Le pas à pas : nourrir, oui ou non ? (2015)
Gilles Fert

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs

Introduction
Si vous possédez quelques ruches dans le jardin, l’objectif est évidemment de pratiquer une apiculture « naturelle », avec le moins d’interventions possible. Pour le professionnel, la décision à prendre pour nourrir ou non est aussi liée à une dépense importante, mais parfois nécessaire. Malheureusement, de plus en plus souvent, ce nourrissement s’impose si l’on ne veut pas voir les abeilles mourir de faim suite à un caprice météo ; ou bien du fait de la perte des ressources mellifères dans sa région. En campagne, les fleurs se font chaque année de plus en plus rares, malgré quelques opérations de communication comme les jachères fleuries. Nourrir le moins possible et le plus naturellement possible semble être la nouvelle bonne pratique !

Etape 1
La première des bonnes pratiques consiste à laisser au moment de la récolte suffisamment de miel comme réserve pour que vos abeilles passent confortablement la période hivernale.

Ne prélevez pas de miel dans le corps de ruche, sauf exception suite à des miellées de fin de saison entraînant un blocage de ponte ou bien dans le cas de miels qui cristalliseraient comme du « béton », le miellat de mélèze par exemple.

Sous nos latitudes, si vos corps de ruches pèsent au minimum une trentaine de kg, la colonie ne devrait pas manquer de réserves.

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Etape 2
Afin de limiter la consommation hivernale, dès les premiers froids de l’automne, n’oubliez pas de renforcer l’isolation sous la toiture.

Plus de 60 % de la déperdition de chaleur se produit par le toit.

Sous nos climats, un corps de ruche en bois d’une épaisseur de 25 mm suffit.

Mais la pose d’une feuille isolante renforçant les performances du couvre-cadre est fortement conseillée.

Etape 3
Au printemps, la météo est parfois capricieuse.

Un léger nourrissement est parfois nécessaire pour maintenir un rythme de ponte suffisant.

L’option du nourrisseur extérieur facilite cet apport occasionnel de sirop en attendant des jours meilleurs.

Si vous utilisez un sirop de miel, préférez un nourrisseur intérieur afin d’éviter le pillage.

Afin qu’il n’y ait pas de stockage de ce nourrissement, distribuez de très petites quantités, mais quotidiennement si nécessaire.


Etape 4
Si un petit nourrisseur est suffisant pour les nourrissements stimulants de printemps, pour la distribution de plus gros volumes à l’automne qui compenseront le manque de réserves, les nourrisseurs intérieurs sont conseillés.

Si vous distribuez du miel, attention au pillage, préférez une intervention à la tombée de la nuit.

Assurez-vous également que ce miel provient de colonies indemnes de loque.

Etape 5
Quand on parle nourrissement, on pense tout de suite au sirop de sucre ou de miel.

Mais le bol alimentaire en ressources protéinées des abeilles diminuant chaque année, nous sommes parfois contraints d’intervenir avec des compléments de pollen ou des succédanés de pollen.

N’hésitez pas à choisir un emplacement riche et varié en ressources mellifères et pollinifères (fiche Abeilles et Fleurs n° 776, nov. 2015 )


Etape 6
Préférez la distribution de pollen plutôt que des succédanés de protéines.

Vous pouvez constituer des galettes de 200 g faites d’un mélange de pollen de printemps congelé et de miel, placées au-dessus des cadres.

Vous pouvez également ajouter de la levure de bière si vous ne disposez pas d’assez de pollen.

Le saviez-vous ?
Les abeilles pratiquent le cannibalisme lorsque le manque en protéine apparaît. Cela se manifeste par des cellules de couvain ouvertes, le plus souvent de mâles.

Attention
Si vous observez des mâles morts à l’entrée de la ruche, cela signifie que la colonie manque de réserves de miel, voire de pollen. Attention, la destruction des mâles est cependant normale en toute fin de saison apicole.

Conseil
Beaucoup de régions d’Europe de l’Ouest permettent une apiculture sans avoir recours au nourrissement. A vous de sélectionner des emplacements bien situés pour leurs ressources mellifères et pollinifères abondantes, surtout en fin de saison. Suivant la race d’abeilles et la région, une colonie consommera de 1 à 1,5 kg de réserves par mois.

A savoir
Vous avez deux types de nourrissement : le solide sous forme de candi ou de miel distribué à l’automne pour compenser le manque de réserves hivernales, et le liquide, plutôt pour stimuler la ponte au printemps ou éventuellement pour éviter la famine. Distribuez-le en petite quantité et concentré à 50-50 afin que les abeilles le consomment sans le stocker.

Pour en savoir plus

  • « Préparation de la pâte protéinée », Abeilles et Fleurs n° 763, 2014.
  • « Le nourrissement », Abeilles et Fleurs n° 714, 2010.