Le pas à pas : évaluation du potentiel mellifère et pollinifère (2015)
Gilles Fert

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs

Introduction
Nous avons coutume de dire que le rayon d’action d’une abeille est de 3 km. D’après les derniers travaux scientifiques sur l’activité de butinage, nos abeilles vont en moyenne à 1,6 km de leur ruche pour recueillir le nectar, 800 m pour récolter le pollen et 100 m pour l’eau. A partir de ce constat, vous devez sélectionner une zone favorable et choisir un emplacement le plus proche possible de la source mellifère et surtout pollinifère pour augmenter les performances de vos ruches. Mais parfois, l’emplacement plaît bien à l’apiculteur, mais pas aux abeilles : il faut donc tester l’endroit quelques saisons avant d’y placer beaucoup de ruches. Les cultures évoluent, les apiculteurs doivent s’adapter. C’est ainsi qu’aujourd’hui une récolte de miel de sarrasin est possible dans le Sud-Ouest. Mais la flore sauvage change également. C’est le cas de certaines plantes invasives comme la renouée du Japon qui permet en toute fin de saison de faire de bonnes réserves pour l’hivernage, voire une toute dernière récolte en fin de saison d’un miel au parfum original.

Etape 1
Sous notre climat tempéré, un secteur à la biodiversité non dégradée permet sans problème à une colonie de s’alimenter tout en restant en bonne santé.

Si la flore mellifère est présente en abondance à proximité du rucher, un prélèvement d’au moins une dizaine de kg de miel est possible sans altérer la survie de la colonie.

Attention, une plante sécrète plus ou moins de nectar en fonction de l’acidité du sol (taux de pH).

Par exemple, les trèfles donneront plus sur terrain calcaire et les châtaigniers plus sur terrain acide.

Etape 2
Dès 1950, le biologiste K.-V. Frisch avait observé des butineuses à une dizaine de km du rucher, mais avait mis en évidence que, si les abeilles trouvent suffisamment à récolter près de leur ruche, elles ne s’éloignent que de 2 km pour la plupart d’entre elles.

Vous pouvez ébaucher vos recherches en parcourant les cartes IGN biogéographiques sur la flore et les zones boisées.

Etape 3
Si le miel est la source de sucre pour les abeilles donc l’énergie, le pollen reste l’aliment essentiel pour les apports en protéines, vitamines, minéraux… permettant une bonne alimentation des larves et une meilleure résistance aux maladies.

Choisissez une zone à la biodiversité riche et variée.

Plus le pollen récolté est de couleurs différentes donc issu de plantes différentes, plus il sera nutritif pour nos abeilles.

 


Etape 4
En zone de bocage, préférez des emplacements proches des prairies naturelles.

En effet, ces champs « de prairies artificielles » qui nous paraissent bien verts au printemps sont de vrais déserts d’intérêt apicole.

Le plus souvent ensemencés de ray-grass ou de fétuques, ces graminées étouffent toutes les autres plantes intéressantes comme les pissenlits, lotiers, trèfles, plantains...

Etape 5
Fuyez les zones suspectes où l’on soupçonne l’utilisation de produits phytosanitaires.

La sur-utilisation des désherbants est pour beaucoup dans la réduction du bol alimentaire de l’abeille.

Dans tous les cas, placez un abreuvoir d’eau propre dans le rucher pour éviter que les abeilles aillent boire dans un marigot ou dans les flaques laissées par les roues du tracteur pouvant contenir des résidus de traitement.


Etape 6
Si toutefois vous n’avez pas la possibilité de placer vos ruches en zone idéale, veillez bien aux manques de nourriture.

Les périodes critiques sont principalement au printemps avec le développement d’un couvain abondant et à l’automne avec la préparation d’une population d’hivernage.

N’hésitez pas à nourrir avec du sirop ainsi qu’avec des pâtes protéinées si des carences apparaissent.

Attention
Les abeilles répondent à un « instinct d’amassage ». Si elles ne trouvent pas suffisamment de pollen, elles peuvent aller piller des farines animales sur des exploitations agricoles. Même chose pour la propolis, lorsqu’elles recueillent de la peinture ou autre mastic en absence de zone boisée.

Astuce
Une trappe à pollen placée au moins sur une de vos colonies vous apportera énormément d’informations sur le potentiel du secteur ainsi que sur les variétés de fleurs butinées.

Conseil
Evitez dans la mesure du possible les zones de monoculture. En dehors du risque d’intoxication pesticide, une bonne alimentation de l’abeille passe par un pollen d’origine florale variée et abondant. En zone de bocage saine, on place généralement une trentaine de ruches tous les 5 km.

Le saviez-vous ?
Les régions de cultures sont plus adaptées à une apiculture transhumante. Pour une apiculture sédentaire, les zones de bocage, de montagne voire urbaines seront plus favorables pour vos abeilles.

Pour en savoir plus :
http://professionnels.ign.fr/regions-biogeographiques
• K. von Frisch – Vie et mœurs des abeilles, Albin Michel, 1969.
• Silberfeld (T.), Reeb (C.) – Guide des plantes mellifères, 2014.