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loge abeilles 1

La loge aux abeilles (2004)
Gilbert Maynard

Elle se situe à la sortie du village du Puyteigneux, à 5 kilomètres au sud-est de Bessines.

Puy = du latin podium qui signifie hauteur, colline au sommet plus ou moins arrondi.

Teigneux = du latin tineosus qui signifie pauvre.

Donc, terrain sans aucune végétation.

Le bâti
Cette loge a été construite vers la moitié du XIXème siècle en granit du pays. C'est une maçonnerie de pierres sèches, c'est-à-dire construite sans aucun liant. Ce qui lui donne son caractère exceptionnel, c'est qu'elle possède un étage.

Elle a deux fonctions :

  • la pièce du rez-de-chaussée servait d'abri temporaire pour le berger afin qu'il puisse se protéger des caprices du temps. Mme Lassalle, habitante du Puyteigneux, nous dirait que cet abri avait également pour fonction d'accueillir les amoureux. On peut découvrir à l'intérieur de cette pièce une cheminée,
  • le 1er étage est un rucher couvert. Ses ouvertures surprenantes et exceptionnelles sur 2 niveaux permettaient un envol facilité des abeilles. Des pierres plates posées devant chaque ouverture permettaient de déposer des bournats, ruches limousines, les abeilles étant ainsi protégées de l'humidité du sol.

Emplacement et orientation
Bien étudié pour que les abeilles puissent se rendre facilement aux bournats. On peut recenser autour de cette loge une multitude d'essences : châtaignier, chêne, noisetier, prunellier… La production de miel était caution du végétal qui se trouvait aux alentours.

Une zone humide se situe à proximité permettant de faire boire les abeilles.

Des abris de pierres sèches servant aux hommes et aux abeilles
La pierre est utilisée "telle quelle", quelquefois taillée sommairement pour assurer un meilleur ajustage dans la construction avec éventuellement un calage complémentaire. Construction élaborée en pierre sèche qui exclut tout liant tel que mortier et torchis. Cette technique de maçonnerie est restée identique au fil des millénaires. Les ouvrages de pierres sèches sont intimement associés à la vie agricole ou pastorale. Le Limousin, pays de l'eau, des prairies, des landes et des arbres est aussi celui de la pierre, des roches et des rochers chaotiques ou affleurants. La pierraille encombre les champs, on procède à un épierrage permanent. Ces pierres sont mises en tas et au fur et à mesure des années, les plus friables s'érodent avec les intempéries, restent les autres qui se révèlent être des matériaux de bonne qualité qui seront utilisés à des fins diverses.

Ces abris constituent un habitat temporaire d'une journée ou d'une nuit typiquement vernaculaire. Ils portent le nom de loges. Autres appellations dans d'autres lieux : "raparos" (Pyrénées Méridionales) ; "orries" (Pyrénées) "caselles" (Lot) ; "bories" (Provence et Haute-Provence)... Nos loges sont de granite, ce qui leur donne un aspect plus rudimentaire que celui des bories réalisées en pierre calcaire. Afin de se protéger des caprices du temps, nos anciens ont, au fil des ans, construit ces abris en "pierres sèches".

Ces loges, destinées aux gardiens surveillant leurs troupeaux, furent utilisées à d'autres fins comme abri de chasse, protection contre les prédateurs (en particulier le loup, terreur de nos anciens) et même de rendez-vous galants (pour la loge de berger du Puyteigneux, nous avons le témoignage de Mme Lassalle, habitante de ce village qui, à l'âge de 10 ans, a vu des jeunes filles donner rendez-vous à de jeunes hommes à cet endroit). Il est difficile d'indiquer leur âge avec précision car elles ont été construites ou remaniées à diverses époques et ne figurent sur aucun cadastre. La plupart de ces constructions sont centenaires (certaines des années 1830-1850).

Leur implantation : elles sont isolées ou groupées, majoritairement implantées sur l'adret d'une petite vallée permettant ainsi la surveillance simultanée des deux flancs. L'orientation de l'ouverture tient compte de l'ensoleillement et des vents dominants. Le plan dépend de la configuration du terrain sur lequel les loges sont construites. Elles sont soient isolées, associées à un mur de pierres sèches utilisé en soutènement et épousent toujours la géographie du terrain.

