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Sélection d’abeilles résistantes à Varroa destructor
Inhibition de la reproduction des varroas et destruction des alvéoles infestées par les abeilles


Yves Le Conte
INRA, UMR 406 Abeilles et Environnement,
Laboratoire Biologie et Protection de l’abeille,
 Site Agroparc, Domaine Saint-Paul,
84 914 AVIGNON Cedex 9, France

Femelle varroa (de couleur brune) et
 sa descendance (de couleur blanche)

John Harbo et Jeffrey Harris sont deux chercheurs de l’USDA de Baton Rouge en Louisiane, qui œuvrent depuis plus de dix ans pour sélectionner des colonies d’abeilles résistantes au varroa. Une première série d’expérimentations leur a permis d’identifier des colonies résistantes ou sensibles à l’acarien. Puis une approche rigoureuse leur a permis de déterminer le caractère héritable de cette résistance. Ils ont alors étudié les différents mécanismes de résistance connus chez l’abeille pour expliquer ce phénomène et ont montré que le caractère le mieux corrélé avec la résistance de leurs abeilles est la présence d’alvéoles parasitées par des varroas non reproductifs. Ils ont donc conclu que leurs abeilles sont résistantes car elles sont capables d’inhiber la reproduction des varroas, et les ont baptisées SMR (Suppression Mite Reproduction).

Le couvain possède des actions antagoniques sur la reproduction des varroas. Nazzi et al. (2002) ont montré que les larves peuvent avoir un effet inhibiteur sur la reproduction des varroas et ont identifié un composé chimique, l’heptadécène, responsable de cette inhibition. Il devient alors plausible de sélectionner des colonies d’abeilles qui produisent cet inhibiteur qui les rend résistantes au varroa. Par contre, à l’opposé, Trouiller et Milani (1999) ont montré que les larves émettent aussi des substances qui stimulent l’oviposition des varroas. Cette découverte a été confirmée plus tard par une autre équipe (Garrido et Rosenkranz, 2004), mais les molécules responsables de cet effet ne sont pas encore identifiées.

Mais en complétant leur étude, Harbo et Harris ont montré qu’en fait les abeilles qu’ils avaient sélectionnées détruisent sélectivement les alvéoles contenant des varroas qui ont produit des descendants, alors que les alvéoles qui renferment des varroas femelles stériles ne sont pas détruites par les abeilles. Ceci explique pourquoi les chercheurs ne trouvaient pas d’alvéoles contenant des varroas reproductifs dans leurs colonies résistantes. Ces abeilles ont alors été rebaptisées VSH (Varroa Sensitive Hygienic). Ce comportement hygiénique à l’encontre des varroas reproductifs explique donc en grande partie cette résistance, mais il semble que la capacité des larves à inhiber la reproduction des varroas puisse jouer un rôle mineur dans la tolérance de ces colonies au varroa.

Plus tard, Ibrahim et Spivak (2006) ont confirmé les résultats de Harbo et Harris. Dans une étude comparative des abeilles de Harbo, qui détruisent les alvéoles infestées par une famille de varroas, et celles de colonies sélectionnées sur le test hygiénique du couvain congelé, ils ont montré que les premières ont une capacité plus importante à se débarrasser des alvéoles parasitées que les abeilles hygiéniques. Ils ont aussi confirmé que les abeilles de Harbo ont un effet inhibiteur sur la reproduction des varroas.

Il semble donc que ces deux caractères puissent être utilisés dans le contexte d’une sélection de nos abeilles vers une résistance au varroa.

Le caractère de nettoyage par les abeilles des alvéoles parasitées par les varroas reproductifs est maintenant bien admis comme élément majeur pouvant expliquer la résistance des abeilles au varroa. C’est un des mécanismes qu’utilise Apis cerana, l’hôte d’origine du varroa pour obtenir un équilibre avec son parasite, de telle sorte qu’il ne mette pas en péril la survie des colonies d’abeilles. En outre, aux Etats-Unis, des apiculteurs sélectionneurs proposent actuellement à la vente des abeilles qui possèdent ce caractère.

Plus récemment, une équipe de chercheurs du Crown Research Institute de Nouvelle-Zélande a publié sur Internet un communiqué de presse indiquant qu’elle a réussi à sélectionner des colonies d’abeilles dans lesquelles les varroas ne se reproduisent pas. Ces colonies seront isolées sur une île de façon à pouvoir multiplier les reines tout en maintenant ce caractère par fécondation naturelle. Il n’est pas précisé si les abeilles de ces colonies inhibent la reproduction des varroas ou s’il s’agit du comportement de nettoyage des alvéoles parasitées par les ouvrières. Mais il semble bien qu’il s’agisse d’un nouvel exemple concret de sélection efficace des abeilles tolérantes au varroa.

Références bibliographiques :

• Garrido C., Rosenkranz P. (2004) Volatiles of the honey bee larva initiate oogenesis in the parasitic mite Varroa destructor, Chemoecology 14, 193-197.

• Harbo J. R., Harris J. W. (1999) Selecting honey bees for resistance to Varroa jacobsoni, Apidologie 30, 183-196.

• Harbo J. R., Harris J. W. (1999) Heritability in honey bees (Hymenoptera : Apidae) of characteristics associated with resistance to Varroa jacobsoni (Mesostigmata : Varroidae), J. Econ. Entomol. 92, 261-265.

• Harbo J. R., Harris J. W. (2005) Suppressed mite reproduction explained by the behaviour of adult bees, J. Apic. Res. 44, 21-23.

• Ibrahim A., Spivak M. (2006) The relationship between hygienic behavior and suppression of mite reproduction as honey bee (Apis mellifera) mechanisms of resistance to Varroa destructor, Apidologie 37, 31-40.

• Nazzi F., Milani N., Della Vedova G. (2002) (Z)-8-heptadecene from infested cells reduces the reproduction of Varroa destructor under laboratory conditions, J. Chem. Ecol. 28, 2181-2190.

• Trouiller J., Milani N. (1999) Stimulation of Varroa jacobsoni Oud. oviposition with semiochemicals from honeybee brood, Apidologie 30, 3-12.