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Palynologie des miels de Savoie et Haute-Savoie (2003)
Paul Schweitzer

Introduction
Rattachée définitivement à la France en avril 1860 à la suite d'un plébiscite écrasant, les départements de Savoie et de Haute-Savoie forment la partie la plus septentrionale des Alpes françaises. La région historique s'étend au nord, du Léman et de la frontière suisse jusqu'au sud avec les départements de l'Isère (Vallée du Guiers) et des Hautes-Alpes (Col du Galibier). À l'ouest, sa limite naturelle est le Rhône alors qu'à l'est les hauts sommets des massifs centraux alpins forment une barrière naturelle avec la Suisse et l'Italie.

La végétation de ces deux départements comme, d'ailleurs, celle de toutes les Alpes est complexe. En effet, celle-ci est la résultante de très nombreux facteurs :

Pour clarifier et simplifier un peu cette situation très complexe, on distingue généralement les Alpes externes et les Alpes internes. Les premières (Chablais, Bornes, Bauges, Chartreuses) sont sous influence océanique. Elles sont également calcaires (à l'exception du Chablais formé par une nappe de charriage transportée par dessus le Mont-Blanc et qui est constitué de flysch). L'étagement de la végétation en altitude ressemble à celui du Jura avec successivement : la chênaie pubescente, la chênaie sessile, le hêtraie, la hêtraie sapinière, la pessière, le pin de montagne puis l'aune vert. Les Alpes internes sont beaucoup plus sèches (Massif du Mont-Blanc et Vanoise). Elles sont surtout cristallines. Il s'agit donc de terrains acides. Du point de vue de la végétation, la hêtraie sapinière est remplacée par le pin sylvestre alors que le pin à crochet sera quant à lui remplacé par le mélèze et le pin cembro (Exemple la Forêt d'Arc-en-Savoie, 1 200 ha). Dans certains secteurs, ces différents profils s'interpénètrent et la situation n'est pas toujours aussi claire.

2. Les miels et leurs analyses
La majorité des miels de Savoie et de Haute-Savoie se commercialisent sous des appellations polyflorales. Les appellations monoflorales (rhododendron, pissenlit…) sont très rares. La distinction entre les différentes variétés est surtout orographique : miel de montagne, miel de plaine. Quelquefois, elle fait référence à un biotope : miel de forêt…

Les analyses polliniques confirment bien par ailleurs que la majorité des miels produits dans ces deux départements sont d'origines multiples. La distinction entre les miels dits de plaine et de montagne n'est pas toujours nette. En France, cette dernière appellation étant " administrative ". Cependant, le profil pollinique de certains d'entre eux est tout-à-fait caractéristique de l'étage alpin. Il n'y a alors aucun doute sur leur origine et leur appellation(2). Ces départements étant très boisés, il ne sera pas étonnant non plus que la majorité de ces miels contiennent des miellats. Beaucoup de ceux-ci sont donc moyennement à très minéralisés comme le montre leur conductivité électrique avec pour moyenne (sans distinction d'origine florale ou géographique) : m = 823 µS.cm-1 (n= 467 échantillons ; s = 308). Pour la même raison, leur pH est également élevé : m = 4,47 (n = 231 échantillons ; s = 0,33) (Haute-Savoie uniquement). Le lien entre la production d'HMF et le pH ayant été, d'autre part, largement démontré, ces miels " prennent " donc difficilement de l'HMF, ce qui est une bonne chose pour leur conservation.

3. Profils polliniques
3.1. Méthodes
L'étude a porté sur les 209 miels présentés par les apiculteurs au concours des miels de Savoie et de Haute-Savoie lors de l'année 2002. L'analyse pollinique a été effectuée selon la méthode préconisée par la Commission Internationale de Botanique Apicole de l'U.I.S.B. " Les méthodes de la mélisso-palynologie " J. LOUVEAUX, Anna MAURIZIO et G. VORWOHL. Les préparations ont été explorées complètement à différents grossissements (x100, x 400) jusqu'à ce qu'il ne soit plus recensé de pollen nouveau. L'identification des grains a été effectuée grâce aux banques de données numériques et bibliographiques du CETAM aux grossissements x400 et x1000 à immersion selon la taille des grains de pollen et le besoin de visualiser des détails particuliers. L'évaluation des classes de fréquences a été effectuée sur 300 grains.

