rayons même fortement endommagés, ils sont de suite réhabilités. Et dès que possible la reine recommence à pondre.

Dans un langage mystérieux, chaque abeille sait immédiatement ce qu'elle doit faire, pour qu'une vie normale s'organise. Les butineuses n'oublient d'ailleurs pas l'emplacement de leur précédente demeure ; elles l'utilisent quelquefois, pour retrouver des aires de butinage très productives.
Que devient la souche ?

Environ huit jours après le départ de l'essaim, la première jeune reine vierge sort de sa cellule. Pendant que sa maturité se développe, elle assiste à la naissance journalière de 2000 jeunes abeilles, fruits des œuvres de sa mère, qui viennent renforcer la population de la colonie. Si la fièvre d'essaimage n'est pas encore tombée, elle tolère la présence de ses sœurs enfermées dans leurs alvéoles ; on peut alors entendre le soir, des tut tut émis par les vibrations des ailes de la reine libre, auxquels répondent les couac des reines captives. C'est ce que l'on appelle le « chant des reines ».C'est le signal du prochain départ, une dizaine de jours après l'essaim primaire, d'un essaim secondaire plus petit que le premier qui emporte la jeune reine libre et un certain nombre des reines qui étaient séquestrées avec presque la moitié de la population restante. Mais le plus souvent, la première née recherche et met à mort ses rivales pour assurer seule, sa royauté. Elle va ainsi se débarrasser de ses sœurs aînées, en déchirant par le coté la cellule d'élevage afin de pouvoir les piquer avant leur naissance. Les ouvrières assistent à ce carnage avec inquiétude car, que se passera-t-il si la jeune majesté ne rentre pas de son vol nuptial. Il arrive fréquemment qu'elles fassent la grappe entourant les cellules pour interdire ce massacre tout en repoussant la reine.

Cinq jours après sa naissance elle est devenue mature. Dans les jours qui suivent (de un à sept maximum suivant les conditions météo), elle s'élance pour le vol nuptial et s'accouple avec de nombreux faux bourdons qui en perdront la vie. Dès son retour, elle commence à pondre. Ce n'est que cinq à six semaines plus tard, soit avec trois semaines de retard sur l'essaim, que de jeunes abeilles viendront renouveler la population de la souche. Le vol nuptial Le ciel est clair, dégagé et lumineux ; la température dépasse les 20°, il est environ midi. Poussée par les ouvrières, la reine vierge apparaît sur le seuil de la ruche et ayant accroché ses ailes, elle s'élance. La tête toujours dirigée vers le seuil de sa maison, en courbes qui hésitent, elle monte en élargissant les cercles. Elle s'oriente avec une attention méticuleuse, une prudence tatillonne ; il s'agit de reconnaître sa ruche parmi toutes celles qui l'entourent et les points de repères environnants. Puis rassurée, elle se tourne vers l'azur et fonce vers l'endroit où son instinct l'appelle. Elle rejoint un lieu de rassemblement des mâles, un des lieux où par beau temps, tous les mâles des ruchers environnants dans un rayon de plus de 10 km se retrouvent et attendent la passage des reines à féconder ; ainsi la fécondation croisée est garantie.

La reine est repérée grâce aux émanations de sa glande mandibulaire. Les faux bourdons réunis en essaim la suivent ; soudain un mâle se cramponne à l'arrière de la reine et l'agrippe sur les cotés avec ses pattes postérieures, le couple formant une figure en S. Tout le processus de copulation ne dure que quelques secondes et la reine est de nouveau poursuivie par l'essaim des mâles, c'est pourquoi un grand nombre de copulations se suivent en quelques minutes. L'éjaculation sépare le mâle de la reine; il tombe au sol et meurt.

La jeune reine revient à sa ruche et se pose épuisée au seuil de sa demeure. Seules les gardiennes qui l'ont flairé au passage la remarquent, lui font escorte et s'empressent de la servir. Elle ne sera vraiment considérée, honorée et adulée par toute la ruchée, que deux jours plus tard, lorsque son abdomen gonflé lui permettra de garnir les cellules vides avec de petits bâtonnets brillants.

Conclusions
L'essaimage de nos colonies est une fonction naturelle qui garantit la régénération de l'espèce et sa dispersion dans l'espace naturel. De plus, il sert aussi à lutter contre les maladies, principalement les maladies du couvain. Les cadres infectés par la nosémose, la loque ou encore par la fausse teigne sont abandonnés à leur sort et l'essaim qui s'en va, reconstitue une colonie indemne de toute parasitose.


