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Aethina tumida, le petit scarabée de la ruche
NSW Agriculture (Australie)

Ne joue-t-on pas avec le feu ? (2003)
Par 
Par Jean Menier Muséum d'Histoire Naturelle à Paris & Claude Bertrand, Assistant Sanitaire dans l'Yonne

Originaire d'Afrique du Sud où il ne paraît pas avoir été un ennemi des ruches, Aethina tumida, un petit coléoptère ravageur du couvain d'abeilles vient d'être découvert en Australie.

Il avait été signalé auparavant aux États-Unis, en Floride, à la fin mai 1998.

Nous subissons tous les problèmes dus à Varroa destructor, originaire d'Asie (trouvé en France en 1982), qui a aujourd'hui conquis le monde ! La Nouvelle-Zélande a été jusqu'en 2000 le dernier bastion (parce qu'insulaire), ayant échappé à cette plaie. Il est vraisemblable qu'un apiculteur amateur de souches exotiques a importé clandestinement des reines ou des paquets d'abeilles sans contrôle sanitaire dans un pays qui ne rigole pourtant pas sur ces sujets…

Va-t-on avoir le même problème avec Aethina tumida ?

Première constatation : parti d'Afrique du Sud, cet insecte se trouve aujourd'hui aux États-Unis et en Australie.

Seconde constatation : on trouve dans les revues apicoles des publicités vantant les mérites des reines américaines ou des paquets d'abeilles australiennes (voir les derniers numéros de vos revues préférées françaises ou autres).

Le problème n'est pas nouveau, mais je crois qu'il est réellement temps maintenant d'être sérieux et que les apiculteurs français se contentent enfin de notre petite abeille noire, celle qui existait dans nos régions bien avant que nos ancêtres ne s'y installent. Cette petite noire est parfaitement adaptée à notre climat et, j'en suis certain, s'adaptera aux prochaines modifications du climat que nous promet le réchauffement de la biosphère.

N'oublions pas non plus le risque qu'il y a en important des reines américaines d'apporter sur notre territoire des reines porteuses des gènes de l'africanized honey-bee, l'abeille africanisée, l'abeille tueuse, celle qui tue des hommes, des femmes, des enfants, des animaux de compagnie, du bétail… en nombre un peu plus important chaque année et qui se déplace un peu plus tous les jours vers le nord des États-Unis, en longeant les côtes pacifiques et atlantiques. Elle aussi saura s'adapter à notre climat si l'occasion lui en est donnée…

Et là, on ne va plus rigoler. Pire que la vache folle : il faudra établir un périmètre sanitaire et détruire la totalité des ruchers dans un rayon d'au moins cinquante kilomètres dès que l'un d'eux aura été reconnu porteur des gènes africanisés.

aethina tumida 5

La menace se précise - Le petit scarabée de la ruche vient d'être découvert en Australie

Déclaration du Ministre australien en charge de l'apiculture :

Dans ces conditions c'en est fini de l'apiculture en Europe. Les abeilles africanisées seront les plus fortes car elles sont les plus agressives. C'est vrai qu'elles n'auront sans doute pas beaucoup de varroas, mais ça ne justifie pas…

Ces affaires sont d'autant plus stupides que les abeilles domestiques dites américaines ne sont que des descendantes des abeilles européennes importées par les immigrants il y a quelques siècles déjà. Il faut en effet se rappeler que l'abeille mellifère n'existait pas sur le continent américain avant la colonisation.

La situation est exactement la même en ce qui concerne l'Australie dont les abeilles sont, elles aussi, originaires d'Europe.

Alors, est-il vraiment nécessaire de réimporter ce qui vient de chez nous ?

Pourquoi ces abeilles seraient-elles meilleures que les nôtres ? Parce qu'elles sont américaines… comme les doryphores, le phylloxera, ou le coléoptère Diabrotica virgifera(1), la chrysomèle des racines de maïs ?… ou australienne, comme la cochenille Icerya purchasi qui a failli détruire toutes les cultures d'agrumes aux États-Unis à la fin XIXe siècle ?

J'aimerais aussi que les revues prennent réellement conscience de ces problèmes et qu'elles soient assez raisonnables pour refuser toute publicité pour ces annonces de reines américaines ou australiennes. Cela représente bien sûr une perte de rentrées financières. Mais sans doute moins que lorsqu'il n'y aura plus d'apiculture dans notre pays et que les revues disparaîtront en même temps.

