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Devoirs de vacances
Par F. Anchling

C'est la fin de l'année scolaire studieuse et appliquée ; nos enfants sont en vacances. L'on pourrait presque croire qu'il en est de même pour nos protégées qui ont atteint l'apogée de leur croissance saisonnière. Ainsi les mois de juillet et surtout d'août marquent une rupture de plus en plus évidente avec ce que nous avons connu tout au long du printemps. Il y a arrêt du développement et de l'expansion continue des colonies, rupture de l'idylle avec les faux bourdons, modification de l'humeur de nos protégées, le varroa que l'on avait presque oublié réaffirme avec force sa présence et même les miels récoltés deviennent plus sombres et prennent des couleurs d'automne ou alors refusent de se laisser extraire au désespoir de l'apiculteur.

L'on prétend que c'est pour laisser son nom à la postérité que Caius Julius César, qui en 46 avant Jésus Christ promulgua le calendrier annuel romain avec 365 jours, donna le nom de Julius (juillet) au mois le plus chaud de l'année. Effectivement c'est très souvent juillet qui totalise le plus grand nombre d'heures d'ensoleillement, avec de longues périodes en début et fin de mois. Sauf si, comme le prétend un vieux dicton populaire : "si juillet commence sous la pluie, jusqu'en août on verra la pluie".

Traditionnellement, au nord de la Loire, juillet était autrefois le mois de la fenaison, mais avec les fauches répétées d'herbe verte destinée à l'ensilage, plus aucune prairie n'est exploitable par nos abeilles. Les quelques herbes ou fleurs qui ne sont pas détruites par fauchage ou désherbage disparaissent progressivement car les plantes se transforment en récolte ou semence.

Après la floraison des tilleuls, les grandes plaines agricoles qui faisaient les miellées d'antan sont devenues stériles ; c'est pourquoi beaucoup d'apiculteurs transhument à la recherche d'autres floraisons, sur des cultures d'arrière saison (trèfle, luzerne), en montagne ou en forêt à la recherche de miellats qui peuvent être abondants si les pucerons sont au rendez-vous.

Après la floraison des tilleuls, les grandes plaines agricoles qui faisaient les miellées d'antan sont devenues stériles ; c'est pourquoi beaucoup d'apiculteurs transhument à la recherche d'autres floraisons, sur des cultures d'arrière saison (trèfle, luzerne), en montagne ou en forêt à la recherche de miellats qui peuvent être abondants si les pucerons sont au rendez-vous.

La transhumance
Depuis que les premiers chasseurs d'abeilles rapportaient chez eux les troncs d'arbres habités par une colonie, on sait que l'on peut transporter les abeilles. Des écrits anciens nous rapportent qu'autour de la Méditerranée, la transhumance était une pratique courante, à dos d'âne, de chameau, ou par bateau. Au début du vingtième siècle, elle s'est beaucoup développée grâce au chemin de fer et maintenant - rentabilité oblige - des ensembles autoroutiers équipés de grue ou de hayon favorisent une transhumance sur de grandes distances. La récolte du miel de bruyère (c'est un miel très recherché par certains consommateurs) a depuis toujours été l'apanage des transhumants. Le développement des grandes exploitations fruitières et l'obligation d'en assurer la pollinisation pour un rendement correct a conduit beaucoup d'apiculteurs à pratiquer des transhumances. Il ne faut donc pas s'étonner que l'apiculteur d'aujourd'hui pratique une transhumance sans frontières.

Pourquoi transhumer ?
Les miels de printemps se caractérisent par une relative unité et une grande simplicité dans leur composition : colza, fruitiers, acacia. Les miels d'été par contre, sont beaucoup plus variés et ont un spectre pollinique généreux et complexe. C'est en été que l'on récolte les meilleurs miels « toutes fleurs » ainsi qu'une très grande palette de miels de crû bien typés : des miels de nectar (tilleul, trèfle, châtaignier, lavande, bruyère etc.) et aussi des miellats (forêt, sapin).

On transhume pour profiter d'une autre miellée, ce qui permet un meilleur développement de la colonie ; mais aussi pour récolter des crûs
spécifiques, que le sédentaire ne pourrait proposer.

