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La varroase est toujours présente !
Par P. Polus

Si les espoirs sont grands de trouver des agents pathogènes aux varroas, qui permettraient de réduire naturellement et efficacement la population des varroas dans nos ruches, il n’en reste pas moins qu’à l’heure actuelle nous devons rester très vigilants et traiter toutes nos colonies, aux bons moments et avec une technique ayant fait ses preuves. Le laxisme, l’usage de méthodes quelque peu fantaisistes, une efficacité insuffisante coutent la vie, chaque année, à de trop nombreuses colonies.

Voici une étude, par ordinateur, du potentiel de développement d’une population de varroas sur une année et de l’efficacité des traitements appliqués à des moments opportuns. L’introduction des formules de calcul dans l’ordinateur est due à André Lecrenier (Durbuy – Belgique), les graphiques et les commentaires sont de l’auteur de l’article.

Dans cette étude, il a été tenu compte d’un maximum de paramètres pouvant influencer le développement de la population des varroas dans une colonie, mais il ne nous a pas été possible de tenir compte de tous les facteurs conduisant un certain nombre de femelles à ne pas se reproduire.

La vie d’une femelle varroa

     

Sortent d’une cellule d’ouvrière, la femelle pondeuse, une jeune femelle fécondée et une jeune femelle vierge. 40 % des femelles vierges entreront dans une cellule en voie d’operculation, pondront un œuf donnant un mâle. Celui-ci fécondera sa mère qui pondra alors des œufs donnant des femelles. Sortent d’une cellule de faux-bourdon, la femelle pondeuse, deux jeunes femelles fécondées et une femelle vierge.      

   

On estime à 1,4 le cœfficient de développement du varroa dans le couvain d’ouvrière et à 2,4 s’il s’agit du couvain de mâle. 20 % des varroas seront capables de pondre une deuxième fois.

Il faut toutefois remarquer que le couvain de mâle apparaît plus tard que celui d’ouvrière (dans cette étude, au 1er avril) et devient plus réduit plus tôt (ici, début août).

En supposant qu’une femelle pondeuse donne 10 descendants sur une année, il faudra en détruire 9 soit 9/10 ou 90 % pour retrouver, en début de saison, un nombre identique de varroas dans une colonie.

Potentiel de développement du varroa
Nous prenons comme population de départ 15 femelles commençant leur cycle de ponte à un jour d’intervalle.

Il s’agit d’un potentiel de reproduction, c'est-à-dire de la population théorique que donneraient ces 15 femelles de départ, si tous les descendants avaient une vie et une reproduction normale. Le nombre réel est heureusement moins élevé, mais suffisamment important que pour devenir rapidement une charge insupportable pour une colonie.

Chaque graphique reprend le nombre de varroas sur les abeilles, le nombre de varroas dans le couvain et la mortalité.

Ces deux graphiques montrent bien qu’une population de varroas peut devenir rapidement insupportable pour une colonie. On constate également que l’infestation prend des proportions énormes à partir de juillet. A cette époque de la saison apicole, il est indispensable d’appliquer un traitement réduisant le plus possible la population des varroas afin de protéger les abeilles d’hiver qui auront à nourrir, de leur hémolymphe, les varroas présents pendant tout l’hiver.

Remarquons enfin qu’au moment où la population des varroas augmente dangereusement, la population des abeilles diminue, ce qui entraine un surcroit de charge tant pour le couvain que pour les abeilles adultes.

Efficacité des traitements
Les calculs ont été établis sur base de traitements ayant une efficacité de 97 %. Il s’agira de deux types de traitements, traitements de longue durée s’étalant sur plusieurs semaines et traitements ponctuels ayant une efficacité de courte durée (quelques heures).

1. Traitements ponctuels en présence de couvain


On constate que, malgré une réduction importante du nombre de varroas atteints par le traitement, le nombre de varroas présents dans la colonie à la mi-novembre reste beaucoup trop élevé.

Les graphiques 4 et 5 représentent l’application de deux puis de trois traitements ponctuels à 6 jours d’intervalle. Le choix de 6 jours entre les applications est dicté par la nécessité d’atteindre les varroas, protégés de l’application précédente dans les cellules operculées, avant qu’ils ne rentrent dans une cellule pour s’y reproduire.

On constate que le nombre de varroas éliminés par trois traitements ponctuels est considérable, mais malgré tout insuffisant pour s’en satisfaire. L’application d’un quatrième traitement ponctuel n’a aucun effet significatif, le nombre de varroas présents sur les abeilles n’étant plus très élevé 6 jours après les trois traitements.

Première conclusion
L’application de traitements ponctuels en présence de couvain aura un effet limité et demande un travail important puisque trois traitements à 6 jours d’intervalle sont nécessaires pour avoir une efficacité suffisante pour protéger les abeilles d’hiver. Un nouveau traitement en l’absence de couvain sera nécessaire.

2. Traitement longue durée en présence de couvain plus un traitement ponctuel en absence de couvain

Le graphique 6 montre qu’en appliquant une traitement de longue durée pendant un minimum de 25 jours (cycle de développement du couvain de mâle), le nombre de varroas est revenu à son point de départ (une population de 15 varroas). Mais ces varroas survivants vont continuer à se multiplier dans le couvain toujours présent. A l’entrée de l’hiver un traitement ponctuel aura une efficacité largement suffisante pour réduire le nombre de varroas à quelques unités.

3. Deux traitements de longue durée

Le graphique 7 montre le résultat d’un traitement de longue durée, au mois d’août (voir graphique 6), suivi d’un autre traitement également de longue durée au printemps (application au 1er mars). Pour la saison apicole débutante le résultat est satisfaisant. Il faut cependant remarquer que la colonie a passé l’hiver avec un nombre trop important de varroas.

Conclusions générales
Quelles que soient les méthodes utilisées, la lutte contre la varroase passe par deux phases :

  1. Un ou plusieurs traitements de longue durée en présence de couvain pour protéger la colonie d’un nombre trop élevé de varroas nuisant considérablement au couvain et aux abeilles adultes.

  2. Un second traitement, de préférence en l’absence de couvain et le plus tôt possible dans la période hivernale, ce traitement pouvant être un traitement ponctuel.

  3. Les calculs présentés ici ont été établis sur base de traitements ayant une efficacité de 97 %. Il y a donc lieu d’être prudent lorsqu’on fait usage de traitements dont l’efficacité est moindre.

  4. ATTENTION ! Dix traitements espacés détruisant chacun 9,7 % de varroas ne détruiront pas 97 % au total.

  5. On ne peut recommencer la saison apicole avec plus de 3 % des varroas de l’année précédente. Ces 3 % ne peuvent dépasser la centaine de varroas. Evidemment il n’est pas possible de compter le nombre de varroas présents dans une colonie en début de saison. Il est impératif de choisir un ou des traitements ayant fait leurs preuves.

  6. Dans le suivi de vos traitements, ce qui compte ce n’est pas le nombre de varroas tués, mais bien le nombre de varroas restants.

  7. Il est important de ne pas utiliser le même produit pour les traitements d’une année. L’usage de produits différents entraîne la destruction des varroas résistants à l’un d’eux.
    P. POLUS

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