Le pas à pas : le frelon asiatique Vespa velutina dans le rucher (2015)
Gilles Fert

avec l'aimable autorisation de la revue

Abeilles et Fleurs

Introduction
Nouvel acteur de nos ruchers, le frelon asiatique nous accompagne dans nos activités depuis plus d’une dizaine d’années dans le Sud-Ouest de la France. Dangereux pour l’homme comme pour la biodiversité, aujourd’hui il est impossible de s’en débarrasser. Nous apprenons à limiter son impact en le piégeant, voire en fuyant… Si les outils et les méthodes de destruction des nids semblent maintenant au point, la difficulté reste la localisation de ces nids. Tous les apiculteurs attendent le « remède miracle » de la part de nos chercheurs pour mieux les piéger ou repérer efficacement leurs nids afin d’en venir à bout.

Etape 1
Arrivé depuis la région de Shanghai en Chine vers 2004, le frelon asiatique, aussi appelé frelon à pattes jaunes, se rencontre aujourd’hui du Nord-Ouest de la France jusqu’au Portugal, en passant par l’Espagne.

A la recherche de protéines, il capture les abeilles à l’entrée des ruches… parfois chassant directement sur les fleurs pour découper les butineuses et ne consommer que le thorax, source de protéines.

En vol stationnaire devant l’entrée, il attend les butineuses chargées.

Cette présence déstabilise les abeilles qui protègent leur entrée, les empêchant de profiter des dernières miellées d’automne.

Etape 2
Une fois localisé, la destruction du nid se fait en étant bien protégé des piqûres et des projections de venin dans les yeux.

La plupart du temps installé au sommet des arbres, trop rarement à une hauteur accessible, intervenez à la tombée de la nuit ou bien très tôt le matin lorsque tous les individus sont rentrés.

Etape 3
Contesté par les scientifiques, le piégeage de printemps est peu à peu abandonné.

Difficile de cibler les fondatrices qui apparaissent aux premières belles journées.

Beaucoup d’autres espèces d’insectes sont trop souvent victimes de ces pièges appâtés avec un mélange attractif.

Etape 4
Mise au point par un apiculteur amateur et ingénieux du Béarn (André Lavignotte), la muselière placée à l’entrée de la ruche limite le prélèvement par les frelons.

Les abeilles semblent moins stressées et l’activité des butineuses plus importante.

Ces muselières s’adaptent parfaitement sur des fonds de ruches Nicot.

Cette astuce est applicable si vous possédez peu de ruches.

Etape 5
Reste le piégeage au rucher en fin de saison, lorsque les besoins en protéines du couvain sont importants, ce qui correspond au développement des nids.

Contenant de la bière brune, du sirop de cassis et un peu de vin blanc (comme répulsif pour les abeilles), ce mélange les attire d’autant plus lorsque l’on amorce pour la première utilisation avec un ou plusieurs frelons.

Certains collègues utilisent dans les pièges du « jus de cirier ».

Cette solution étant le résidu après la fonte des vieux cadres de cire.

Etape 6
Parmi les mauvaises pratiques, nous pouvons citer l’utilisation de l’appât protéiné saupoudré d’insecticides.

Si cette méthode est souvent efficace, il est surprenant de voir les apiculteurs, qui ont longtemps lutté contre ces produits, les répandre dans la nature au risque de contaminer l’environnement.

Conseil
Le déplacement des ruches en altitude est souvent une position de repli pour les apiculteurs qui en ont la possibilité. Le développement des nids se limite souvent de 600 à 800 mètres d’altitude sous nos latitudes (1 400 à 1 500 m d’altitude en Chine).

Anecdote
En 2015, on a observé au Jardin des Plantes de Nantes qu’une plante carnivore (Sarracenia) piège les frelons à la base de ses feuilles pour les digérer. Attendons la suite des observations…

Le saviez-vous ?
Une chance pour nos abeilles que le cycle de développement des nids est plutôt en fin d’été ! La période d’élevage des abeilles et la plupart des miellées sont passées. Mais l’impact du frelon à l’automne empêche une bonne préparation de l’hivernage par le manque d’apports de pollen de lierre par exemple. Ajoutons que 50 % des nids sont recensés en zone urbaine.

Pour en savoir plus

  • http://inpn.mnhn.fr
  • Q. Rome, C. Villemant, F. Muller – « Expansion de Vespa velutina », Bulletin de la société entomologique de France, 2012.