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  Colchiques dans les prés… l'année apicole 2006 commence

Par F. Anchling   

 

 

Elles ont envahi les talus du chemin qui mène à mon rucher de leurs corolles violacées humides, signe annonciateur de la rupture entre la saison apicole 2005 finissante et les préparatifs pour l'année 2006.

Septembre peut encore nous réserver quelques belles journées chaudes et ensoleillées, mais les nuits deviennent nettement plus fraîches et les brumes matinales commencent à faire leur apparition. Les plages horaires permettant la sortie des butineuses se réduisent d'autant.
Certaines sources de nectar sont encore visitées par les abeilles, notamment les verges d'or ou les évodias. Ce dernier, que les Américains ont baptisé Honey Tree (arbre à miel) fleurit de la mi-août à la fin septembre, suivant son implantation, pendant 5 à 6 semaines. La fleur ressemble à celle du sureau, de couleur blanche et est recouverte de milliers d'abeilles attirées par l'odeur agréable qu'exhalent les fleurons. La miellée débute tôt le matin et se prolonge jusque tard le soir. Les frelons profitent de cette grande concentration d'abeilles pour attaquer les butineuses au travail. Aussi est il nécessaire d'installer quelques pièges.
Les verges d'or et les évodias sont également très visités pour leur pollen abondant, une aubaine pour assurer les besoins en protéines des abeilles d'hiver.

Nous avons vécu cette année beaucoup de situations extrêmes à tous points de vue, très variables selon les régions. Dans certaines de grandes sécheresses, dans d'autres que l'on pourrait croire plus favorisées, les températures très basses de ce printemps ont interdit la sortie des butineuses vers les arbres fruitiers en fleurs, avec pour conséquence : pas de fruits, pas de miel. La floraison suivante des acacias a été en beaucoup d'endroits parfois très décevante ou au contraire inattendue. Même les tournesols ont refusé de produire du nectar, les nuits étant beaucoup trop fraîches. Les miellées de montagne ont été soit très précoces, soit trop tardives. Nos protégées ont cette année beaucoup de soucis à se faire si l'on considère ce vieil adage inspiré d'anciens écrits « si tu veux manger l'hiver, il faut ramasser l'été ». L'abeille est travailleuse et a amassé beaucoup de pollen conduisant à la présence de populations très importantes. Mais qu'en est-il des provisions sucrées ?

Derniers contrôles
Il est donc primordial de se rendre compte dès maintenant si les colonies ont suffisamment de réserves pour passer l'hiver. La revue de détail s'impose pour chaque colonie. Ce travail est certes fastidieux, mais absolument nécessaire si l'apiculteur veut dormir tranquille. En plaine, c'est fin août, ou tout début septembre que nous procéderons aux dernières extractions et de suite à un contrôle général de nos ruches. Il faut être pleinement conscient, que plus ce contrôle est retardé plus il devient difficile ; d'une part chaque jour qui passe augmente le risque de conditions météorologiques aléatoires, d'autre part les abeilles surtout si elles sont en manque, sont à cette époque de plus en plus agressives. Dès qu'une ruche est ouverte, les pillardes toujours à l'affût se manifestent rapidement, contrariant considérablement nos conditions de travail et mettant en danger la paix au rucher mais aussi la sérénité de l'entourage. Dans tous les cas, il faudra choisir une journée douce, calme et nous préconisons fortement de n'intervenir que le soir, car dans la fraîcheur de la nuit le calme revient plus vite.

Que contrôler ?
Comme au printemps, il est conseillé de procéder cadre par cadre. Au préalable enfumer copieusement pour que les habitantes se gorgent de miel, puis retirer le cadre de rive et ensuite par transfert, chaque cadre est déplacé d'un cran et contrôlé sur les deux faces. Il faut supprimer les cadres déformés et trop vieux, ceux qui sont construits en alvéoles de mâles ; il faut aussi retirer les cires non construites et les bâtisses blanches : en effet, les colonies n'hivernent jamais sur des cires blanches. Il faut profiter de cette intervention pour disposer sur la rive les cadres trop vieux mais encore remplis de miels ou de pollen qui seront éliminés au printemps suivant. En règle générale, on prévoit au centre de la ruche, suivant la force de la colonie, les cadres nécessaires à l'organisation de la grappe hivernale, encadrés de chaque coté par deux cadres de provisions pour l'hiver et les cadres de pollen.

