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Une alternative contre Varroa : l’arrêt de ponte provoqué (2016)
Gilles Fert
Auteur de « L’élevage des reines » aux Editions Rustica

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs

Depuis les années 1985, les apiculteurs français font face au plus grave problème sanitaire qu’est la varroase. Pour l’instant, les méthodes chimiques de traitement permettent aux colonies de survivre. Cependant, en plus des résistances aux molécules observées, le cocktail de résidus cumulés depuis tant d’années dans la cire altère le système reproducteur de la reine comme celui des mâles. Les traitements répétés, autorisés en production bio, tout en étant moins mauvais que les autres ne sont pas anodins pour autant. Voici une alternative développée par nos collègues italiens qui permet d’éliminer un pourcentage élevé d’acariens en l’absence de couvain. Celle-ci est rendue possible pendant la saison (ou en hiver suivant les régions) en cumulant un arrêt de ponte avec un traitement « bio ».

Etape 1

En plaçant une plaque graissée sur le plancher de la ruche, vous pouvez observer pendant la saison la mortalité   naturelle des varroas.

Au-delà de 3 à 4 varroas morts en 24 heures, il faut intervenir.

Vous pouvez diviser la colonie en plusieurs ruchettes afin d’effectuer un traitement chimique ou bio tout en oubliant la récolte de miel.

Vous pouvez également provoquer un arrêt de ponte afin d’effectuer un traitement bio efficace sans couvain.

Etape 2

La méthode consiste à emprisonner la reine 19 jours afin d’obtenir un arrêt de ponte.

Sous nos latitudes, vous pouvez recourir à cette pratique juste à la fin d’une miellée en plein été.

Dépourvue de couvain operculé, il vous sera facile de faire un traitement efficace de votre colonie sans utiliser de molécule dangereuse pour votre cire.

Plus efficace sans couvain.

Etape 3

A l’issue des 19 jours, libérez la reine.

Après cet arrêt de ponte forcé, la reine perd sa capacité de sécrétion de phéromones.

Attendez 3 jours de plus afin que la reine retrouve un rythme de ponte normal et sécrète à nouveau des phéromones avant d’effectuer un traitement.

Etape 4

Pour des raisons de rapidité et d’efficacité au moment de la libération de la reine, certains apiculteurs se contentent de l’emprisonner dans une simple cagette « chinoise ».

Ce type de cagette permet aux ouvrières de rentrer à l’intérieur pour prendre soin de la reine pendant les 19 jours.

Dans ce cas, même pas de couvain à détruire au moment de la libération de la reine.

Etape 5

Vous avez également la possibilité d’emprisonner la reine dans une cage avec un cadre à mâles.

Certaines études mettent en évidence que les varroas préfèrent à 75 % les cellules de mâles.

Reste à détruire ce « cadre-piège » rempli de couvain de mâles au moment de la libération de la reine.

Etape 6

A la libération de la reine, il faut s’attendre à environ 10 à 20 % de perte.

On peut attribuer l’élimination de ces reines à une baisse de qualité, donc moins de phéromones sécrétées.

Au moment du traitement anti-varroa, repérez les colonies orphelines.

Quelques jours après, en cas d’absence de ponte, introduisez une cellule royale âgée de 10 jours ou, encore mieux, une reine fécondée.

Attention
Quel que soit le type de cage, celle-ci doit être placée au centre de la colonie. Certaines races d’abeilles démarrent des cellules royales naturelles pendant l’emprisonnement de la reine. Faites un contrôle !

Traitement
Dans les régions du Sud, où l’arrêt de ponte hivernale n’est pas systématique, vous pouvez utiliser cette méthode en fin de saison. Emprisonnez la reine à partir de fin octobre, libérez-la mi-février afin d’effectuer votre traitement sans couvain. Cette méthode venant des pays de l’Est limite également la consommation hivernale.

Précaution
Dans le cas de l’utilisation des grandes cages, ne vous contentez pas de retirer le bouchon de la cage, mais libérez complètement celle-ci.

Le saviez-vous ?
Les professionnels arrivent à encager 120 à 150 reines par jour à deux opérateurs. Attention au pillage, notamment en période hors miellée ; cela rend les opérations particulièrement difficiles.

Pour en savoir plus