Imprimer

SNA
Avec l'aimable autorisation de la revue du SNA - Abonnez-vous à l'Abeille de France

fleurs juin miel 1

Fleurs de juin pour le miel nouveau
par Bruno CARTEL

Nous sommes à l’apogée de la saison apicole qui coïncide avec le solstice d’été. Dans la nature, les fleurs n’attendent que la visite des pollinisateurs, pour échanger un pollen fécondant contre de la nourriture. Voilà le rôle majeur que notre Abeille remplit si bien pour les trois quarts des végétaux. Sans elle, pas de miel, mais surtout pas de fruits. Notre ami débutant plus particulièrement attend aussi cette période, après les longues heures d’observation, de soins attentifs, peut-être doublés des conseils prodigués par la Page des Jeunes de l’Abeille de France…. Il surveille l’état de ses hausses qui, si toutes les conditions sont réunies, lui offriront bientôt une juste récompense. Puisque tous les espoirs sont permis, voyons comment le nectar deviendra miel, comment il sera récolté, extrait, maturé, empoté et conservé.

Du nectar au miel
Lorsque les conditions climatiques sont favorables, les fleurs de certaines espèces génèrent du nectar qui est un liquide sucré, par l’intermédiaire d’appendices appelés nectaires. Ceux-ci peuvent être floraux ou extra-floraux.

A l’examen microscopique de la surface d’un nectaire, on aperçoit des glandes en forme de coupes dans lesquelles perle une goutte de nectar. La composition du nectar n’est pas forcément celle de la sève élaborée et sa richesse en sucres diffère d’une espèce à l’autre. Ceux-ci sont essentiellement du saccharose, du fructose et du glucose dans des proportions également variables suivant les espèces, comme l’indique par exemple le tableau suivant :

Plusieurs facteurs interviennent sur la sécrétion nectarifère que l’apiculteur appelle “miellée” :

Outre la variabilité de la production de nectar, de sa richesse et de sa composition en sucres, l’accessibilité des nectaires peut poser problème à la butineuse. Quand dans certaines plantes, ils sont placés trop profondément dans la corolle, la langue de l’abeille trop courte ne peut atteindre le précieux jus sucré. Heureusement, il arrive que d’autres pollinisateurs perforent de l’extérieur la base de la corolle ; l’abeille peut emprunter ensuite ce passage pour prélever sa part.

On peut observer ce type de partenariat sur la grande Consoude : la fleur n’est butinée par l’abeille qu’après perforation de la corolle par la guêpe ou le bourdon. Grand merci à eux !

Dans le jabot de la butineuse, le nectar subit une première transformation sous l’effet des diastases, invertases, gluco-invertases produites par les glandes hypopharyngiennes de l’abeille. Au retour à la ruche, elle transmet sa charge en cours d’élaboration à une de ses sœurs qui poursuit le processus de transformation du nectar en miel.

En cas de forte miellée, ce passage de jabot à jabot concerne moins d’ouvrières, car un maximum d’entre elles sont occupées aux champs. Par contre, en cas de temps court de miellée, la chaîne des jabots s’allonge et le produit n’en sera que plus élaboré.

L’élimination de l’excès d’eau du nectar en cours de transformation occupe d’abord certaines ouvrières qui successivement ingurgitent et régurgitent la goutte de nectar en l’étalant sous la langue. Cette manœuvre répétée rapidement pendant 15 à 20 minutes, provoque l’évaporation d’une partie de l’eau. Lorsque le pourcentage de celle-ci tombe à environ 40 – 50 % , la goutte est déposée dans une cellule et les ventileuses activent le travail d’évaporation de l’eau excédentaire.

Le produit ne devient miel que lorsque sa teneur en eau passe sous la barre de 18 à 20 %. A partir de ce moment, les ouvrières déposent un opercule de cire imperméable sur la cellule, qui empêchera toute absorption d’eau par le miel. Celui-ci se conserve alors en l’état plusieurs mois sans fermenter, malgré l’atmosphère parfois très humide dans la ruche, en période d’hiver.

Quand récolter ?
Nous l’avons écrit précédemment, le miel est mûr dès que les cellules sont operculées. Par conséquent, nous n’extrairons de la hausse que les cadres dont l’operculation est au moins supérieure à 80 %, afin d’obtenir un miel dont la conservation ne posera pas de problème. Si l’operculation est jugée insuffisante, le plus sage sera de repousser le moment de la récolte. Par ailleurs, avant de prélever, il est prudent de vérifier qu’il reste une dizaine de kilos de provisions dans le corps de ruche. En effet, il est arrivé, le plus souvent en montagne, que des colonies meurent de faim après une récolte printanière, suivie d’un été pourri, froid, pluvieux, sans miellées secondaires pour assurer les besoins des colonies. Dès que le moment est venu, nous choisirons une journée de beau temps pour intervenir : pas de vent, pas d’orage.