Sans rentrer dans un schéma guerrier, je suis persuadé qu'il faut faire l'union sacrée et bannir toute importation d'abeilles de ces deux pays, qui sont eux aussi victimes d'un mercantilisme exacerbé, pour un rendement économique qui n'est absolument pas prouvé.

On joue avec le feu, on joue aux apprentis sorciers. Rappelons-nous de l'introduction de quelques couples du lapin de garenne européen en Australie par les colons anglais simplement pour aller à la chasse. Puis les lapins ont proliféré. On a alors introduit des renards… européens… qui ont fait disparaître une partie de la faune indigène… mais pas les lapins ! Alors on chasse le lapin et le renard… comme en Angleterre. Puis on a introduit le virus de la myxomatose… qui, d'origine européenne, nous est revenu rapidement… et qui a fait disparaître les lapins de garenne en Europe !… mais pas en Australie où ont été installés des milliers de kilomètres de grillage pour se protéger des lapins. Le problème est insoluble.

Alors ? Que fait-on chez nous ? On se risque avec des arguments - les reines australiennes ou américaines sont meilleures ! - qui ne sont pas vraiment défendables, à introduire un nouveau parasite des abeilles ?

Plus grave encore. Il y a un risque réel de voir disparaître tout simplement nos abeilles et tout ce qui en découle. En disant ceci, je pense non seulement au miel et autres produits de nos ruches, mais aussi au besoin qu'ont des dizaines d'espèces végétales d'intérêt économique d'être pollinisées par des abeilles.

De la famille des Nitidulidae, le petit scarabée de la ruche (Aethina tumida) est un parasite destructif des colonies d'abeilles causant des dommages importants. Il a été décrit pour la première fois en 1940 par A. E. Lundie (Afrique du Sud).

L'adulte est brun foncé à noir, mesure environ 5,7 mm de long sur 3,2 mm de large (environ un tiers de la taille de l'abeille). Il peut vivre jusqu'à six mois.

Le coléoptère est couvert de poils fins, particulièrement sur les pattes. On l'identifie sans aucun doute par les ampoules situées sur l'extrémité de ses antennes. Les larves sont de petits vers couleur crème, avec trois séries de pattes juste derrière la tête. Elles sont sensiblement plus petites que les larves de la teigne (on peut donc les confondre). Ces larves mangeront tout dans la ruche sauf les structures en bois ou en plastique. En outre, en creusant des tunnels dans le rayon, elles tuent le couvain d'abeilles.

On le trouve partout dans la ruche. Les femelles pondent des œufs nacrés blancs en masses irrégulières qui seront matures en 10 à 16 jours. Les larves se nourrissent de pollen, de miel et de larves d'abeilles (pour les protéines) endommageant les rayons. Les nymphes quittent la ruche et s'enfouissent dans la terre près de la ruche. La nymphose dure environ 3 à 4 semaines. Les nouveaux adultes réintègrent la ruche et les femelles commencent à pondre environ une semaine après leur naissance. 4 à 5 générations par an sont possibles.

Le coléoptère se déplace rapidement. Il préfère les parties sombres de la ruche. Il peut voler jusqu'à 5 km. Il est possible qu'il suive les essaims d'abeilles. Les abeilles en paquets sont un bon vecteur de sa propagation.

Ce coléoptère préfère les colonies d'abeilles, mais quand cette source de nourriture est rare, il s'alimentera et accomplira son cycle de vie sur certains fruits (avocat, pamplemousse, banane, ananas, raisin, mangue). Cependant il peut survivre des jours sans nourriture.

Il ne faut pas oublier que sans abeilles il n'y a pas de pommes, pas d'amandes, pas de myrtilles, pas de cerises, pas de kiwis, pas de… pas de… pas de… !

Il n'y plus de vie.
Jean Menier & Claude Bertrand

1) Reynaud P. (1997). La chrysomèle des racines du maïs. Un nouveau ravageur introduit en Europe. Phytoma - La Défense des Végétaux no 135, pp 9-11 (La lutte contre Diabrotica est obligatoire sur tout le territoire national depuis la parution de l'arrêté du 22 août 2002 au Journal Officiel no 198 du 22 août 2002, page 14097) et les règlements mis en place sont très contraignants).