L'étude de l'ensemble des données a été globalisée sans qu'il soit pris en compte l'appellation donnée par l'apiculteur : " montagne " ou " plaine ". Cette méthodologie a été utilisée en raison du caractère administratif de l'appellation " montagne " qui ne correspond pas toujours à une réalité de terrain, la limite entre les deux étant arbitraire. D'autre part, tous les apiculteurs produisant du miel de montagne en zone " montagne " ne demandent pas toujours cette appellation. L'origine géographique précise du miel étant le plus souvent inconnue, il a également été impossible de la prendre en compte. Le profil pollinique correspond donc à celui des miels que l'on peut trouver dans l'ensemble des départements de Savoie et de Haute-Savoie. En raison, des grandes différences floristiques qui existent sur les sols acides (cristallins) et basiques (calcaire), on reconnaît toujours à l'analyse pollinique l'origine probable de ceux-ci. Il existe naturellement des cas intermédiaires pour des ruchers installés en zone de transition ou ayant transhumé.

3.2. Résultats globaux
Ils sont repris dans le diagramme n° 1.

paly miel 1Diagramme 1

Quelques explications pour comprendre et interpréter ces résultats : il ne s'agit nullement d'une analyse pollinique d'un miel de ces deux départements . Les pourcentages expriment la probabilité de trouver tel ou tel pollen dans un miel produit dans cet espace géographique. Ainsi un miel de Savoie ou de Haute-Savoie a-t-il 90 % de chance de contenir du pollen d'arbres fruitiers, 88 % de contenir du châtaignier et seulement 3 % de chance de contenir du colza… Ce pourcentage ne prend non plus pas en compte l'abondance de ce pollen dans le miel ainsi un miel qui contient 95 % de pollen de châtaignier ou un seul grain est-il ici comptabilisé de la même façon. Les diagrammes n° 2, 3, 4 et 5 permettront, eux de prendre en compte ces différences.

3.3. Les grains de pollen dans les miels de Savoie et de Haute-Savoie
Prunus/pyrus : Ce complexe pollinique regroupe ceux de certains arbres fruitiers. Il peut s'agir d'espèces forestières. Les grains de pollen des différentes espèces fruitières de rosacées sont aisément identifiables, mais l'identification précise des espèces n'est pas toujours évidente. On distingue généralement les espèces dont le diamètre équatorial est compris entre 30 µm et 40 µm et ceux qui sont inférieurs. Dans le premier cas, on regroupe les différences espèces de cerisiers, le prunellier, les pommiers et le poirier (l'aubépine et en général les pruniers ont un diamètre supérieur à 40 µm), dans le second entre 25 et 30 µm, on trouve surtout les " rubus ", ronces et framboisiers. L'aspect striée ou lisse de l'exine peut apporter des précisions complémentaires. Ces espèces produisent quelquefois beaucoup de grains de pollen avorté ce qui ne facilite pas les identifications précises.

90 % des miels de Savoie - Haute-Savoie contiennent donc ce type pollinique. Il s'agit le plus souvent du pollen de Prunus avium L. (Merisier), ce qui n'a rien d'étonnant car cette espèce de demi-ombre et neutrocline peut être massivement représentée dans les forêts des étages collinéens et montagnards (jusqu'à 1 700 mètres) ;

Castenea sativa : Sa probabilité de le trouver dans un miel cette région est de 89 %(3). Ce fait étonne toujours les apiculteurs qui ne comprennent pas que l'on retrouve dans leur miel du pollen de châtaignier (Castanea sativa) avant la floraison du châtaignier ou hors des zones de la distribution géographique de cette espèce(4). Essence introduite il y a plus de 2000 ans, le châtaignier trouve de nombreux sols favorables (sols siliceux : placage morainique, grès, schistes) pour former avec le charme (Carpinus betulus) la charmaie à châtaigniers. Très nectarifères et source de miellat, beaucoup de miels savoyards proviennent au moins partiellement de cet arbre qui ne s'élève pas à plus de 1 000 mètres.