Le matériau utilisé est le granite. Il est ramassé sur place ou à proximité. Tout en surveillant son troupeau, le paysan devient "maçon" par nécessité. Cela explique la diversité des modes constructifs. La bâtisse sera érigée en fonction des dimensions des pierres à disposition. Certaines singularités étaient dues aux conseils des maçons itinérants. Du fait du matériau, on arrive à des épaisseurs de murs importantes (40-60 cm). Le linteau des baies est souvent en pierre à l'extérieur et en bois à l'intérieur de l'édicule. L'intérieur est dépourvu de tout mobilier et parfois muni d'un foyer de faibles dimensions permettant un chauffage rudimentaire.

Sa restauration
La Commune de Bessines, soucieuse de son développement touristique est à l'initiative de cette restauration. La COGEMA, propriétaire du terrain sur lequel se trouve la loge ainsi que des parcelles alentours a donné l'autorisation à la commune de réaliser cette campagne de restauration en mettant gracieusement le terrain à sa disposition.

L'association "Les Chantiers des Chemins Jacquaires" de réinsertion par la restauration du petit patrimoine bâti (loi 1901), créée en juillet 1997, a été choisie pour ces travaux. Celle-ci intervient sur tous les ouvrages anciens publics de la Haute-Vienne. L'association bénéficie de l'appui de l'architecte des Bâtiments de France, du CAUE (Conseil d'Architecture d'Urbanisme et de l'Environnement) et de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles).

Ses objectifs sont : permettre aux salariés d'apprendre ou de réapprendre le sens du travail, sauver notre patrimoine, offrir un potentiel de main d'œuvre aux entreprises. En 3 ans, les " Chantiers des Chemins Jacquaires " sont intervenus sur une quinzaine de communes qui témoignent de restaurations de qualité. L'association s'est engagée à réaliser ces travaux dans le respect des règles de l'art et dans le cadre de sa mission d'insertion, avec 2 personnes titulaires d'un Contrat Emploi Solidarité, sous la responsabilité d'un chef d'équipe. La durée des travaux était estimée à deux semaines mais les intempéries, nombreuses en cette période de l'année (décembre 2002 - janvier 2003), les ont considérablement ralentis.

L'état de délabrement de cet édicule était très avancé. Le toit n'assurant plus son rôle d'étanchéité, cela engendrait une fragilisation des murs.

La nature des travaux à réaliser était la suivante :

  • dépose de la couverture en récupération,
  • dépose du plancher,
  • pose d’un plancher en châtaignier sur bois de récupération,
  • pose d'une volige en châtaignier sur bois de récupération,
  • pose de la couverture : tuiles canal neuves en courante et tuiles canal récupérées en couvrante,
  • suivi du calage de la maçonnerie en limousinerie.

Tout ceci a été réalisé, mais l'équipe a rencontré des problèmes au fur et à mesure de l'avancée des travaux. Le linteau de la porte du rez-de-chaussée était détérioré, il n'était donc pas question de le laisser, cela pouvant entraîner un danger pour le public. En enlevant ce linteau, les pierres se sont décalées et le bâtiment menaçait de tomber. Il a donc fallu déposer toute la façade sud et la reconstruire en installant un nouveau linteau en bois de châtaignier. Le sol au rez-de-chaussée a également été aménagé : la terre a été enlevée, tamisée et remise en la mélangeant avec de la chaux.

Les projets
L'intérieur de la loge. Il est envisagé, dans un avenir proche, d'installer de vieux" bournats " typiquement Limousins dans cette loge. Le but étant d'avoir quelques abeilles en activité mais pas d'en récolter le miel car dans ces vieux paniers, on ne prélève presque rien. Il n'y aurait pas de danger pour les visiteurs car on arrive maintenant à sélectionner des souches d'abeilles très douces qui ne s'occupent pas des gens qui se trouvent autour d'elles. Un seul panier serait peuplé, côté soleil, les autres pouvant rester vides. C'est la fenêtre la plus élevée sur le devant de l'édicule qui serait occupée par un " bournat " rempli d'abeilles.

Sentier botanique. L'Office de Tourisme de Bessines souhaite réaliser un sentier botanique sur le thème des plantes mellifères.

Dans un premier temps, il faudra répertorier les plantes déjà existantes sur place et peut-être en planter certaines. Ensuite, réalisation de panneaux explicatifs et d'un document sur les plantes, leurs fonctions (culinaires, thérapeutiques...). Ce document comprendra également l'historique et les fonctions de la loge aux abeilles déjà en cours d'élaboration.
Gilbert Maynard
Syndicat Limousin Avicole et Apicole (Ruche-école des Biards - Limoges)
L'Office de Tourisme de Bessines sur Gartempe