Le miel de montagne, très recherché par le consommateur, récolté conformément au décret du 15 décembre 2000 et dans les conditions définies par le règlement technique national du 16 janvier 2006 procure une plus value non négligeable aux apiculteurs transhumants.

C'est pourquoi chaque apiculteur, même le jeune apiculteur ne doit pas craindre de transhumer, et doit au contraire s'en faire un plaisir, c'est une expérience enrichissante.

Un proverbe Espagnol ne dit-il pas : "l'essence est la meilleure nourriture de mes abeilles". C'est ainsi que la littérature apicole fourmille d'histoires croustillantes et d'aventures survenues à des transhumants.

S'équiper pour transhumer
Pour que transhumer ne soit pas frustrant pour l'apiculteur il y a quelques règles simples à observer : ainsi, avoir des caisses étanches et en bon état est de toute évidence de première nécessité, avec possibilité d'aération par le bas (avec les planchers grillagés il n'y a plus de problème), un couvre cadre grillagé, un trou de vol que l'on puisse obturer efficacement, de façon à éviter que celui qui nous aide ne s'affole pas s'il aperçoit une abeille et laisse tout tomber. Le tout est ceinturé efficacement avec une sangle en bon état, à maniement aisé les yeux fermés ou dans le noir.


L'achat d'une remorque n'est pas indispensable, il est possible de trouver chez un loueur une remorque adaptée au transport envisagé. Par contre une torche est indispensable pour y voir clair en cas d'incident. Si l'on recouvre la lampe d'un chiffon rouge ou orange, on peut travailler en présence des abeilles sans être agressé.

Naturellement des habits de protection efficaces, surtout pour l'accompagnateur s'il est novice, un enfumoir bien garni, une bombe de Faby Spray, un rouleau de scotch de peintre pour calfeutrer les fissures, la caisse à outils de l'apiculteur, un pulvérisateur d'eau rempli, etc... feront partie de l'équipement.

Faire les choses dans l'ordre
Les abeilles ne peuvent être transportées qu'avec un certificat sanitaire correctement renseigné par la personne compétente pour le délivrer (spécialiste apicole ou autres). Le responsable sanitaire signale si le lieu de transhumance est indemne de maladies contagieuses et éventuellement les précautions à prendre. Les colonies doivent être contrôlées en détail avant le départ ; il faut donc s'y prendre suffisamment tôt pour éviter tout retard.

L'hiver et le printemps laissent suffisamment de loisirs pour rechercher un emplacement approprié à proximité de la miellée que l'on souhaite exploiter. Il faut rechercher un particulier qui autorise le stationnement des ruches sur son terrain, ou traiter avec l'ONF moyennant paiement. Selon l'altitude et la situation du terrain, il y a lieu de négocier à l'avance les conditions de stationnement : paiement en miel ou en monnaie trébuchante, ou à l'inverse est-il possible de demander une indemnité de pollinisation. C'est une activité devenue très courante et rémunératrice. La presse s'est faite l'écho ce printemps des déboires des producteurs d'amandes des USA, obligés de rechercher très loin des apiculteurs disponibles et d'en acquitter le prix.

             

Quelquefois un choix difficile - Attention Mélézitose
L'emplacement choisi sera soigneusement préparé : fauchage de l'herbe, mise en place des supports. Si possible choisir des situations abritées du vent, le trou de vol dirigé vers le sud-est en prenant soin que les ruches soient à l'ombre de 12 à 17 heures, car les abeilles occupées à rafraîchir leur habitation ne récolteront rien. En montagne, il faudra rechercher le pied des pentes ; les abeilles s'élèveront à la recherche des sources de nectar et descendront sans effort chargées de leur précieuse cargaison pour rejoindre leur logement.