Rubus spp : On regroupe sous cette appellation les ronces, sensu lato, c'est-à-dire d'une part les vraies ronces, la ronce des bois, R. Fruticosus et la ronce bleuâtre, R. caesius (jusqu'à 1500 à 1600m), mais également le framboisier, Rubus idaeus qui lui atteint l'étage subalpin et peut atteindre 2 200 m. Certains miels, typiquement alpins, ne contiennent que du framboisier, souvent alors associé au rhododendron. Du point de vue pollinique, ont été répertoriés dans cette catégorie les grains de pollen de rosacées de diamètre inférieur à 30 µm (voir § sur les prunus/pyrus). 84 % des miels ont contenu, ce qui n'a rien d'étonnant car les ronces (sensu lato) font probablement partie des espèces les plus nectarifères de France ;

Trifolium repens : Très cosmopolite, le trèfle blanc peut s'élever jusqu'à 2 300 mètres d'altitude. La plante a besoin d'eau pour produire du nectar en abondance. Sa présence dans un peu plus de 80 % des miels n'est donc pas une surprise…

Acer spp. : Les érables (dans 80 % des miels) font partie des espèces arborescentes les plus mellifères de France. Dans les deux départements, on trouve surtout l'érable champêtre (A. campestre) (jusqu'à 1 000m), l'érable à feuilles d'obier (A. opalus) (jusqu'à 1 900 m) et l'érable sycomore) (A. pseudoplanatus) (jusqu'à 1 800 m), tous très nectarifères et producteurs de miellat. Le sycomore est le plus répandu (forêts collinéennes, montagnardes, de ravin, ripicoles et en association avec les pins ou les mélèzes) ;

Myosotis alpestris : Au moins(3) 70 % des miels analysés contiennent du pollen de myosotis. D'après les dimensions des grains, il s'agit le plus souvent de M. alpestris. Certains miels contiennent ceux d'autres espèces comme M. sylvatica. M. alpestris croit de l'étage montagnard à l'étage alpin (1200 à 2 700 m) ; M. sylvatica de 300 à 1 500 m. Certains miels peuvent contenir jusqu'à 99 % de ce minuscule pollen(4) ;

Lotus uliginosus et L. corniculatus : Les grains de pollen de lotiers (lotier des marais et lotier corniculé) se retrouvent dans 64 % des miels. Ces plantes, très nectarifères, sont caractéristiques de biotopes humides ;

Poaceæ : les graminées : - dans 62 % des miels. Provenant de plantes non nectarifères ces grains de pollen proviennent soit de capture de pollen anémophile par les miellats, soit de la récolte par les abeilles qui récoltent quelquefois directement du pollen de graminée ;
Onobrychis vicifolia : La présence de sainfoin dans 60 % des miels est très intéressante car cette plante héliophile qui peut croître jusqu'à 2 500 mètres est un indicateur écologique important typique des pelouses calcaires. Les miels qui ont contiennent ont toujours été récoltés dans les Préalpes calcaires (ou à leur limite)(5) ;

Cornus sanguinea : (59 % des miels). Tous comme le sainfoin, le cornouiller sanguin ne se développe que sur les terrains calcaires. On le retrouve donc souvent dans les mêmes miels sauf que cette dernière espèce ne dépasse pas 1 500 m d'altitude. Les miels récoltés à basse altitude en contiennent souvent de manière abondante ;

Taraxacum officinale : (58 %) Le pissenlit préfère également les terrains calcaires à neutres. On le trouve jusqu'à 2000 m d'altitude. Très nectarifère et pollenifère, ses caractéristiques sensorielles particulières marquent beaucoup de miel de cette région. Son pollen est plutôt sous représenté dans les miels ;

Tilia spp : (57 %) Les deux tilleuls, T. cordata (T. à petites feuilles) et T. platyphyllos (T. à grandes feuilles) sont tous deux représentés, surtout dans les forêts de ravin où ils sont mélangés aux érables. Le tilleul à grandes feuilles est surtout calcicole, celui à petites feuilles est présent sur les terrains neutres à acides. T. cordata est présent jusqu'à 1 500 m, T. platyphyllos jusqu'à 1 800. Le profil pollinique typique est une association châtaignier, érables, tilleuls avec une conductivité électrique élevée indiquant la présence de miellats

Apiaceæ : (56 %) Sont regroupés dans cette catégorie les petits grains de pollen d'ombellifères dont l'identification au niveau de l'espèce n'est pas toujours aisée par les méthodes usuelles ;

