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Avec l'aimable autorisation de la revue Abeilles et Fleurs

abeilles loi 1

La transhumance : nécessité et technique ! (2014)
Maurice Mary

Pourquoi transhumer des ruches ?
Cette pratique n’est pas nouvelle, on en fait état dans les publications anciennes.

Elle se justifie, hélas, de plus en plus, pour diverses raisons.

Dans beaucoup de régions, les floraisons mellifères, sauvages et cultivées, se succédaient autrefois au fil de la saison, sans aucune carence complète de fleurs mellifères pendant une longue période.

Hélas, ce n’est plus le cas maintenant ; les floraisons adventices et sauvages, qui prenaient le relais des cultures mellifères, sont en grande partie disparues, avec l’emploi généralisé des désherbants sélectifs, plus le défrichage de landes, etc.

Et puis, pour rentabiliser et augmenter la production, il faut aussi suivre les floraisons de la saison, lesquelles se succèdent rarement au même endroit, sauf dans quelques situations exceptionnelles.

Enfin, de nos jours, nous sommes de plus en plus nombreux, hélas, à fuir certaines cultures mellifères, que nous avions sur place, et qui sont devenues toxiques, en raison de l’emploi des pesticides neuro-toxiques systémiques.

Et se réfugier ailleurs, dans des zones plus propres, pour d’autres miellées et pour que le cheptel puisse survivre.

Les heures propices pour déplacer les ruches
Bien sûr, par temps frais ou temps de pluie, les abeilles ne sortant pas, on peut déplacer les ruches dans la journée.

Mais dans la majorité des cas, ce travail se fera le soir, de nuit, ou le matin très tôt. Le chargement des ruches ne s’effectuant que lorsque les abeilles sont toutes rentrées bien sûr.

Si la distance du transport est courte, on peut déplacer le soir, ou mieux encore le matin, en ayant chargé au lever du jour.

Attention, une courte distance signifie un minimum de cinq ou six kilomètres, si on ne veut pas voir des butineuses revenir se perdre au point de départ.

Pour les grandes distances, ce qui est souvent pratiqué par les professionnels, on charge le soir et on roule de nuit.

Ruches ouvertes ou ruches fermées ?
Les deux techniques sont valables suivant les cas. 

Laisser les ruches " ouvertes "  peut simplifier le travail et éviter l’étouffement des colonies, surtout s’il fait très chaud, et si le temps de transport est long. Mais il faut bien maîtriser la technique. Avant de charger, il faudra donner un peu de fumée, par les entrées une ou plusieurs fois, pour éviter l’agressivité et la sortie intempestives des abeilles, lorsqu’on les charge.

Ensuite et dès qu’on roule, les abeilles restent souvent calmes.

Avec un chargement de ruches ouvertes, et surtout par temps chaud, il faut éviter de laisser longtemps le camion en attente en stationnement ; car, pendant ce temps, les abeilles ventilent aux portes, et parfois sortent en " barbe ", en se collant bien sûr à la paroi de leur ruche, mais hélas aussi aux parois des ruches voisines. Avec les pertes d’abeilles qui s’ensuivront lors du déchargement.

Si le camion doit stationner, il est bien de pulvériser de l’eau sur le chargement, ce qui crée une fraîcheur et une baisse de température.

Mais le grand principe, avec un chargement de ruches ouvertes est de rouler de suite, et de décharger aussitôt rendu. Inutile de dire que le transport " ruches ouvertes " n’est possible qu’avec un camion ou camionnette plateau, dont la cabine est isolée du chargement.

Dans une petite camionnette ou fourgon tôlé, avec cabine communicante, c’est à éviter impérativement.

Transport ruches " fermées "
Plusieurs systèmes de fermeture sont possibles, les plus simples étant toujours les meilleurs.

Pour ceux qui ont des grilles d’entrée, en tôle, réversibles, on peut ainsi fermer les ruches.


Fermeture des ruches avec grilles d'entrée réversible.


Fermeture des ruches avec une bande de mousse, système
extrêmement pratique.