Pour passer un hiver sans problèmes, la colonies doit disposer de 15 à 20 kg de provisions (un cadre Dadant rempli de miel operculé sur les deux faces contient 4 kg de nourriture), de pollen, d'une jeune reine en forme (oeufs et couvain frais bien homogène), une ruche propre et saine.

Cette revue de détail nous renseigne également sur la force de la colonie. Les conseils donnés en juillet et août nous instruisent de la conduite à tenir en cas de populations faibles. Il ne faut les conserver en aucun cas. Une colonie forte consomme moins de nourriture qu'une faible et ses chances de survie sont multipliées par 20. Il est tout à fait compréhensible que le débutant rechigne à perdre une colonie. Au printemps suivant cette entité très forte pourra facilement être divisée et il aura de nouveau avec certitude deux colonies, ce qui n'est pas le cas lorsque l'on conserve un peuple trop faible.

Lors de votre intervention, ne grattez pas les ponts de cire ou les dépôts de propolis, nos protégées en auront besoin pour réparer les dégâts provoqués par notre intervention, mais aussi plus tard pour assurer leur bien-être, la nature ne leur offrant plus les matériaux nécessaires à ces réparations, ni les possibilités de sortie sans risques. Ainsi, si vos ruches sont couvertes par une feuille de plastique, cette feuille est éloignée de la barrette supérieure du cadre par de petits ponts de cire et propolis. Surtout ne les grattez pas. En hiver les abeilles passeront d'un cadre à l'autre en empruntant ces passages. Elles ne longeront en aucun cas les parois froides et humides de la ruche, elles n'emprunteront pas les couloirs glacés sous les cadres, elles mourront de faim à coté de provisions qu'elles ne pourront atteindre.

Nourrissement d'automne
Chacun souhaite que ses colonies soient en confiance et sans stress pour bien préparer la saison apicole prochaine ; ce qui signifie qu'elles doivent être rassurées quant à la quantité de nourriture à leur disposition pour survivre jusqu'aux prochaines rentrées de nectar.
Des recherches récentes ont prouvé qu'une colonie règle dès l'automne son développement printanier en fonction des réserves de nourriture qu'elle possède. C'est dès l'automne que l'apiculteur prépare la saison suivante. Il faut éviter que la colonie ne programme sa survie avec un petit nombre d'abeilles, trop restreint pour passer un hiver sans stress.

Il est indispensable qu'elle dispose au minimum de 15 kilos de provisions et la revue de détail que nous avons effectuée nous renseigne quant à la quantité de provisions qu'il nous faut encore lui donner pour atteindre le but recherché. Il faut être parfaitement conscient que mieux vaut trop de nourriture que pas assez ; l'évaluation est quelquefois difficile à faire car
le pollen stocké n'est pas du miel, attention aux confusions. C'est au démarrage de la saison prochaine que nous pourrons connaître la justesse de notre appréciation.

Lorsqu'on parle du nourrissement des abeilles, il ne faut pas oublier que la nature est bien faite et a tout prévu, qu'une colonie d'abeilles est parfaitement capable d'assumer son autonomie alimentaire, et que dans la nature elle est totalement indépendante de l'homme.
Si l'on doit nourrir ses abeilles, ce n'est que pour rattraper une erreur d'appréciation sur la quantité de miel que l'on peut leur soutirer ; les quantités de cire que nous leur avons fait construire (un kilo de cire = dix kilos de miel). Ce peut être aussi pour corriger la volonté délibérée de remplacer un miellat indigeste par un sirop de sucre plus digeste. En zone de montagne, le miellat provoque la mort certaine d'une colonie trop longtemps confinée par des températures hivernales.

Les besoins de l'abeille : comme l'homme ou les animaux, l'abeille a besoin :

  1. Tout d'abord d'édifier son organisme. Pour cela il lui faut des protéines, des glucides et de l'eau. Les protéines qui contiennent du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène et de l'azote se trouvent principalement dans le pollen. Les glucides formés de carbone, d'eau et de sucre sous toutes ses formes se trouvent dans le miel. L'eau est un élément physiologiquement indispensable à la colonie qui se trouve dans le nectar (80 % d'eau) ou qui est transporté par les butineuses porteuses d'eau qui ne recherchent pas toujours les eaux pures, bien au contraire. Souvent les abreuvoirs mis à la disposition par les apiculteurs sont boudés au profit de mares, de fosses à purin qui elles, contiennent les matières azotées nécessaires à la formation de l'organisme du couvain. L'eau est aussi très utile en été pour réguler la température de la ruche car évaporation = rafraîchissement.
     