Rhododendron ferruginum : Il ne surprendra personne que 49 % des miels de Savoie - Haute Savoie contiennent du pollen de cette plante typiquement montagnarde. Indicatrice des terrains acides, cette plante de haute montagne peut croître de 600 à 3 000 mètres, mais c'est entre 1400 et 2500 qu'elle sera surtout présente. Extrêmement mellifère, les miels pouvant prétendre à l'appellation " rhododendron " sont cependant extrêmement rares. Le pollen est souvent en association avec celui du framboisier ;

Salix spp. : Dans 48 % des miels. Au moins 15 espèces de saules dans les deux départements dont certaines sont typiques de stations en altitude. Certaines d'entre s'hydridant, il n'a pas été effectué de recherches d'identification des grains de pollen au niveau des espèces ;

Geraniaceæ : (47 %) La grande majorité de ces espèces sont calcicoles. Les grains de pollen des géraniums et des plantes apparentées sont un des éléments les plus caractéristiques de ces miels, même si leur gros grain de pollen sont toujours rare dans les miels ;

Centaurea spp : (41 %) Ont été ici regroupés tous grains de pollen des différentes centaurées à l'exception de ceux que l'on peut rattacher au bleuet (Centaurea cyanus) et à la centaurée de montagnes (Centaurea montana) ;

Heracleum sphondylium : L'assez gros pollen de la berce sphondyle est présent dans 40 % des miels. Très mellifère, la plante peut atteindre les 2 200 m. Comme la majorité des nectars des apiacées, celui de la berce communique au miel un goût et une saveur très prononcés pas toujours appréciés lorsqu'il est assez concentré. Généralement la part de berce dans les miels reste néanmoins assez faible ;

Pinaceæ : (40 %) Anémophiles, ces grains de pollen n'apportent pas d'information sur l'origine florale des miels. Exceptionnellement, il peut arriver que les abeilles les récoltent pour en constituer des pelotes. Les résineux, sont, cependant des producteurs de miellats ;

Campanula spp. et campanulaceæ : Dans 37 % des miels, le pollen des campanules et des plantes qui y sont rattachées (Phyteuma ou raiponce par exemple) (neutrocalcicoles pour beaucoup d'entre elles) sont typiques de beaucoup de miels alpins ;

Fabaceæ : (37 %) Ont été rattachés à cette catégorie, tous les grains de pollen de papilionacée dont l'identification n'a pas été poursuivie jusqu'à l'espèce ;

Lonicera spp. : (37 %) Les " lonicera " sont le genre qui regroupe les chèvrefeuilles et les camerisiers. Ici, il s'agit de ces derniers, surtout représentés par le camerisier à balais (L. xylosteum), le camerisier des Alpes (L. alpigena) et le camerisier noir (L. nigra). Les deux premières sont calciphiles, la troisième a une très large amplitude et s'adapte à tous les terrains. Certaines espèces croissent à plus de 2000 m.

Brassicaceæ : (36 %) Famille des crucifères. Petits grains de pollen de crucifère (Type arabis - arabette). Ne comprend pas les grains plus gros de type colza ;

Trifolium spp : (34 %) : Trèfles, autres que trèfle blanc ;

Helianthenum nummularium : (32 %). L'hélianthème est une cistacée. Comme toutes les plantes de cette famille, elle n'est pas nectarifère, mais est très visitée par les abeilles pour le pollen. Calcicole, on la trouve jusqu'à 2000 m d'altitude ;

Thymus serpylum : 28 % des miels contiennent le pollen du serpolet qui peut croître jusqu'à 2 700 m ;

Quercus spp. : (27 %). Pollen anémophile. Selon les stations, on trouve le chêne sessile (Q. petraea), le chêne pubescent (Q. pubescens) et le chêne pédonculé (Q. robur) ;

Filipendula ulmaria : (26 %) Non nectarifère, mais très visitée pour le pollen, la spirée ou reine des prés, plante neutrocline à large amplitude et se développant sur les humides à inondés croit jusqu'à 1 700 m ;

