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Partage ou la question de l'essaimage (2002)
Par  F. Anchling

Partage
Essaim de Mai vaut un char de blé.
Essaim de Juin vaut un char de foin.
Essaim de Juillet ne vaut pas une miette

Ce vieil adage, reflet du bon sens populaire, exprime avec beaucoup d'exactitude ce qui attend l'apiculteur au cours des prochains mois. Pour l'apiculteur, le joli mois de mai est comme pour ses amies ailées un mois d'activité fébrile. Il faut surveiller le développement des colonies, agrandir en temps voulu, prévenir l'essaimage, récupérer les essaims, les soigner, élever des reines et finalement quand même recueillir le fruit de son labeur : procéder aux premières récoltes.

Développement des colonies et environnement
La colonie vit au rythme des saisons et des fleurs, car la nature constitue le seul calendrier qui programme son développement . C'est son horloge biologique. L'apiculteur, s'il veut vivre au rythme de ses protégées et ne pas être surpris ou désemparé par le départ intempestif d'un essaim, doit observer avec beaucoup d'attention les floraisons qui l'entourent.
A chaque longitude, à chaque latitude, à chaque altitude correspond un calendrier spécifique suivant lequel la nature s'épanouit.

Comme je le disais en mars, il est important que chaque apiculteur observe soigneusement les différentes espèces qui constituent l'environnement de son rucher. Les fleurs spécifiques à une région apparaissent toujours avec une constante régularité d'une année à l'autre. La succession des floraisons constitue des repères très précis de l'évolution biologique d'une colonie. L'établissement d'un calendrier de celles-ci reste également le guide indispensable pour qui désire récolter un miel monofloral.

Ainsi l'apiculteur pourra établir la relation qui existe entre une espèce mellifère bien déterminée et spécifique et le signal qui incite la colonie à élever des faux bourdons. C'est le point de départ des évolutions futures, dont l'essaimage.

Chaque année, notre journal publie un modèle de calendrier "du compte à rebours du jour J " de la naissance des reines. Ce calendrier type peut être utilement complété par l'observation de l'environnement floral de votre secteur. Très rapidement il sera possible de déterminer avec précision, la période biologique propice à l'essaimage et d'engager suffisamment tôt les mesures préventives, notamment si les conditions météorologiques sont défavorables à l'ouverture des ruches. Ce fut le cas en ce début d'avril où le nord du pays a connu des températures hivernales.

Autre avantage du calendrier " compte à rebours " : il permet de définir avec une relative certitude la date à laquelle il faut introduire un cadre de cire à alvéoles de mâles dans la ruche d'élevage des faux-bourdons. En effet pour qu'une reine soit bien fécondée il faut un accouplement avec de solides partenaires, forts et en pleine maturité sexuelle. A cette fin, 41 jours avant la naissance des reines, la ruche choisie pour l'élevage des reproducteurs recevra un ou deux cadres garnis de cire étirée à 640 alvéoles par dm_. Ainsi nous aurons l'assurance de voir naître des géniteurs en pleine possession de leurs moyens.

Suivi du rucher en mai
Toutes les ruches sont recouvertes d'un film plastique ou d'une plaque de verre ; il est donc possible de regarder dans le cœur de la ruche sans l'ouvrir ni refroidir la colonie et de surveiller attentivement l'avancement de la construction des cires gaufrées.

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Les hausses posées en avril se remplissent plus ou moins vite selon la température et l'ensoleillement, d'abord au centre. Rapidement toute la hausse est remplie de cirières.

À cette époque de l'année, nous devons surveiller régulièrement cette magnifique croissance et la favoriser de façon à maintenir l'harmonie biologique de la colonie. Il ne faut pas oublier qu'un rayon de couvain donnera à l'éclosion de celui-ci suffisamment d'abeilles pour couvrir trois rayons. Nous devons tenir compte de cette augmentation spectaculaire de la population et anticiper l'espace nécessaire à son logement, en procurant à ces bataillons de futures butineuses des cires gaufrées à bâtir et des cadres pour stocker le nectar. C'est le moment le plus favorable pour cette activité car les cirières sont au maximum de leurs effectifs avec une température et une miellée en principe favorables.Il existe une relation absolue entre l'étendue du couvain, une population forte et l'harmonie qui règne dans la colonie ; harmonie nécessaire par transformer et enrichir le nectar en miel de qualité.