A quel moment de la journée opérer ?
Tôt le matin, les ouvrières sont toutes dans la ruche et, au calme apparent, peut succéder un désordre provoqué par une récolte et il peut y avoir risque pour qui circule dans l’environnement proche.

En fin d’après-midi, les ouvrières sont moins nombreuses dans la ruche, mais l’activité est bien visible. C’est probablement le meilleur moment pour récolter car la période de désordre sera plus courte : l’ordre et la tranquillité reviendront dans la nuit. De plus, l’idéal est d’organiser l’extraction des cadres dans la foulée, pendant que le miel est encore chaud : il coule bien, se filtre aisément et se décante bien mieux s’il a été transvasé tiède dans le maturateur.

Enfin, il faut préconiser la prudence pour ceux qui posent des ruches à proximité de champs de colza : ils doivent surveiller la floraison. Dès que le jaune de la fleur vire au brun, il faut récolter et extraire sans attendre : en effet, le miel de colza, riche en glucose, cristallise rapidement. Autre production à surveiller, celle issue de ruches placées à proximité de forêts de mélèzes. En cas de production de miellat de cette essence, il y a une grande probabilité que ce miel contienne une bonne proportion de mélézitose. Alors, l’extraction est urgente et risque fort de poser problème : ce miel visqueux de couleur blanche refuse bien souvent de sortir des alvéoles. Si l’on augmente la vitesse d’extraction, les cadres se disloquent sous l’effet de la force centrifuge. Nos collègues de la Vallée d’Aoste en Italie connaissent bien ce problème et préconisent de déplacer les ruches dès les premiers symptômes de manne de mélèze. On le vérifie surtout par la constatation d’une prise de poids très rapide des ruches. Elle ravit d’abord l’apiculteur mais celui-ci déchante ensuite devant une pile de hausses impossibles à extraire.

Préparer la récolte
Si l’opération de récolte couronne l’année apicole, elle se révèle parfois piquante. Aussi, l’apiculteur et plus particulièrement le débutant, doit la préparer dans les moindres détails. Loin de nous faire perdre du temps, l’inventaire du matériel à rassembler nous en fera gagner : l’enfumoir avec son carburant, la balayette à poil doux, le lève-cadres, une hausse vide fermée ou une caisse à cadres, un seau, de l’eau tiède, une éponge…

Nous n’oublierons pas le vêtement de protection qui doit rester constamment prêt à être utilisé pour braver une éventuelle rebuffade d’une ruche à qui on prélève le fruit de son travail. Pour ceux qui peuvent utiliser le chasse-abeilles, il faut en prévoir 2 ou 4 pour équiper 1 ou 2 couvre-cadres. Enfin, les adeptes des répulsifs doivent faire le choix du bon produit ou du moins mauvais comme le Benzaldehyde qui, de toutes façons, doit être utilisé avec précaution : introduire de la « chimie » dans la ruche peut laisser des traces.

La première récolte
Il existe au moins 4 méthodes pour récolter : par brossage, avec l’utilisation du chasse-abeilles, avec un répulsif et enfin avec un souffleur à abeilles. Voyons comment procéder pour chacune d’entre elles.

Le lendemain, la hausse est vide d’abeilles et le prélèvement s’opère comme dans le premier cas, mais sans abeilles. Il arrive parfois à l’ouverture de la ruche que les abeilles soient encore présentes.

Il y a deux raisons possibles à cela :

  1. La reine était encore dans la hausse et elle est restée bloquée avec bon nombre d’abeilles. Il faut alors enlever le couvre-cadres chasse-abeilles et repousser la reine et ses filles dans le corps de ruche.
  2. Le couvre-cadres chasse-abeilles était posé sens dessus dessous !

Dans les deux cas, on le replace après avoir vérifié qu’il n’y a pas de couvain dans la hausse, mais le prélèvement est à reporter de 24 heures.

Deux répulsifs existent dans le commerce apicole.

La méthode consiste à imprégner un couvre-cadres d’une pièce, sur lequel on fixe une toile de jute sur l’une de ses faces (l’isorel mou convient bien aussi). Au moment de prélever, on répartit quelques gouttes du produit sur la face absorbante (isorel mou ou toile de jute) du couvre-cadres, que l’on applique sur la hausse découverte. En quelques minutes, les abeilles désertent la hausse et rejoignent le corps de ruche. On enlève alors le couvre-cadres équipé et on le dépose sans attendre sur la ruche suivante préalablement découverte. On dispose alors de quelques minutes de tranquillité pour prélever les cadres operculés avant que les ouvrières ne remontent en hausse. Attention toutefois : si l’on imprègne trop le couvre-cadres ou s’il reste trop longtemps sur la hausse, les abeilles peuvent quitter la ruche jusqu’à former la barbe à l’extérieur.

Par ailleurs, l’odeur du produit peut se transmettre au miel… Dans tous les cas, il ne faut jamais qu’il y ait contact entre la matière imprégnée (toile ou isorel mou) et la barrette supérieure des cadres. Ceux-ci risqueraient de conserver l’odeur répulsive. Prudence et encore prudence de la part de celui qui serait tenté par l’utilisation de répulsifs.