Polygonum bistorta : (26 %) La renouée bistorte est une polygonacée (comme le sarrasin). C'est une montagnarde puisqu'elle ne se développe que de 400 à 2 400 m. Son pollen, assez typique, signe avec quelques autres les miels récoltés en altitude. C'est un excellent indicateur permettant de confirmer les appellations " montagne " ;

Cratægus spp. : (25 %) Les aubépines avec deux espèces : Cratægus lævigata et C. monogyna, pouvant s'hybrider. Neutroclines à amplitude plus ou moins larges, elles croissent jusqu'à 1 600 m ;

Robinia pseudacacia : (23 %) Le robinier faux acacia a été introduit dans les deux départements comme dans toute la France. Il ne constitue cependant pas ici des peuplements importants ;

Astrantia major : (20 %) S'il fallait citer une plante typiquement montagnarde, ce serait celle-là. Neutrocline à large amplitude, se développant entre 600 et 2 000 m, la grande astrance marque les miels de haute montagne de son grand pollen ;

Cirsium spp. : (19 %), les cirses dont cirsium oleraceum (Cirse des maraîchers) (jusqu'à 2000 m) ;

Asteraceæ échinulé : (18 %) Composée au petit pollen portant des échinules (épines) comme celui du solidage (Solidago) par exemple ;

Centaurea montana : (18 %) La centaurée des montagnes, très mellifère, neutrocalcicole, croit jusqu'à 1 900 m ;

Æsculus hippocastanum : Le pollen du marronnier d'Inde, plante introduite, et essentiellement urbaine est présent dans 16 % des miels ;

Ligustrum vulgare : (16 %) Si le troène est largement utilisé en milieu urbain pour confectionner des haies, la plante est largement présente sur les terrains calcaires. Elle ne se développe pas cependant à plus de 1 000 m d'altitude ;

Zea mays : Plante uniquement cultivée, l'énorme pollen du maïs se retrouve dans 16 % des miels ;

Alliaceæ spp. : (14 %) Petit pollen en forme de " bateau ", typique de la famille des aliacées ;

Asteraceæ liguliflores : (13 %) Composée qui, comme le pissenlit, ont des capitules formés uniquement de ligules ;

Caryophyllaceæ : 13 % des miels contiennent quelque rare pollen de caryophyllacée ;

Epilobium angustifolium : (13 %) L'épilobe en épi marque les miels de son très pollen, toujours très sous représenté et probablement sous estimé ; elle croit jusqu'à 1 400 m d'altitude ;

Rhamnaceæ : (12 %) Rhamnacées autre que la bourdaine ;

Knautia dipsacifolia : (11 %) La scabieuse des bois (jusqu'à 2000 m) orne les miels de son magnifique pollen ;

Liliaceæ : (11 %) Famille des liliacées ;

Frangula alnus : (9 %) La bourdaine, plante généralement acidophile bien qu'il puisse exister des écotypes " calcaire " ne dépasse pas 1 000 m d'altitude ;

Salvia glutinosa : (8 %) La sauge gluti-neuse. Encore une neutrocalcicole - de 400 à 1 800 mètres ;

Rosaceæ dont sorbus spp : (7 %) Cette catégorie regroupe les grains de pollen des différents " sorbus " dont certains sont très nectarifères : Sorbus aria (Alisier blanc) de 100 à 1 700 m, S. aucuparia (Sorbier des oiseleurs) jusqu'à 2 000 m, 

S. chamæmespilus (Alisier nain) de 800 à 2 400 m, S. domestica (Cormier) jusqu'à 1 400 m, 

S. mougeotii (Alisier de Mougeot) de 400 à 1900 m et S. torminalis (Alisier torminal) jusqu'à 1 000 m ;

Vicia spp : (7 %) différentes vesces ;

Buxus sempervirens : (7 %) Le buis. Encore une plante qui a un preferendum calcicole (jusqu'à 1 600 m) ;

Plantago spp. : (6 %) Différents plantains - anémophile. Surtout dans les miels contenant du miellat ;

Echium spp. : (6 %) Les vipérines, la plus courante étant E. vulgare qui peut atteindre 1 800 m ;

Ranunculaceæ : (6 %) Différents grains de pollen de renonculacées ;

Linaria repens : (6 %) (3) La linaire rampante (scrofulariacée) qui peut atteindre 2 300 m ;