Quelques jours avant le départ, les populations seront préparées : les hausses seront vidées de leur miel, les cadres biens léchés ; il serait dommage de mélanger un reste de miel de colza qui cristallise avec un miel de forêt qui reste liquide. Une bonne réserve de pollen et de miel est indispensable dans le corps de ruche, avec beaucoup de jeunes abeilles. Il peut être nécessaire de renforcer la population des ruches destinées à la transhumance en leur donnant quelques poignées d'abeilles empruntées aux colonies non associées à la transhumance.

Si autrefois ce miel provenait des forêts de mélèze d'où son appellation, aujourd'hui, de plus en plus souvent on en récolte un peu partout dans les forêts de pins ou d'épicéas et c'est un paradoxe, car cette production est toujours exceptionnellement abondante ; une augmentation du poids des ruches de 5, 6 et même 10 kilos par jour n'est pas exceptionnelle. On a constaté que lorsque cette miellée a lieu, même par temps de pluie, les colonies construisent dans des proportions inconnues, conjuguées à un très grand développement du nid à couvain.

L'apparition occasionnelle de mélézitose est un challenge pour l'apiculteur, car ce miel ne se laisse pas extraire facilement et de plus il est impropre à la consommation hivernale des abeilles. Le mélézitose se présente sous plusieurs aspects, variables d'une colonie à l'autre et dans une colonie d'un cadre à l'autre : il peut avoir la consistance d'une gelée ou celle d'un béton. Il n'y a pour l'heure aucune méthode scientifique d'extraction, mais uniquement des compromis pour l'exploiter au maximum.

C'est pourquoi dans les jours qui précèdent le déplacement dans une zone où sont implantés épicéas et pins, l'apiculteur aura intérêt à vérifier la présence de colonies de pucerons installés sur les troncs ou sur les grosses branches de ces arbres. Ce sont des Cinara et leur présence en grand nombre s'accompagne d'un risque de mélézitose.

Le déplacement
La veille du départ, les grilles de ventilation sont mises en place et les ruches sanglées. Le matin, avant le départ, et pas avant, quand aucune abeille ne vole, on ferme le trou de vol avec la grille ad hoc ou avec un morceau de mousse, on découvre la grille de ventilation supérieure et l'on asperge avec de l'eau fraîche le dessus des cadres. Cela permet aux abeilles de se désaltérer, de rafraîchir la température intérieure de la ruche et de maintenir dans le calme un peuple excité par le déplacement. Les ruches et le matériel nécessaire pour l'installation sont chargés et bien calés. Il est important de veiller à ce que les orifices de ventilation ne soient pas obstrués et que de l'air frais puisse y arriver en permanence.

On se dirige vers l'emplacement retenu, en évitant des arrêts prolongés. Tout a été préparé à l'avance. Si les abeilles sont très excitées, on les douche abondamment avec une pulvérisation d'eau fraîche avant leur mise en place. On enlève les sangles, les couvertures sont mises en place et le certificat de transhumance est collé de façon apparente sur la ruche d'extrémité. Avec une bonne dose de fumée et une protection efficace, on passe de peuple en peuple pour ouvrir très rapidement les trous de vol. Si l'on a la chance d'intervenir alors qu'il fait encore sombre, les abeilles ont à peine le temps de se montrer agressives. Si par contre, il fait jour et déjà chaud il y a intérêt à se mettre très vite à l'abri de ces furies. Quelques dizaines de minutes plus tard, tout est redevenu calme et il faut absolument contrôler que tout se passe normalement ; qu'il n'y a aucun problème.

Quelques conseils en vrac
Il est important de ne pas intervenir dans les colonies dans les trois derniers jours avant le départ, pour que les abeilles aient le temps de coller les cadres de façon à ce qu'aucun déplacement de ceux ci pendant le transport ne vienne les écraser.

Il est recommandé de laisser une colonie à l'emplacement du rucher ; si l'une ou l'autre abeille a manqué le départ, elle pourra mendier son acceptation dans cette colonie.

Les meilleurs emplacements de transhumance permettent d'exploiter plusieurs miellées successives (par exemple : tilleul, châtaignier, sapin ou forêt..).

