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Le pas à pas : préparation de la pâte protéinée (2014)
Gilles Fert

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs

Introduction
Nos abeilles doivent trouver dans l’environnement proche suffisamment de pollen pour couvrir tous les besoins alimentaires du couvain, tout comme pour emmagasiner suffisamment de lipides à l’approche de l’hiver. Néanmoins, une période météo défavorable ou un excès de désherbage chimique peuvent provoquer une disette. Parfois, les abeilles souffrent alors d’un manque de protéines, de minéraux et autres vitamines. Une étude récente démontre que les butineuses de nectar rayonnent jusqu’à 3 km environ, alors qu’elles ne butineraient qu’à 800 m pour la recherche du pollen ; d’où l’importance de choisir un rucher proche des ressources en pollen. A défaut, munissez-vous de récipients pour la préparation de succédanés de protéines.

Etape 1
La transformation du paysage pour une agriculture productiviste ajoutée à la surutilisation des herbicides font que nos abeilles ont de plus en plus de difficultés à trouver une nourriture complète (hormis parfois en zone urbaine).

C’est pourquoi les apiculteurs sont de plus en plus fréquemment amenés à pallier ce manque de fleurs par la distribution de pâtes protéinées pendant les périodes critiques.

Etape 2
Des mâles morts devant les ruches et des abeilles qui pillent des farines chez l’agriculteur voisin sont autant de symptômes qui doivent nous conduire à intervenir.

Mais le symptôme le plus parlant est encore le comportement de cannibalisme que les ouvrières développent lorsqu’elles sont en manque de pollen.

En effet, lorsqu’elles sont carencées, elles ouvrent sans pitié le couvain de mâles pour en manger les nymphes.

Si cela ne suffit pas, elles s’attaquent ensuite au couvain d’ouvrières.

Etape 3
Bien sûr, rien ne vaut le pollen varié que les abeilles peuvent récolter.

Si vos colonies sont carencées, vous pouvez toujours déplacer les ruches vers une source de pollen abondante ; autrement, n’hésitez pas à distribuer des galettes pendant les périodes critiques, en fin de saison ou tôt au printemps pour développer les populations.

 


Etape 4
La littérature apicole regorge de recettes de pâtes plus ou moins variées.

Mais la formule la plus commune parmi les éleveurs de reines et de mâles à travers le monde est une pâte, composée de : 20 à 30 % de pollen congelé, 70 à 80 % de levure de bière (micronisée et désactivée) et du miel comme liant (la quantité dépend du volume de pâte).

Autrefois, on mélangeait à parts égales levure de bière et farine de soja.

Mais aujourd’hui on ne prend pas le risque de retrouver dans le miel des traces d’OGM pouvant provenir du soja.

Vous pouvez également réaliser un mélange contenant de la levure et de la caséine en quantités égales.

Etape 5
Le pollen utilisé doit être le plus varié possible afin de contenir tous les minéraux et vitamines spécifiques à chaque plante.

Evitez d’utiliser du pollen sec, qui a perdu lors du séchage une bonne partie de ses propriétés.

Evitez également un pollen issu de grandes cultures pouvant renfermer des pesticides ou autres molécules qui ensuite migreraient du « pain d’abeilles » vers la cire.


Etape 6
Placez cette galette le plus près possible du couvain.

Les abeilles nourrices ne se déplacent qu’à quelques centimètres du couvain.

La pâte doit avoir la consistance de la pâte à pain.

Si elle est trop molle, vous pouvez la placer sur un papier sulfurisé que les abeilles s’empresseront de grignoter et d’éliminer de la ruche.

Précaution
Soyez certain, sur le plan sanitaire, de l’origine du pollen et du miel utilisés. Ils peuvent être vecteurs de loques et autres mycoses. Les pays qui utilisent le plus de pâtes protéinées désinfectent tout aux rayons gamma.

Astuce
Les vieux pétrins de pâtisserie font très bien l’affaire pour mélanger cette pâte particulièrement compacte. Laissez-la reposer une demi-heure avant de la mélanger à nouveau pour enfin la distribuer.

Le saviez-vous ?
Des collègues australiens font une transhumance spécifique à la recherche de pollen de qualité (comme en prairie) avant de se rendre dans les forêts d’eucalyptus pauvres en pollen.

Pour en savoir plus
« L’importance du pollen », Abeilles et Fleurs n° 713, février 2010.
D.-C. Somerville – Value of Bee Collected Pollens Report for the Rural Industries Research and Development Corporation, 2001

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