Doubler la hausse
Lorsqu’une hausse est remplie, il n’est pas obligatoire de l’extraire immédiatement (sauf s’il y a risque de cristallisation rapide). On peut poser une deuxième hausse au choix sur ou sous la première, mais, autant faire simple et la poser dessus. C’est plus rapide, moins fatigant, surtout si l’on travaille seul. De plus, cela permet de vérifier régulièrement si, par chance, la seconde se remplit

La miellerie
Si tous les apiculteurs ne possèdent pas de miellerie, il est impératif que tous extraient dans un local propre, sec, ventilé, avec une source d’eau chaude et protégé des pillardes. Le mieux serait de posséder également une source de chaleur pour maintenir les hausses à désoperculer à une bonne température, 20 – 25°, ainsi qu’un déshumidificateur, pour le cas où les cadres seraient insuffisamment operculés. Le débutant doit penser à s’équiper en matériel, neuf ou d’occasion, toujours en acier inoxydable, tant pour le bac à désoperculer, que pour l’extracteur, les filtres, le maturateur ….
Un couteau électrique avec thermostat remplace avantageusement l’ancien couteau que l’on trempait dans l’eau chaude ! les seaux par contre peuvent être en plastique de type alimentaire, dont l’utilisation sera multiple.
La qualité des matériels utilisés et l’état de propreté des lieux influent sur le produit final, le miel, qui est une production noble. L’apiculteur en est responsable et tout manquement aux règles d’hygiène peut lui être reproché, si son miel est cédé ou commercialisé.

L’extraction
Comme suggéré plus haut, l’idéal est d’extraire les cadres quand ils sont encore tièdes. Le miel sortira, se filtrera plus facilement. A l’aide du couteau électrique, on désopercule les deux faces d’un cadre (sans caraméliser) au-dessus d’un bac. On place, au fur et à mesure, les cadres désoperculés dans l’extracteur. Il est judicieux d’équilibrer la charge, si l’on veut éviter un balourd dangereux pour l’axe de l’extracteur.
A la sortie de l’extracteur, le miel passe par une double filtration : la première élimine les grosses impuretés, telles que bois, cire, abeilles mortes… La deuxième retient les plus fines. Le miel est ensuite versé dans le maturateur, lequel est recouvert d’un tamis et d’un couvercle.

La maturation et empotage
Dans le maturateur, le miel se repose, décante. Les parties légères, indésirables –microbulles d’air, particules de cire- montent en surface et forment une écume que l’on peut enlever, si la miellerie est parfaitement sèche. Si ce n’était pas le cas, ce film protecteur pourrait être un isolant de l’humidité. Le miel est hygroscopique : il absorbe l’humidité de l’air. Et, plus un miel est riche en eau, moins bien il se conserve. Durant la phase de maturation, pendant laquelle le miel doit rester liquide (à surveiller, sous peine d’une cristallisation rapide interdisant le soutirage), il s’opère des mouvements dans la masse : le miel plus dense coule tandis que le miel moins dense monte en surface.

Nous tiendrons compte de cette « séparation » au moment de l’empotage. La première moitié soutirée du maturateur sera stockée pour une plus longue conservation, alors que la seconde moitié sera à consommer en priorité. Au bout d’une quinzaine de jours (moins pour le miel de colza qui cristallise rapidement, car riche en glucose et que l’on surveillera comme le lait sur le feu), on peut mettre en pots ou en bidons. Sur les pots destinés à être cédés ou vendus, figureront :

Cette date s’exprime en jours, mois et année. La période est laissée à l’appréciation de l’apiculteur : nous lui suggérons deux ans, à partir de la date d’empotage.

Le stockage 
Les pots ou seaux seront stockés dans un local à l’abri des U.V. (pour les pots transparents), de l’humidité et de la chaleur. La température idéale de conservation est de 14/16°, mais c’est aussi celle favorable à une cristallisation rapide… A plus haute température, la cristallisation est ralentie, mais le processus de vieillissement accéléré… De deux maux, choisissons le moindre, avec un seul objectif : récolter, conditionner, proposer un produit d’excellente qualité.

L’hiver a été long, fortement enneigé en altitude et logiquement, la végétation a pris du retard. Pour elle, pas de problème : le rattrapage est naturel et la floraison de juin et sa miellée ne devraient pas être significativement retardées. Par contre et pour les mêmes raisons, les colonies ont aussi pris du retard à la sortie de l’hiver et celui-ci ne se rattrape pas : quelles que soient les conditions climatiques et supplications de l’apiculteur, il faut toujours 42 jours pour faire une butineuse. Espérons que le décalage prévisible –du nectar dans les corolles mais moins de butineuses pour le rapporter à la ruche – n’ait pas d’incidence notable sur la récolte.

« L’esprit de la ruche » fera en sorte de rétablir ce déséquilibre en réorganisant peut-être le travail intérieur des ouvrières. Laissons-les faire…
Bruno CARTEL