Des arrêts prolongés lors de nuits tièdes sont dangereux pour les fortes colonies avec du miel frais. Elles peuvent étouffer, cela signifie qu'enfermées dans la chaleur elles paniquent, la température de la grappe s'élève jusqu'à faire fondre les rayons qui chargés de miel s'effondrent et ensevelissent les abeilles qui meurent étouffées.

La fraîcheur des jours de pluie ou de la nuit est favorable à la transhumance, mais attention : la température minimum doit être supérieure à 5°.

Le nom du propriétaire fixé au-dessus d'un rucher propre et bien ordonné ne peut que lui ramener des clients.

Les sédentaires
Les abeilles de ceux qui ne recherchent pas d'autre possibilité de miellées savent que maintenant la saison est terminée et que l'essentiel est fait. Bientôt la durée du jour va commencer à décroître et insensiblement, nos peuples s'adaptant au rythme biologique de la nature vont modifier leur comportement. Ce ne sera pas très visible début juillet, car l'activité au trou de vol est encore soutenue, surtout par fortes chaleurs, mais la disparition progressive de nombreuses butineuses usées par le travail et le ralentissement de la ponte amorcent le déclin de nos colonies. Bien sûr, l'activité des butineuses se maintient aussi longtemps qu'il y a encore des miellées à exploiter ou des sources de pollen à visiter, notamment dans les jardins. Cette recherche de pollen est essentielle en arrière saison, car il devient rare et la colonie sait qu'il est absolument nécessaire à la constitution particulièrement adaptée de leurs sœurs qui devront affronter les rigueurs de l'hiver.


Quels sont les signes visibles de ces chang
ements ? Et que faire ?
La fin de l'idylle pour les faux-bourdons

C'est inscrit dans la mémoire des temps. Comme de pauvres mendiants, ils cherchent à revenir au trou de vol, pour trouver la survie d'un jour encore. Mais incapables de butiner la moindre fleur, ils ne vivent qu'avec les réserves de la ruche, ce qui explique leur élimination lorsque la nourriture se fait rare, d'autant plus qu'ils consomment trois fois la ration d'une ouvrière.

Et pourtant, ils étaient les vedettes pendant la saison des noces. Chaque ruche voulait élever le plus grand nombre de ces gros poupons afin d'assurer la survie de la colonie et le prolongement de son caractère. D'une taille imposante à côté de la petite ouvrière, ils se laissaient vivre, volant de ci de là avec une sonorité de contrebasse dans le tourbillon incessant des insectes de toutes sortes. Pendant leur courte vie (90 jours en moyenne), ils ne font rien, se promènent sur les rayons, se nettoient, mangent pour assurer leur maturation sexuelle et exécutent quelques vols de repérage. Ils sortent entre 14 et 17 heures pour se retrouver avec d'autres faux-bourdons en un lieu identique chaque année appelée agrégation de mâles. C'est de là qu'ils s'élancent lorsqu'une jeune reine vierge passe à proximité pour prendre part au plus grand événement de leur vie, la
course à la fécondation de la reine.

Chaque ruche élève en moyenne au cours d'une année entre 2 000 et 6 000 mâles. On a souvent reproché aux faux-bourdons de vivre aux dépends de la ruche, de n'avoir qu'un rôle de reproducteurs en échange de la nourriture fournie par les ouvrières. Des études récentes sur le cheminement du nectar à l'intérieur d'une ruche ont quand même démontré que les mâles prenaient le nectar régurgité par les ouvrières et le distribuaient autour d'eux. En effet, pour se transformer en miel, le nectar doit passer plusieurs fois dans le jabot des ouvrières ; les mâles participent eux aussi eux aussi à l'élimination de cette eau.

L'élimination des faux-bourdons n'est pas en rapport avec les réserves de la ruche. Seule l'absence de miellées provoque cette réaction des ouvrières ; les faux-bourdons ne sont éliminés que lorsque les plantes ne fournissent plus de nectar. Les ouvrières privent alors les mâles de nourriture, les chassent et leur interdisent l'entrée de la ruche allant jusqu'à leur sectionner les nervures de la base des ailes à l'aide de leur mandibule, ou les tuer d'un coup d'aiguillon s'ils se font trop insistants. Les premières sacrifiées sont les larves et les nymphes, puis la chasse aux adultes commencent.