Une autre technique très simple, et très, très pratique, est de disposer des bandes de mousse souple, de section carrée de 3 cm x 3 cm, et de la longueur des entrées de ruche et même quelques centimètres en plus. On les pousse avec le lève-cadres au long de l’entrée de la ruche où elles se coincent, et sont hermétiques aux abeilles sans problème. C’est très pratique pour les placer, et encore plus pour les enlever. Là, on tire par un bout, il n’y a même pas à enfumer.

Ces deux techniques de transport, avec les entrées fermées, supposent que les ruches ne vont pas voyager très longtemps, car il y aurait risque d’énervement et 

d’étouffement des abeilles. Sauf si les ruches sont équipées de plateaux grillagés, lesquels permettent la ventilation par en dessous.

Et puis, il y a aussi la technique des " muselières " d’entrées grillagées, qui empêchent les sorties, ou plutôt laissent les sorties d’abeilles possibles, mais dans un " sas " grillagé et aéré. Là, il y a autant de modèles que d’apiculteurs, ceux-ci ne manquant pas d’imagination. Celui de la photo est le nôtre ; il s’accroche sur les angles arrière du corps de ruche, par le relais d’élastiques, coupés dans des chambres à air.


Fermeture des ruches avec " muselières " d’entrée grillagée,
laissant une bonne aération.


Détail d’un crochet, en fil aciéré, lui-même relié à un côté de la
" muselière " d’entrée par un élastique, et qui se prend tout

simplement sur l’angle arrière du corps de ruche.

J’ai parlé précédemment de plateaux de fonds grillagés, en tout ou partie, de grillage solide, ou de métal déployé. C’est intéressant sans doute dans la lutte contre varroa, mais c’est également une bonne sécurité d’aération dans le transport des ruches. Du moins, tant que les abeilles n’ont pas propolisé et obstrué les grillages... Ce qui arrive aussi.

Véhicules de transport
Pour les professionnels, c’est bien sûr le camion ou camionnette plateau. Certains les préfèrent équipés de ridelles à claire-voie, ridelles rabattables. D’autres préfèrent les plateaux nus. Et plus encore, s’ils ont mécanisé le chargement, en ruches sur palettes, avec chariot-élévateur, ou une petite grue fixée au camion. Là, il faut sangler les rangées de ruches ou palettes de ruches. C’est parfait pour le transport ; les ruches étant solidement arrimées, sans jeu, avec le plateau. Pour les apiculteurs " semi-professionnels ou amateurs ", une camionnette suffit. C’est souvent un petit ou plus grand fourgon tôlé, polyvalent pour les divers travaux des ruchers.


Là, le chargement est moins confortable. De toute façon, sauf moyens mécaniques, il faut charger les ruches à deux et les prendre soit par les poignées du corps de ruche s’il y en a, soit en dessous, tout simplement. Porter les ruches tout seul suppose une colonne vertébrale solide, mais hélas, ça se termine parfois très mal pour le dos. Y penser aussi lorsqu’on empile les ruches dans une camionnette, là aussi les positions ne sont pas toujours les meilleures. Enfin, certains ne disposant pas de camionnette utilisent une remorque pour leur travail. La suspension des remorques n’est pas la meilleure pour le transport des ruches ; elles y sont plus secouées que dans un véhicule normal. Il faut donc bien les caler à l’intérieur, ou les sangler. Notons qu’une remorque à deux essieux est un peu plus confortable.

Filets de protection
Ces filets, pour coiffer un chargement de ruches, sont de plus en plus utilisés par les apiculteurs. Ils ont un double intérêt, d’abord empêcher quoi que ce soit de s’envoler du chargement, un toit de ruche par exemple, lors du transport. Et puis, les abeilles en sont prisonnières, pour celles qui voudraient s’envoler pendant le voyage, ou encore lors d’un arrêt à un feu rouge, ou un péage, etc., et créer des problèmes !


Enfin, ces filets laissent passer une aération normale. Le " nec plus ultra " consiste en un filet sombre, laissant passer l’air, mais réduisant de beaucoup la lumière, du genre store de fenêtre velux. Si certains d’entre nous savent où s’en procurer, et l’auraient déjà utilisé, qu’ils n’hésitent pas à nous en faire part avec leurs observations. Merci d’avance.
Texte et photos : Maurice Mary