L'apiculteur au contraire, souhaite des colonies qui se développent fortement et deviennent productives sans essaimer ; car les colonies qui essaiment ne construisent plus et récoltent peu ; les essaims sont souvent perdus surtout si l'apiculteur vit loin de son rucher; de plus les souches qui ont essaimé demandent une attention particulière pour éviter qu'elles s'effondrent. Quelle stratégie allons nous mettre en œuvre ? Elle dépend de l'apiculteur. n Soit maîtriser l'essaimage : en équilibrant les colonies (prendre des cadres de couvain operculé aux colonies fortes pour les donner aux faibles. Ils seront remplacés par des cadres de cire gaufrée) ; en constituant des essaims artificiels (ce sujet a été traité le mois dernier, on peut s'y reporter utilement) n Soit laisser faire la nature. Ceci implique de résider à proximité du rucher et d'exercer une surveillance attentive des signes précurseurs du départ de l'essaim. C'est toujours un plaisir intense d'assister à l'envolée de ce tourbillon d'abeilles. Installation de pièges à essaims Nous avons vu ci-dessus, que quinze jours avant le départ de l'essaim des éclaireuses sont déjà à la recherche des possibilités de relogement. Il semble donc tout naturel de devancer leur recherche et de leur proposer des habitations qui sentent bon l'abeille et qui avec un peu de chance puissent retenir leur attention. C'est pourquoi la littérature recommande d'installer des ruchettes pièges dans les alentours du rucher.

En règle générale, il a été constaté que tous les essaims issus d'un même rucher se dirigeaient dans le même couloir. C'est donc dans ce couloir que nous poserons nos ruchettes. Les pièges sont installés à l'abri du vent, à l'ombre, sur des supports solides (ne pas omettre le poids de l'essaim) ou accrochés aux arbres à une hauteur de 1,50 à 2,00 mètres au-dessus du sol. L'emplacement des pièges où l'on a capturé des essaims les années précédentes sera privilégié, car tous les ans des essaims y reviendront. Dès qu'un piège aura été occupé, il faudra de suite le remplacer par un piège vide. Il faudra bien repérer les emplacements choisis par les fugueuses qui seront les plus attractifs. Ce sera utile l'an prochain. On dispose les ruchettes dans des endroits ombragés mais malgré tout largement éclairés, là où l'ombre joue avec la lumière : des lisières de bois, des clairières. Il faudra surtout éviter les lieux où règne une ombre froide et humide.

Les ruchettes pièges peuvent avoir toutes sortes de formes. L'on peut utiliser des ruchettes de 4 à 6 cadres, un corps de ruche standard, un ancien panier (le panier est le meilleur des pièges si l'on est sûr de pouvoir le vider chaque soir). Pour être attirants, ces pièges devront avoir contenu des abeilles, être fortement propolisés. Ils seront aménagés comme une ruche de service, l'entrée tournée au sud sud-est, munie d'une fermeture à glissière réduite à 7 mm pour éviter l'intrusion des souris, une planche d'envol légèrement débordante pour que les éclaireuses puissent se poser avant l'inspection de l'intérieur Les pièges seront amorcés avec des cadres de vieille cire noire. Pour éviter que la fausse teigne n'attaque les cires, ces cadres seront disposés en respectant chaque fois l'intervalle d'un cadre absent. L'un des cadres pourra contenir des restes de miel, son parfum attirera à coup sûr les éclaireuses. Les pièges ne doivent pas être posés et oubliés ; il est important que la présence de l'apiculteur dissuade les parasites de s'installer.


Si le jeune apiculteur ne dispose que de matériel neuf, il lui faudra faire disparaître les odeurs dues au bois frais. Il faudra frotter les parois, le fond et le dessous du couvre cadres avec une boule de propolis. On peut aussi vaporiser à plusieurs reprises de l'eau miellée où de l'eau de cire. Comment obtenir de l'eau de cire ? en broyant des rayons noirs qui contiennent encore du pollen, les faire bouillir dans un faible volume d'eau pendant quelques minutes, laisser refroidir puis filtrer. Le liquide noirâtre ainsi obtenu additionné de quelques cuillerées de miel constitue un produit attractif de première catégorie, supérieur à l'eau miellée et à tous les produits spécifiques du commerce. Certaines plantes par leur parfum pénétrant attirent plus particulièrement les abeilles, notamment la citronnelle, la mélisse ou la verveine citronnelle plantes répandues dans nos jardins.