Attention des exceptions sont constatées uniquement dans le cas de ruche orpheline où la présence des mâles est tolérée jusqu'à l'extinction de la colonie elle-même. C'est une indication à ne pas négliger. Cette colonie doit être éliminée par réunions avec une autre colonie. Le remérage est pratiquement impossible car lorsque l'apiculteur découvre cette situation, il n'y a plus les jeunes larves qui permettraient de sauver la colonie.

L'arrêt des constructions
Plus ou moins rapidement selon le lieu où la température, la construction des rayons va s'arrêter. La production de cire se limitera strictement aux besoins immédiats de la colonie et à l'operculation des cadres de miel. Nous devrons donc retirer les rayons non construits en totalité pour éviter l'encombrement de la ruche par des volumes inutilisés.


Il convient alors de récolter les derniers miels encore présents dans les hausses avant que toutes les sources de nectar ne soient taries. Il faudra profiter d'une journée calme, pour enlever tous les cadres et les hausses (le travail est grandement facilité si l'on intercale un chasse abeilles) pour faire lécher les cadres inutilisés et ranger le matériel sauf si des miellées d'arrière saison sont prévisibles.

Il faut profiter des dernières petites miellées pour conduire une visite approfondie de toutes les colonies. Ce contrôle permet de vérifier l'aspect du couvain qui doit être bien fourni et homogène à tous les stades de croissance, ce qui nous permettra de juger de la capacité de la reine à conduire son peuple jusqu'au printemps prochain. Il faut aussi veiller à la présence d'une banane de miel entourant le couvain. On notera le nombre et la qualité des réserves de miel et de pollen ce qui peut nous conduire à envisager un nourrissement si les réserves sont trop faibles. C'est l'occasion d'une remise en ordre du nid à couvain en éliminant et remplaçant les cadres vides noirs et vieux. Ce sont eux qui contiennent le maximum de parasites.

Cette visite est importante car il serait fortement préjudiciable pour la colonie de se trouver démunie et exposée à la famine en cas de temps défavorable prolongé (sécheresse). La colonie qui se trouverait ainsi en situation précaire après avoir vécu dans l'abondance réduirait fortement sa ponte ou bien même l'arrêterait totalement. De telles situations en cette période de l'année auraient des conséquences tragiques pour la survie de la colonie. Il n'y aurait plus assez de jeunes abeilles pour atteindre le printemps suivant.

Modification de l'humeur de nos protégées
La disparition des ressources nectarifères va de pair avec une augmentation de l'agressivité de nos abeilles. Nous veillerons donc à ne pas les déranger si les conditions atmosphériques ou environnementales sont défavorables. Les abeilles ont un instinct naturel de défense. Pour contenir leur agressivité naturelle, nous avons une arme primitive certes, mais suffisante : la fumée. Muni d'un bon enfumoir, il est possible de travailler sans problème majeur, avec un minimum de gêne pour les abeilles. Le but est de les maintenir dans le calme et non de les asphyxier.

L'apiculteur doit toujours s'imposer et ne pas laisser les gardiennes prendre le dessus. Quelques jets de fumée par le trou de vol vont mettre la colonie en bruissement, suivis d'une prise de miel, ce qui les calme. Une bonne pénétration de la fumée dans la ruche provoque un bourdonnement grave de la colonie, lorsque ce son grave s'atténue, si une certaine nervosité commence à s'installer et que les gardiennes lèvent l'abdomen, il faut de suite enfumer énergiquement. Dans un rucher, plus les colonies sont groupées en nombre important, plus il faut être prudent car l'agressivité est contagieuse. Et très vite le pillage peut apparaître. Lorsqu'une ruche réagit trop brutalement, il est préférable de reporter l'intervention à une date ultérieure.

Ne pas oublier les nouvelles colonies
En absence de miellées il ne faut pas oublier de nourrir les essaims fraîchement enruchés ce printemps afin qu'ils puissent poursuivre la construction des cadres. Toutefois un contrôle assez fréquent de leur travail sera effectué car en l'absence de miellées, ils auront tendance à édifier des cellules de mâles.