Asteraceæ de type achillea : (6 %) Composées ayant un petit pollen orné d'échinules courtes et trapues comme celui de l'achillée ;

Lamiaceæ : (5 %) Différentes labiées ;

Type iris : (5 %) Pollen d'iridacées ;

Cynoglossum germanicum : (4 %) Également calcicole, la cynoglosse d'Allemagne, très nectarifère, est présente de 400 à 1 800 m. Également présente, une espèce voisine : C. dioscoridis ;

Brassica napus : (3 %) Le pollen du colza, très rarement présent dans ces miels (comme on pouvait le prévoir) ;

Carex spp. : (3 %) Les différentes laîches ;

Helianthus annuus : (3 %) Le tournesol - même remarque que pour le colza ;

Ilex aquifolium : (3 %) Le houx, présent jusqu'à 2000 m ;

Malvaceæ : (3 %) Les malvacées ; leur gros pollen est toujours sous représenté ;

Convolvulus arvensis : (3 %) Le liseron des champs (celui a petites fleurs blanches à roses)

Éricaceæ : (3 %) Sont regroupés ici essentiellement le genre vaccinium (myrtille…) ;

Centaurea cyanus : (2 %) le bleuet ;

Lavandula angustifolia : (2 %). Plus répandu dans les Alpes du Sud, la lavande commune est malgré tout présente bien que rare. Calcicole et héliophile on peut la trouver jusqu'à 1 800 m ;

Lilium spp. : (2 %) - Les lis. Il s'agit majoritairement du pollen de L. martagon ou lis martagon, très belle fleur, calcicole avec un pollen à la magnifique ornementation (de 300 à 1950 m) ;

Melilotus spp. : (2 %) Les mélilots ;

Symphytum spp. : (2 %) Les consoudes (S. officinale et S. tuberosum) - jusqu'à 1 500 m toutes deux très mellifères mais rares ;

Asphodelus spp. : (2 %) Asphodelus delphinensis ?, l'asphodèle (du Dauphiné ?), de 1 000 à 2 000 m ;

Chenopodiaceæ : (2 %) les chénopodiacées ;

Juncus spp. : (2 %), les joncs (anémophiles) ;

Medicago sativa (2 %) : la luzerne cultivée ;

Papaveraceæ (2 %) : les papavéracées (ne secrètent pas de nectar, mais sont visités pour le pollen) ;

Corylaceæ : (1 %) les corylacées (anémophile) ;

Phacelia tanacetifolia : (1 %) La phacélie ;

Type genista : (1 %) Les genêts ;

Et moins de 1 % : Alliaceæ (alliacées) ; Calystegia sepium (le liseron des haies - celui qui a les grandes fleurs blanches) ; Calalpa bignoïdes (le catalpa - arbre ornemental introduit en agglomération) ; Cistus spp. (les cistes) ; Fagopyrum esculentum (le sarrasin), Impatiens spp. (les balsamines) ; Type Arctium (la bardane) ; Valeriana officinalis (la valériane)…

3.4. Importance relative des différents types polliniques dans les miels
Ils sont repris dans le diagramme n° 2, 3, 4 et 5.


Diagramme 2


Diagramme 3


Diagramme 4

paly miel 5
Diagramme 5 

4. Interprétations et conclusions
Ces résultats présentent divers intérêts. Tout d'abord, ils constituent la base d'un premier référentiel sur les miels des départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Avec des moyens complémentaires, l'identification des grains de pollen, aurait, dans certains cas pu être poussé plus loin (différentes espèces de géraniacées et de campanulacées par exemple). Malgré tout l'outil statistique fournit par cette étude fournit dans la majorité des cas des éléments très discriminants sur le contrôle des appellations des miels produits dans cette partie des Alpes. Elle montre également l'importance relative des différentes espèces nectarifères - en tenant compte naturellement de l'effet dû la sous ou sur représentation de chaque type pollinique. Enfin du point de vue de la végétation, elle met clairement en évidence toute la richesse de certaines zones calcaires, quelquefois considérées comme espace sans grand intérêt économique, pour l'apiculture.
Paul Schweitzer
Laboratoire d'analyses et d'écologie apicole
© CETAM 2003 - Tous droits de reproduction réservés
Crédit photos : V. Chong-Wing

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