  2. Assurer le fonctionnement de ses organes. Transformés par oxydation les glucides fournissent l'énergie qui permet la production de chaleur, l'élaboration de la cire, de la gelée royale mais aussi et surtout tout bonnement le carburant pour voler. Variation des besoins selon les phases de la vie : L'édification des organes de la jeune larve n'est possible qu'avec les protéines tirées du pollen et de faibles quantités de glucides contribuent à sa croissance. Les adultes consomment beaucoup de glucides et quelque protide pour assurer l'énergie nécessaire au fonctionnement de la famille apiaire. À titre d'information, rappelons certains chiffres : 1 kilo de cire nécessite dix kilos de matière sucrée. Pendant son vol, chaque butineuse consomme de 6,7 à 7,2 mg de miel par heure (heureusement de temps en temps elle dort). D'autre part il a été constaté que les butineuses, avant de quitter la ruche, remplissent leur jabot d'une quantité de miel correspondant à la dépense d'énergie nécessaire pour atteindre la zone de butinage. Variation des besoins avec les saisons. Pendant la saison morte, c'est-à-dire l'hiver, en l'absence de couvain et de jeunes abeilles, la consommation de protides est très faible. Le miel fournit les glucides indispensables au maintien de la température du nid. Au printemps et en été, le besoin de protides pour l'élevage devient considérable. Selon des études, il faut en moyenne 40 kilos de pollen par ruche par an ; il faut aussi 140 kg de nectar et 20 kg d'eau. Ces chiffres laissent rêveurs comparés à la petite taille de l'insecte.
     
  3. Comment nourrir ? Ce sujet été traité le mois dernier. La fourniture de sirop pour compléter les provisions de la colonie est à l'origine de 2 problèmes. Pour bien se conserver et ne pas moisir dans les alvéoles, la teneur en eau du produit stocké devra être inférieure à 18 %, les ventileuses sont chargées de ce travail. D'autre part, le saccharose présent dans le sucre du commerce ou produit par la transformation de l'amidon des sirops du commerce cristalliserait dans les alvéoles s'il n'était pas réduit d'abord en glucose, puis ensuite en fructose avant operculation de la cellule de stockage. Le sirop donné en nourriture est immédiatement stocké dans les cellules (une colonie forte peut en absorber dix kilos en une nuit) puis repris et travaillé jusqu'à réduction progressive dans ces deux éléments successifs. Cette réduction doit intervenir avant que la froidure ne solidifie le sirop rendant le travail de réduction encore plus pénible et plus périlleux. Tout ce travail incombe aux vieilles abeilles et représente une grande dépense énergétique. C'est pourquoi il est conseillé de nourrir le plus tôt possible fin août ou début septembre, afin que les vieilles abeilles se chargent de ce travail et que les abeilles d'hiver, celles qui vont naître à partir de septembre, c'est-à-dire celles qui assureront le démarrage de la colonie au printemps suivant soient indemnes de toute fatigue.

Qu'est ce qu'une abeille d'hiver ? La durée de vie moyenne des abeilles d'été (présentes dans la ruche d'avril à octobre) est de 25 à 35 jours avec des maxima pouvant aller jusqu'à 60 ou 70 jours lorsqu'elles sont restées inactives. Les abeilles d'hiver par contre (présentes dans la ruche de septembre à mai) peuvent vivre de six à huit mois.

La longévité des abeilles d'hiver serait, d'après les conclusions d'expériences, inversement proportionnelle au travail fourni pour les récoltes. Les abeilles d'hiver apparaissent dans la colonie au moment où les surfaces de couvain se réduisent, et la plus grande partie des provisions emmagasinée. Des expériences réalisées en été et en automne démontrent qu'à une diminution du couvain correspond une augmentation de la longévité des abeilles. C'est notamment le cas en automne, lorsque les jeunes abeilles s'alimentent de pollen, mais ne se dépensent ni comme nourrices ni comme butineuses.

Elles deviennent ce qu'il est convenu d'appeler les abeilles d'hiver
Extérieurement, les abeilles écloses en automne ressemblent tout à fait à celles nées au cours de la belle saison, mais leur poids est très légèrement supérieur. La différence réside dans le développement plus important de certains organes internes dont les glandes pharyngiennes, le corps adipeux et même les glandes cirières, qui restent dans cette état jusqu'à la reprise des soins apportés au couvain, dès reprise de la ponte par la reine.