VARROA un handicap majeur pour l'apiculteur
Il est de plus en plus évident que varroa est la porte d'entrée de toutes les maladies et parasitoses qui frappent nos abeilles ; c'est donc à partir de juillet le souci majeur de tous les apiculteurs. D'après les observations conduites dans plusieurs laboratoires, c'est entre le 15 juillet et le 15 août que le développement de varroa devient un danger pour les colonies. Les populations de varroas continuent à se développer, alors que dans le même temps les populations d'abeilles sont en régression. Nous trouverons de plus en plus d'abeilles affaiblies par les succions de varroas et dont l'espérance de vie se trouve ainsi écourtée.


Dès la fin de la miellée et mise en ordre du logement de nos peuples, nous mettrons en œuvre les traitements recommandés par nos agents sanitaires, tout en nourrissant, de façon à compléter les provisions de la colonie si elles se sont révélées insuffisantes. C'est aussi à partir du 15 juillet que nous contrôlerons tous les dix jours les langes graissés pour décompter le nombre de varroas morts de mort naturelle.

Selon une étude lapidaire qui a fait ses preuves, on calcule que la chute naturelle de un varroa/ jour en moyenne sur une semaine correspond à une infestation globale de 500 varroas. Il faut veiller à ne jamais dépasser le seuil de 2 000 varroas c'est-à-dire quatre varroas/jours sur une semaine, car la situation serait très grave, nécessitant une intervention immédiate. Il faudra aussi veiller à ce que les résultats ne soient pas faussés par la présence de fourmis friandes des varroas morts.

Si le traitement est simple pour les colonies faiblement infestées, il doit être radical pour les autres.

Déparasiter les colonies fortement infestées
On prélève tous les cadres de couvain operculés : s'ils sont anciens, ils seront fondus et remplacés par des cadres fraîchement extraits ou construits ; s'ils sont récents, de couleur jaune clair, ils seront mis au congélateur pendant quatre jours pour tuer le couvain et les varroas. Les cadres de couvain ouvert seront conservés.


À première vue, cette méthode peut paraître horrible et semble compromettre la survie de la colonie. Mais c'est bien le contraire qui se produit ; ce couvain fortement parasité ne donnerait naissance qu'à des abeilles atrophiées incapables de passer l'hiver ou tout au moins d'assurer leur destinée d'abeilles d'hiver. Ce couvain représente un élevage de varroas, ce qui n'est pas le but recherché. Soyons sans crainte, la reine sollicitée par un nourrissement adéquat (un sirop composé pour partie égale de miel et sucre 50 % et eau 50 %, fortement aromatisé à la mélisse, distribué chaque soir à la nuit tombante à raison de 250 grammes pendant 10 jours) est capable de reconstituer très vite de larges surfaces de couvain, qui lui ne sera pas parasité. Si un traitement anti-varroas est conduit en parallèle, on peut être assuré d'un résultat à 95 %. C'est la seule méthode qui permet de sauver la colonie.

Quatre semaines plus tard, la reine doit avoir du couvain à tous les stades de développement, ce qui permettra de décider de la suite des opérations. Suivant l'âge de la reine, le nombre d'abeilles, les vieilles colonies trop faibles seront réunies avec un nucléi ou un essaim artificiel. On aura ainsi une colonie forte, pauvre en varroas ou tout au moins qui n'en contient plus que très peu.

Attention aux réinvasions. Le contrôle continu de la mortalité naturelle est primordial pour s'assurer qu'il n'y ait pas de réinvasion, ce qui neutraliserait tous les soins précédents et conduirait à la disparition de la colonie. Il sera de toute façon recommandé de faire un traitement hors couvain avec un produit autorisé.

De nombreux programmes d'études sont en cours pour essayer de créer une abeille résistante à varroa ou tout au moins une abeille tolérante. Jusqu'à présent aucune de ces recherches n'a encore abouti.

