Le pas à pas : que faire en cas de loque américaine ?  (2015)
Gilles Fert

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs

Introduction
La loque américaine reste le problème sanitaire le plus sérieux, après l’infestation de nos colonies par Varroa. Avant que l’Europe interdise l’utilisation des antibiotiques en apiculture, pendant trop longtemps les apiculteurs ont développé des abeilles sensibles à cette maladie tout en polluant le miel par l’utilisation des traitements dits « préventifs ». Aujourd’hui, avec de bonnes pratiques apicoles, une abeille sélectionnée et une hygiène irréprochable au rucher, la loque américaine peut être maintenue à un taux de 1 à 3 % de cas par an. Apprenez à la diagnostiquer avant de diviser les ruches, et n’hésitez pas à pratiquer la prophylaxie..

Etape 1
La loque américaine (L.A.) est une bactérie (Paenibacillus larvae) qui touche les jeunes larves âgées de 2 à 3 jours.

Celles-ci restent vivantes jusqu’à l’operculation.

Classée maladie réputée contagieuse (article D223-21 du code rural), elle doit faire l’objet d’une déclaration aux autorités sanitaires et vétérinaires.

Malgré cela, le miel reste consommable et les spores non contagieuses pour l’homme.

Etape 2
De l’extérieur, votre ruche atteinte de L.A. est difficile à diagnostiquer.

Contrairement à la loque européenne (L.E.), une odeur fétide de putréfaction peut se dégager d’une colonie atteinte de L.A. au stade avancé.

L’activité de la colonie sera dans tous les cas moins importante pour la ruche atteinte.

De l’intérieur, les symptômes évidents sont le couvain operculé disséminé, le test de la larve morte filante dit « de l’allumette » qui permettra de confirmer la présence de L.A.

Etape 3
Sachant que chaque larve morte peut contenir plusieurs milliards de spores, il vous faut être rigoureux sur la destruction des cadres atteints.

N’hésitez pas à brûler ces cadres au couvain affaissé, troué, contenant des larves de couleur café au lait et filantes (cf. photo ci-dessous).

Si la population d’abeilles adultes reste importante, vous pouvez la transvaser sur des cadres de cire gaufrée et nourrir.

Etape 4
Avant d’en arriver là, adoptez le plus vite possible des bonnes pratiques au rucher.

Evitez toute forme de pillage en laissant des cadres douteux à l’air libre dans le rucher, et en fermant l’entrée des ruches très atteintes avant leur destruction.

Adoptez les grilles à reines afin que la reine ne monte pas pondre dans les hausses.

Changez régulièrement les cadres du corps de ruche (deux par an).

Maintenez une population forte en changeant les reines. Reproduisez vos colonies les plus résistantes.

Etape 5
Sachant que les spores ne germent pas quand les larves ont un bon niveau immunitaire, on repère les colonies dites résistantes en pratiquant le test de nettoyage (Abeilles et Fleurs n° 749).

Découpez un petit morceau de couvain de 100x100 cellules. Tuez-le en le laissant 24 heures au congélateur.

Placez-le ensuite dans le cadre et observez la vitesse de nettoyage. Pour l’élevage des reines comme des mâles, ne conservez que les colonies qui éliminent au moins 90 % des larves mortes en 24 heures.

Etape 6
Plus anecdotique mais néanmoins réel, les services vétérinaires australiens utilisent aujourd’hui des chiens de race springer spaniel dressés pour détecter la L.A.

Depuis 1970, l’Etat du Maryland, aux USA, utilise cette méthode.

Equipé de vêtements de protection et exerçant le plus souvent la nuit, le chien dressé marque l’arrêt devant la ruche atteinte de L.A.

Précautions
En cas de symptômes ou de doutes de L.A., n’hésitez pas à isoler la ruche dans un rucher éloigné dit « rucher hôpital ». Après la destruction des cadres malades, remplacez la reine, nourrissez au sirop et pâtes de protéines, et observez l’évolution de la colonie. Mêmes précautions pour les essaims piégés.

Attention
Deux visites de vos ruches sont particulièrement importantes : la première au printemps et la seconde en fin de saison. On doit s’assurer que les colonies entrent dans la période de repos dans de bonnes conditions avec du couvain sain et suffisamment de réserves de miel et surtout de pollen.

Le saviez-vous ?
Les spores enkystées de L.A. se conservent plus de 25 ans et résistent à des températures de 130 °C pendant 20 mn. Suivant les zones, 80 % des ruches renferment des spores de L.A. La solution : des abeilles résistantes.

Traitement
L’unique traitement recommandé est l’utilisation de l’extraction de pépins de pamplemousses Citrus x paradisi. Diluez 2 ml dans un peu d’alcool et mélangez le tout dans 1 litre de sirop de sucre concentré à 50 %. Ce mélange est appliqué trois fois à une semaine d’intervalle.

Pour en savoir plus
Mark Goodwin et Cliff Van Eaton – Elimination of American Foulbrood without the use of drugs, National Beekeepers Association of New Zealand, 78 p., 1999.

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