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Le pas à pas : la cire (2016)
Gilles Fert

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs

Introduction
Ne gaspillez pas votre cire ! En effet, depuis quelques années, la cire d’abeille de bonne qualité a beaucoup de valeur. Il se trouve que, dans la nature, tous les corps gras stockent et emmagasinent les polluants. Il en est de même dans nos ruches. Les corps gras sont la cire et la propolis qui, après plusieurs saisons, peuvent renfermer un « cocktail » de molécules chimiques venant principalement des multiples traitements contre le varroa ainsi que du pollen que les butineuses récoltent sur des plantes traitées ou l’eau. Les molécules migrent et se fixent dans la cire à partir de ce pollen stocké appelé « pain d’abeilles ».

Etape 1
Ne perdez pas votre cire d’opercules ! Pour peu que vos ruches soient conduites en apiculture biologique et situées dans une zone à faible activité humaine, cette cire contient beaucoup moins de polluants que toutes les cires du commerce. Lors de la récolte du miel, on estime la quantité de cire produite par rapport à la quantité de miel de 1 à 3 % suivant le mode de désoperculation, couteau manuel ou machine à désoperculer.

Etape 2
Plusieurs méthodes s’offrent à vous pour la fonte des opercules. Le cérificateur solaire, la chaudière à cire ou tout simplement un récipient placé au-dessus d’une source de chaleur dans lequel vous mettrez la même quantité d’eau que d’opercule. A l’issue de la fonte, laissez reposer quelques minutes, une partie des impuretés se déposera au fond. Ne reste ensuite plus qu’à filtrer la cire en la versant dans les moules.

Etape 3
Ne recyclez plus les vieux cadres. Le peu de rendement en cire comparé au coût d’énergie ne justifie plus cette fonte des vieux cadres de corps. En récupérant cette cire des vieilles brèches, le risque majeur est de maintenir toutes les molécules chimiques que vous retrouverez inévitablement dans vos cires gaufrées. Si ce gaspillage vous perturbe, destinez cette cire, souvent très foncée, à l’encaustique pour meubles et parquets, voire aux bougies.

Etape 4
Le cérificateur solaire est devenu l’équipement indispensable de l’apiculteur. Simple de fabrication à partir d’une fenêtre double vitrage de récupération, il vous permet de fondre opercules et vieilles brèches en cours de saison avant que la teigne n’intervienne. Rappelons que la cire fond à partir de 64 °C seulement.

Etape 5
L’idéal est de recycler sa propre cire pour en faire des feuilles de cire gaufrée. On trouve dans le commerce plusieurs types de moules, dont le modèle Kemp particulièrement simple d’utilisation. Joignez-vous à quelques collègues pour effectuer un achat groupé si besoin. Vous pouvez également vous adresser à un cirier, en exigeant de récupérer uniquement votre propre cire.

Etape 6
Les abeilles cirières âgées d’une dizaine de jours bâtissent d’autant plus rapidement les nouvelles feuilles de cire gaufrée que la qualité de cette cire est bonne. Parfois, les abeilles boudent certaines cires du commerce pour construire des rayons parallèles ou les grignoter quand les molécules chimiques sont trop présentes, ou qu’un pourcentage de paraffine est trop important.

Attention
Ne « surchauffez » pas la cire au moment de la fonte. Celle-ci noircirait et perdrait cette magnifique odeur caractéristique. Ne dépassez pas les 140 °C, sinon elle peut prendre feu d’elle-même.

 Astuce
Une fois votre cire déposée dans les moules, recouvrez-les bien afin que la solidification se fasse le plus lentement possible, ainsi le pain de cire ne se fissurera pas.

Rappel
Malheureusement, le processus de laminage et la fonte de la cire n’éliminent pas les produits chimiques ni la loque américaine. Seule la filtration au charbon actif commence timidement à se pratiquer.

Le saviez-vous ?
Les jeunes abeilles ne peuvent sécréter de la cire à partir de leurs 8 glandes cirières que si elles ont à leur disposition du pollen varié et riche en protéines les 5 à 6 premiers jours de leur vie.

 Pour en savoir plus

  • Mark L. Winston – La biologie de l’abeille, Edition Frison-Roche, 1993.
  •  « Le cérificateur solaire », Les fiches pratiques de l’apiculteur, Edition Rustica, p. 44-45, 2015.