Le corps adipeux, presque inexistant en été, n'est formé que d'une seule couche de cellules transparentes et sans inclusions. Chez les abeilles d'hiver, il se développe et se compose alors de plusieurs couches superposées. Les cellules qui le composent sont arrondies, d'un blanc laiteux et remplies d'inclusions protidiques. Toutes les analyses et expériences prouvent que le développement du corps adipeux dépend directement de la consommation de pollen.

Les glandes pharyngiennes se sont elles aussi fortement développées. Ce sont les glandes nourricières et elles restent en pleine activité pendant tout l'hiver. Elles sont fonctionnelles malgré l'absence de couvain, mais le pouvoir hydrolysant de leur sécrétion est plus faible. Maurizio a constaté une nette diminution de l'activité de l'invertase, cette enzyme capable d'invertir le saccharose en glucose et en fructose. Ce ralentissement de la vitesse d'attaque des sucres est un argument supplémentaire pour préconiser la fin du nourrissement pour la mi-septembre, c'est-à-dire avant l'entrée dans la vie active de la colonie des abeilles d'hiver. Toutes ces modifications du corps de l'abeille se répercutent sur sa composition chimique, notamment au niveau de l'azote qui de 1,6 mg à la mue imaginale passe à 2,4 mg pour l'abeille d'été et à 2,7 mg pour l'abeille d'hiver. L'évolution physiologique de l'abeille n'est pas terminée après la mue imaginale. La teneur en azote augmente de 50 % au cours de la première semaine de vie. D'autre part la teneur en sucres et principalement en glycogène est plus importante dans l'abeille d'hiver. Le glycogène est un glucide de réserve emmagasiné dans le corps adipeux et les muscles. Ces réserves conditionnent les capacités de l'abeille à survivre durant les mois d'hiver et à élever la première génération de printemps en attendant les rentrées de pollen ou de nectar printanier. En nourrissant ce premier couvain, ces réserves s'épuisent et l'on constate alors que la proportion des acides gras diminue. En mars la résorption des inclusions protidiques a commencé et en avril, elles ont totalement disparu.

N'oublions pas varroa
Comme cela vous était proposé le mois dernier, les lanières Apivar ou les barquettes d'Apiguard ont été posées dès après enlèvement des hausses. Il faut impérativement contrôler l'efficacité des moyens de lutte mis en œuvre. Il est donc fortement recommandé de relever chaque semaine le nombre de varroas collés sur les langes bien graissés et d'en tenir la comptabilité.

Bien souvent les langes sont visités par les fourmis qui emportent les varroas morts, ce qui naturellement fausse les comptages. Des recherches entreprises dans un institut ont prouvé l'efficacité de la graisse de laine de mouton étalée au pinceau sur le pourtour des langes pour détourner les fourmis. Cette graisse est également efficace entre le plancher et les différents éléments de la ruche pour arrêter l'intrusion des fourmis et éviter la propolisation des éléments entre eux. Cette graisse est commercialisée sous le nom Apilanol.

Dans un gros bourg tout près de chez moi, l'église est entourée de tilleuls. L'un d'eux est habité depuis un nombre d'années que personne ne saurait préciser, par une colonie d'abeilles. Mon ami Jean-Paul, armurier de son état, de son échoppe située à une centaine de mètres, s'est mis à surveiller l'activité de ces insectes. Il a observé que chaque printemps cette colonie jetait un essaim sous les yeux ébahis des promeneurs, et depuis trois ans maintenant il a pris l'habitude de récupérer ces essaims et est devenu apiculteur.

Comme il l'a appris, il leur a de suite fait subir un traitement de choc à l'acide formique. Stupeur, seuls une douzaine de varroas sont tombés. Comment cela est-il possible qu'une colonie existe encore, longtemps après son installation, sans aucun traitement anti-varroas. Nous en avons discuté longuement et le constat qu'une colonie ait survécu aussi longtemps sans traitement nous oblige à nous poser de nombreuses questions. Il semble impossible qu'une colonie puisse vivre aussi longtemps sans traitement.