L'on trouve aussi dans le commerce des produits dénommés attire essaims, rapt essaims avec lesquels l'on peut frotter le fond de la ruche, les parois et le dessous du couvre cadres. Ces produits très parfumés mais très volatils doivent être renouvelés fréquemment. Il existe aussi des leurres rappelant la phéromone royale.

Récolte des essaims
Chaque apiculteur aura naturellement préparé longtemps à l'avance tout le matériel nécessaire pour récupérer les essaims. Une ruche vide désinfectée, des cires bâties ou gaufrées, balayette, louche, seau, enfumoir etc. Si l'essaim qui sort de la ruche n'est nullement agressif car gavé de provisions, au fur et à mesure qu'elles s'épuisent, l'instinct défensif de l'abeille reprend le dessus.

Il n'y a pas de méthode type pour enrucher un essaim, mais il en existe autant que de situations. Sitôt la grappe formée, pulvériser un peu d'eau sur celle-ci de manière à ce que les abeilles se resserrent et forment une couverture avec leurs ailes ; elles ne songeront plus à s'envoler. Selon sa forme, son volume, son emplacement, il pourra être secoué au-dessus d'une ruche équipée de ses cadres ; ramassé dans un seau ou une boite en carton puis transféré au rucher et vidé dans une ruche ; dirigé au soufflet vers le trou de vol d'une ruche préalablement posée à proximité lorsque l'essaim traîne dans l'herbe ou au pied d'un arbuste ; enlevé avec son support (branche d'arbre) et secoué soit devant une ruche soit directement dedans etc. Il faut s'adapter à chaque situation et improviser, sans oublier que les abeilles suivront la reine et non l'apiculteur, sauf si l'apiculteur prend la reine dans sa main.

Si la reine accepte le logement proposé, les ouvrières l'accepteront, mais si la reine le refuse et en repart, les ouvrières le refuseront aussi Un essaim reste dans l'abri qui l'accueille si la reine est présente ; dans ce cas, les abeilles rentrent massivement dans la ruche et battent le rappel en très grand nombre autour de l'entrée : elles ventilent en relevant l'abdomen et en dégageant la glande de Nasanov qui apparaît comme une étroite bande à l'extrémité de l'abdomen. On peut alors laisser la ruche sur place jusqu'au soir en la protégeant des ardeurs du soleil ; on peut aussi la ramener dûment fermée et la déposer au frais dans la cave. Elle sera installée au rucher à la nuit tombante ; le meilleur moyen de fixer un essaim consiste à lui donner un cadre de couvain ouvert à élever.


A partir du lendemain, il est conseillé de donner de petites quantités de sirop (environ 1/2 litre) tous les jours ou tous les deux jours jusqu'au moment où il possède suffisamment de réserves ou même jusqu'à ce que tous les cadres gaufrés qui lui ont été donné soient bâtis. Ce nourrissement assure la subsistance de l'essaim en cas de mauvais temps ; il simule une miellée, ce qui l'encourage à bâtir des cadres magnifiques. La construction des rayons se trouve sous la dépendance des phéromones royales. Celle-ci sont plus facilement réparties dans un essaim, ce qui contribue à son dynamisme bâtisseur dans les jours qui suivent sa sortie de la colonie souche. La pose des hausses La pose des hausses s'inscrit dans la suite logique de l'agrandissement du nid. En mai la colonie se trouve en phase d'expansion ; elle occupe donc un volume croissant. La mise en place de la hausse accroît le volume disponible, destiné essentiellement à la récolte. La période idéale pour le placement de la hausse, dépend non seulement de l'avancement des floraisons mais aussi du développement des colonies ; la ruche doit être remplie d'abeilles et toutes les ruelles occupées. Même si la miellée ne donne pas, il faut placer la hausse avant que les abeilles ne se sentent à l'étroit et soient saisies par la fièvre d'essaimage. Un repère est fourni, lorsque le dessus des cadres commence à blanchir à cause de la nouvelle cire que les ouvrières y déposent. Un autre repère peut être fourni par le sort réservé à la mise en place d'un cadre de cire gaufrée dans le corps de ruche, posé contre une paroi. Lorsque les abeilles le bâtissent, il est grandement temps de placer la hausse.

N’oublions pas d'interposer une grille à reine entre le corps de ruche et la hausse, de façon à éviter que la reine ne mette du couvain dans les cadres réservés à la récolte du miel.

Bonnes récoltes.
F. Anchling

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