Les chercheurs ont calculé que lorsque de 10 à 15.000 butineuses apportent du nectar à la ruche, 25 à 30.000 jeunes abeilles sont nécessaires pour le mûrir et le transformer en miel. Ce travail du nectar et l'évacuation de l'eau qui en résulte nécessitent une température constante de 35° régulée par le travail des occupantes de huit à dix cadres de couvain. L'on comprend dès lors l'importance de ne pas intervenir intempestivement dans les ruches pour ne pas les refroidir et de donner des cadres à bâtir à l'instant T afin que les cirières ne soient pas désœuvrées.Sur la planche d'envol, les ventileuses sont particulièrement actives le matin et le soir. Elles ventilent toute la nuit et il suffit de s'approcher d'une colonie pour percevoir le léger bruissement produit.

La présence d'eau de condensation, au matin, sur la planche d'envol est également le signe d'une récolte abondante la veille.
L'absence de miellée, ce qui se produit souvent par vent du nord ou d'est, est attestée par la fréquentation assidue de l'abreuvoir. En effet la colonie a besoin d'eau pour préparer la bouillie larvaire et assurer la climatisation de la ruche. En l'absence de l'eau d'évaporation du nectar, elles vont à l'abreuvoir.

Lorsqu'on observe le trou de vol de nos ruches, on est fasciné par l'activité fébrile que l'on découvre. Les abeilles apparaissent sur l'entrée et, sans perdre de temps, partent comme des fusées vers les sources de nectar. D'autres jaillissent de tous horizons et rentrent précipitamment avec leur précieuse cargaison. D'autres enfin, avec des culottes de pollens multicolores se faufilent dans la cohue.

Mais si l'activité est réduite, la planche de vol encombrée de jeunes abeilles désœuvrées qui se prélassent au soleil ; attention ! quelque chose est anormal. Observons alors l'activité sur nos cadres de cire gaufrée. Si toute activité est suspendue, la colonie est atteinte de "la fièvre d'essaimage "

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Pourquoi mes abeilles ont-elles la fièvre ?
L'essaimage est l'un des caractères les plus curieux des mœurs des abeilles. Ces insectes extraordinaires ne cherchent pas seulement à se multiplier dans la ruche. Ils vont fonder des colonies et essaiment au loin. L'essaimage est une nécessité biologique et physiologique permettant la régénération de l'espèce et sa survie.

Il est facile de constater la vitalité extraordinaire d'un essaim. Tout se passe comme si ce changement avait régénéré le peuple et stimulé son activité par l'accomplissement d'un processus indispensable à l'espèce.

Le début de la période d'essaimage semble coïncider avec le moment où le couvain operculé devient plus important que le couvain ouvert. On assiste alors à une sorte de rupture dans le développement de la colonie.

Parmi les raisons probables qui conduisent à la fièvre d'essaimage on peut retenir:

Peut-on prévenir l'essaimage ?
Il est certain que pour beaucoup d'apiculteurs, l'essaimage et surtout la perte d'un essaim représentent un échec. Il est nécessaire de rechercher par tous les moyens à les prévenir plutôt qu'à les subir.

Prévenir l'essaimage ne veux pas dire l'interdire car c'est une nécessité biologique pour la colonie.

Certains préconisent la destruction régulière des cellules royales construites. La visite des colonies cadre par cadre, permet bien entendu de découvrir la présence de cellules royales ; enfin, presque toutes. Les abeilles sont malines. Cette méthode est contraignante et doit être renouvelée plusieurs fois à huit jours d'intervalle. Elle convient pour quelques ruches seulement.

C'est une opération barbare qui prolonge la fièvre d'essaimage et les perturbations qui en découlent: baisse d'activité, diminution de la ponte, absence de récolte, stress de la colonie qui s'affole… La colonie qui envisage de remplacer sa reine n'y renoncera pas facilement et prendra beaucoup de risques pour y parvenir.

Une larve d'ouvrière baigne pendant trois jours dans la gelée royale, une larve de reine pendant cinq à six jours. Les nourrices ne savent pas compter les jours. Si dans leur affolement elles prennent une larve de cinq jours qui n'a baigné que pendant trois jours dans la gelée royale, nous obtiendrons une mère de mauvaise qualité. Ce que nous constaterons très vite: elle ne pondra que sur une seule face des cadres et la ruche sera orpheline au printemps.