Faisant référence à la littérature internationale, on constate que beaucoup de facteurs interviennent dans le développement de varroa : date de l'operculation du couvain, capacité de nettoyage de l'abeille, température de la ruche, température du couvain, humidité de l'air, diamètre de la
cellule, âge des cellules, etc.. Il y a certainement d'autres facteurs, tels les parfums dégagés par la ruche, les courants d'air...

Certaines lignées dans certaines régions semblent tolérantes et l'espoir renaît : par exemple la Carnica en Uruguay, l'abeille africanisée en Amérique du Sud et Centrale, la Primorsky en Russie orientale, la ruche ronde tournante et même la petite cellule en Arizona aux USA. Mais il faut se rendre à l'évidence que sorties de leur environnement originel, elles ne répondent plus aux espoirs qu'elles ont suscités. Une question se pose alors : "notre abeille est-elle seule responsable de son manque de résistance à varroa ?"

Ces dernières années en de nombreux endroits, des expériences ont été tentées en essayant de revenir à la petite cellule ; les résultats ne sont
pas très encourageants. Pourtant, certaines observations relevées au cours des quinze dernières années semblent répondre à la question "notre abeille est-elle seule responsable de son manque de résistance à varroa".

Dès 1990 le spécialiste apicole J.E. Bremer avait relevé que les faux bourdons élevés dans des cellules anciennes étaient plus chargés en varroas que ceux nés dans des cellules de cire fraîche. En été 2004 la revue Apidologie a publié les comptes-rendus de plusieurs observations qui rapportent que les larves d'abeilles élevées dans des cellules ayant déjà contenu du couvain étaient plus infestées que les larves élevées dans des cellules de cire fraîche.

Compte rendu de l'expérience réalisée par l'Université de Ribeirao Preto (Brésil) : 8 colonies d'abeilles africanisées furent garnies à 50 % de cadres de cire vierge et à 50 % de cadres ayant contenu du couvain plusieurs fois. Les varroas ont privilégié les cadres ayant servi à plusieurs
naissances.

La température du nid à couvain de l'abeille européenne varie entre 34 et 36 degrés avec des pointes jusqu'à 41°. L'humidité relative de l'air dans la ruche varie de 40 à 80 % mais est stabilisée au niveau du couvain à 40 %. Pour abaisser la température à l'intérieur de la ruche, les abeilles
pulvérisent de l'eau ; pour élever la température du couvain, elles produisent de la chaleur par la contraction de leurs muscles alliaires. Tout ceci provoque une augmentation de l'humidité.

La température optimale pour le développement de varroa est de 33 à 35 degrés avec une humidité relative de 40 %. Pour une humidité de 70 % la température optimale devra être entre 32 et 34 degrés. Les augmentations de température à 41° ont une influence négative sur le développement de
varroa par une diminution de ses capacités de reproduction et une augmentation de sa mortalité.

La petite abeille
Pendant longtemps on a cru que de grandes abeilles rapporteraient plus de miel. Ces dernières années, des observations conduites avec des abeilles de taille réduite ont prouvé que ce n'était pas le cas. Des communications par exemple des frères Lusby en Arizona ou d'Erik Österlund en Suède mais aussi de Thomas Köber en Allemagne précisent que ces populations de petites abeilles se caractérisent par une vitalité étonnante et une tolérance à varroa qui autorise une conduite des colonies sans traitement anti varroas ou dans le pire des cas très réduit.


Les populations d'abeilles européennes ont été adaptées pour obtenir des lignées douces avec une grande production de miel mais qui par contre n'opposent que peu de résistance aux agressions de varroas et d'autres virus. L'agrandissement des cellules a conduit l'abeille à s'adapter en grossissant elle même. Est-ce que ceci est une explication de l'augmentation de sa sensibilité ? Il est aussi possible que l'élevage des abeilles dans une petite cellule gêne les capacités de reproduction de varroa ; deux phénomènes semblent confirmer cette hypothèse :

En attendant, le jeune apiculteur se conformera aux instructions données par le spécialiste apicole de son syndicat d’appartenance et que ces vacances lui permettent de commencer à préparer la mise en hivernage de ses colonies, gage de survie pour la saison prochaine.
F. Anchling