Répondre à cette question n'est pas facile et la réponse est elle-même, pleine de questions et de doutes

Une seule certitude, on sait que depuis de nombreuses années des abeilles vivent dans cet arbre et engendrent elles-mêmes des essaims. Il n'est pas impératif que ce soit la colonie d'origine. Il est même presque certain que plusieurs essaims se sont successivement installés dans ce trou. Si nous acceptons l'idée qu'une colonie ait pu survivre à côté de varroa pendant longtemps, comment cela s'est-il accompli ?

Peut-être sommes-nous en présence d'un phénomène qui nous oblige à modifier notre manière d'envisager le rapport abeilles varroas. La mort est-elle le destin inévitable d'une colonie attaquée par varroas ?
Geert Lijftogt un apiculteur hollandais du centre de recherche apicole de Fortmund a essayé de conduire une apiculture sans traitement anti-varroas ; et il a réussi. Il pratique l'apiculture à partir d'essaims et il recherche toujours à ce que les colonies soient installées dans un environnement fleuri de sorte à ce qu'elles disposent en permanence d'une nourriture abondante et diversifiée. Il pense - et il n'est pas le seul - que cette situation est la clé du succès.

Il est maintenant prouvé que si les colonies essaiment c'est aussi pour raisons sanitaires, pour leur automédication. L'essaimage serait ainsi une découverte géniale de l'évolution. L'essaim se compose d'abeilles en pleine forme ; il abandonne le couvain malade, les vieilles cires, le logement défraîchi et recommence une nouvelle vie dans un logement rénové, des cires fraîches et un couvain frais. S'il trouve à proximité de son nouvel emplacement un environnement fleuri et suffisant de nourriture, il prospère et se développe très rapidement. Ainsi les essaims mettent en œuvre un processus d'automédication très réussie que l'apiculteur utilise lui aussi pour soigner une colonie atteinte de loque. Il brûle les cadres qui contiennent les spores et les séquelles de la maladie ; il désinfecte le rucher et son environnement. L'essaim naturel est dans la même situation.

Par l'essaimage, la souche réduit aussi le nombre de parasites qui l'accablent. D'abord, l'essaimage a conduit à un arrêt de ponte plus ou moins long qui réduit rapidement les possibilités de multiplication des varroas alors même que les plus vieux meurent. Que se passe-t-il par contre, quand le processus d'automédication est contrarié par l'apiculteur, permettant ainsi une explosion permanente du nombre de varroas. Plus le nombre de varroas augmente, plus le couvain est parasité. Les jeunes abeilles naissent affaiblies, leur durée de vie est réduite ; la grappe se réduit drastiquement conduisant la reine à réduire sa ponte pour tenir compte du nombre de nourrices disponibles et à la fin la colonie disparaît. Dans le même temps, varroa a détruit ses chances de reproduction, il a anéanti son environnement.
Ce n'est pas le but de la nature. Elle veut juste le maintien de l'espèce, c'est-à-dire sa reproduction et sa dispersion en toute sécurité. Certainement toutes les colonies ne pourront l'atteindre, mais une bonne partie d'entre elles survivra. Les colonies sauvages doivent se débattrent dans d'autres difficultés que celles soignées par l'apiculteur.


Certaines observations récentes ont démontré que varroa réduit ses capacités de développement quand sa population devient trop importante dans la ruche ; c'est-à-dire quand le nombre de cellules de couvain infectées qui conditionne son propre développement atteint un point de rupture. Mais quand l'apiculteur, par des traitements chimiques réguliers des colonies veut éliminer varroa, il invite les quelques varroas survivants à un repas abondant, ce qui l'incite à coloniser ce couvain indemne par un développement au maximum de son potentiel.

À l'origine, varroa pour lutter contre l'élimination par l'Apis cerana devait se développer au maximum de ses possibilités. Lorsqu'il trouva notre Apis, il fit de même et de nombreux ruchers s'effondrèrent. Aussi bien qu'il a su trouver le moyen de modifier son comportement pour s'immuniser contre l'Apistan et assurer la survie de l'espèce, il semblerait qu'il soit en train d'adapter son comportement aux réactions de notre abeille afin d'assurer sa propre survie.

Pures suppositions, diront certains ; peut-être ont-ils raison. Mais il serait passionnant que des recherches scientifiques mûrement réfléchies contredisent ou confirment ce point de vue. On pourrait alors mettre dans le placard l'épouvantail varroa. En attendant, le traitement est tout de même souhaitable.
F. Anchling