À l'heure actuelle pratiquement toutes les ruches sont équipés d'un plateau amovible, et sont exploités en bâtisses froides (c'est-à-dire le sens des cadres est perpendiculaire au trou de vol) Un moyen de prévenir l'essaimage sans stress pour la colonie, consiste à tourner le corps de ruche d'un quart de tour, de sorte qu'il soit exploité en bâtisses chaudes. La ruche est coupée en deux parties par une grille à reine posée verticalement entre le 4ème et le 5ème cadre compté à partir du trou de vol. Les cadres sont contrôlés, les cellules royales détruites sauf une. Toutes les abeilles avec leur vieille mère sont brossées à l'arrière de la grille, le cadre avec son alvéole royale est placé à l'avant de la grille. L'essaim éventuel ne peut plus partir, et dès naissance de la jeune mère, la vieille n'est plus nourrie et meurt au bout de 3 à 4 jours. La fièvre d'essaimage est tombée et la colonie remérée. Le corps de ruche est réinstallé en bâtisses froides.

Il existe d'autres méthodes décrites par la littérature apicole pour couper la fièvre : créer des essaims artificiels. Ce procédé n'intéresse que ceux qui veulent augmenter leur cheptel.

Pour les ruchers que l'on ne peut pas visiter chaque jour et pour ne pas perdre d'essaim, on pratique le " clippage des reines ". Cette opération consiste à amputer une grande aile de notre reine, droite ou gauche d'un bon tiers environ, avec un ciseau en très bon état. Cette opération ne porte pas préjudice à la reine si elle est réalisée correctement. Il faut veiller à ne pas couper plus d'un tiers de la grande aile, sinon on court le risque de voir la reine remplacée.

En cas de sortie d'un essaim en l'absence de l'apiculteur, la reine déséquilibrée ne peut voler et tombe à quelques mètres de l'entrée de la ruche. Au bout d'un certain temps, les abeilles retournent à la ruche abandonnant leur mère entourée de quelques fidèles.

Pose d'une seconde hausse
Les hausses ont été posées en avril et comportent un cadre de cire gaufrée sur chaque rive. Lorsque les abeilles construisent ces cadres de rive, il est temps d'ajouter une deuxième hausse car les rayons vides stimulent le butinage et la récolte si la miellée n'est pas en cours d'achèvement. Certains remettent les cadres en construction au centre de la hausse avant la pose de la deuxième. À défaut, les abeilles ont tendance à stocker le miel dans le nid à couvain, ce qui entraîne un blocage de ponte, préjudiciable quelques semaines plus tard, surtout si l'on envisage de transhumer en forêt. Cette deuxième hausse peut être équipée entièrement de cires gaufrées. Elle est placée sur la première.

* Les avis sont partagés : certains veulent l'intercaler car les abeilles ayant horreur du vide la rempliraient plus vite. Il ne faut pas oublier que nous sommes encore en mai et que les saints de glace peuvent nous réserver des nuits très froides. Les abeilles abandonnent alors la hausse pour couvrir le couvain dans le corps de ruche. Le miel qui est hygroscopique absorbera en l'absence des ouvrières, toute l'humidité de la ruche.

Récolte des essaims 
Ce chapitre est traité séparément dans le journal

Propriété d'un essaim
L'article 209 du code rural précise que le propriétaire d'un essaim a le droit de le réclamer et de s'en saisir tant qu'il n'a pas cesser de le suivre, autrement il appartient au propriétaire du terrain sur lequel il s'est posé.

Ne soyez pas démoralisé si vos ruches essaiment ou si vous perdez un essaim. Il fera peut-être le bonheur d'un débutant…

Premières récoltes
Si les conditions météo le permettent, une première récolte est tout à fait envisageable sur les pommiers, puis sur le colza et bien sûr ensuite sur les acacias.

Attention toutefois, les ruches disposées dans une région abondamment fleurie de colza doivent être impérativement récoltées dès que les hausses sont remplies aux trois quarts et en grande partie operculées. Le miel de colza est un miel qui cristallise très rapidement et même dans les alvéoles, et d'autant mieux si la ruche a essaimé ou que certaines nuits sont très fraîches. Le mieux est de lever un maximum de rayons, sans attendre que les champs soit redevenus totalement verts.

Attention aussi de ne pas laisser ce miel dans le maturateur plus que quelques jours et dans une pièce chaude, car vous risqueriez de retrouver une grande masse parfaitement cristallisée, homogène et bien dure.

Enfin extrayez complètement ces cadres de colza afin qu'ils ne contaminent pas d'autres récoltes. Le risque est très grand que les traces de miel de colza ensemencent les autres récoltes, l'acacia par exemple.

Au revoir, bonne récolte et rendez-vous en juillet-aôut à quelques semaines du congrès de Bourges prévu les 4 - 5 et 6 octobre.

F. Anchling 

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