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Guimauve : Althæa officinalis

Les Malvacées (2002)
Par Claude Monges 
Président d’ASTER - Association Terroir et Ruralité

Grande famille de plantes, allant de la petite annuelle à l’arbre de grande taille, la couleur des fleurs peut varier du plus beau rouge jusqu’au blanc en passant par toute une gamme de mauves et de violets ; la couleur n’est donc pas le point commun à toute la famille qui, par contre, est en général caractérisée par 5 pétales et 5 sépales. Les malvacées sont mal connues, car elles ne comprennent pas de légumes courants parmi leurs proches, comme les solanacées (pommes de terre, poivrons, tomates...) ou les cucurbitacées (courgettes, concombre, courges...). Cette famille de mauvaises herbes a pourtant une grande utilité.

Qui rencontrons-nous le plus souvent ? 

Eh bien, d’abord les Mauves, chefs de file, qui ont bien voulu donner leur nom à une couleur et à cette famille.

La plus commune est la grande mauve (Malva sylvestris). Suivant les régions, nous rencontrons aussi la mauve à petites fleurs (Malva parviflora), la petite mauve (Malva neglecta) et bien d’autres encore. Certaines sont annuelles, bisannuelles ou vivaces ; là encore la famille nous présente de grandes diversités, mais elles ont en commun d’être très visitées par les insectes et en particulier par nos chères petites abeilles ! De plus, les mauves sont comestibles et médicinales, elles sont connues depuis fort longtemps. Les Grecs et les Romains les utilisaient couramment dans leur alimentation et leurs soins.

Essayez un jour de mettre dans une salade composée quelques fleurs de mauve. En plus de la petite note de couleur sympathique, elle vous apportera un petit plus gustatif.

Ensuite les Althæas : la première, tout le monde connaît son nom la guimauve (Althæa officinalis) grâce au fameux bâton de guimauve qui, il y a bien longtemps, aidait les bébés à faire leurs dents. Je ne cite pas le bâton de guimauve tout mou vendu il y a encore quelques années et qui n’avait de guimauve que le nom, mais de son origine, c’est-à-dire la racine de guimauve épluchée que les mamans donnaient aux bébés lors des inflammations dues à la sortie des dents. En effet la racine est anti-inflammatoire et calmante ! N’oublions pas les tisanes de nos grands-mères, elles mettaient toujours quelques fleurs de guimauve, car la guimauve fait partie des fleurs pectorales ! 

Avez-vous vu une plante de guimauve en fleur ? Eh bien, une abeille par fleur ! Oui…! Et beaucoup de fleurs ! Honnêtement je ne pense pas que ce soit pour aider les larves à faire leurs dents ! Non, les Malvacées fournissent presque toutes pollen et nectar en grande quantité et grâce à cela elles s’attirent beaucoup d’amis !

Etudions maintenant la grande sœur de la guimauve, la rose trémière (Althæa rosea) qui nous fait l’honneur de la première page de la revue. En effet, outre les bienfaits des autres malvacées, la rose trémière est une très grande pourvoyeuse de pollen, très visitée par les
abeilles, mais aussi par la grosse abeille charpentière (
Xylocopa violacea) qui rentre dans la fleur avec sa belle couleur bleu noir et en ressort enfarinée, comme un Pierrot un jour de carnaval !

   

La rose trémière (3 mètres dans de bonnes conditions), vivace, très rustique, résiste bien à la sécheresse ; elle se contente souvent en Provence des pluies de printemps, et malgré cela, elle produit des fleurs très décoratives et nourricières pour les insectes. Semez donc des trémières dans vos jardins et près des ruchers, vous régalerez vos yeux et vos abeilles ! 

Cousins de la famille, les Lavatères, ici nous ne parlerons que des plus célèbres : en premier le Coton, (Gossypium herbaceum et G. arboreum) dont les fibres nous ha- billent très souvent et dont les graines fournissent une huile utilisée dans l’industrie cosmétique et pour l’alimentation animale

     

.Pour la petite note d’exotisme citons, les hibiscus : l’hibiscus rose de chine (Hibiscus rosa sinensis), arbre qui peut mesurer jusqu’à 30 mètres dans certains pays et la Ketmie ou injustement appelé par les jardiniers Althéa (Hibiscus syriacus), magnifique buisson vivace à fleurs pouvant aller du rouge vif au blanc en passant par toute la gamme des violets, et qui fleurit dans beaucoup de nos jardins du mois d’août au mois de septembre (le rouge vif est l’emblème de l’île de Rhodes, en Grèce, célèbre pour son colosse disparu).

Nous trouverons aussi dans certains pays d’Afrique et d’Asie une boisson aux noms divers, thé rose, carcadé, bissap... qui est, elle aussi faite avec des hibiscus (Hibiscus sabdariffa entre autres) très proche du précédent. Cette boisson acidulée a bien entendu des propriétés médicinales. De plus son fruit permet la confection de délicieuses gelées.

N’oublions pas les gombos (Hibiscus esculentus) dont les fruits immatures à l’aspect de boutons de fleurs sont utilisés comme légumes dans certains pays notamment en Afrique et en Asie... 

 

Ainsi, la prochaine fois que vous rencontrerez la modeste mauve, regardez-la en imaginant ses cousins asiatiques, Africains, océaniens, et pensez que dans certains pays la fleur d’hibiscus, comme la fleur de tiaré (encore une malvacée Ardenia tahitensis les Tahitiens tirent le monoï) sert aussi de messager quand elle est portée à l’oreille.

Mais il ne faut pas se tromper de côté... droite ou gauche... le résultat n’est pas le même! 

Voilà le survol rapide d’une famille de mauvaises herbes qui peut nous nourrir, nourrir les insectes, nous soigner, nous habiller, nous faire trouver l’âme sœur, et surtout éveiller nos âmes de poètes par leur charme et leur beauté.