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Précautions pour un bon hivernage (2001)
Maurice Mary

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs

Etape 1
Provisions d’hiver
Celles-ci doivent être vérifiées suffisantes, pour ne plus y penser ensuite, et ne plus avoir à intervenir ni déranger les abeilles durant l’hiver. Ces provisions suffisantes à prévoir varient en fonction de la région d’hivernage. En climat méditerranéen, on peut espérer que les abeilles pourront encore travailler certains beaux jours, et faire quelques apports. En climat atlantique, continental ou de montagne, c’est rarement le cas. Là, les provisions en miel doivent être d’au moins 20 kg par ruche, et le pollen en proportion. Les nourrissements de complément, là où ils étaient nécessaires, auront été faits dès septembre ou encore en octobre. Au sirop de sucre épais. Ou avec celui tout prêt du commerce, qu’on distribuera tel quel, ou allongé de 10 % d’eau (maximum) pour en faciliter la distribution. Le nourrissement au sirop épais est encore possible en novembre s’il y a quelques beaux jours. Mais il faut impérativement une température qui permette aux abeilles de sortir un peu l’après-midi ; or, ce n’est pas souvent le cas. C’est pourquoi il est préférable d’avoir terminé ce nourrissement beaucoup plus tôt. Si les abeilles ne sortent plus, le seul dépannage reste le candi.

Etape 2
Traitement varroa
Vous l’avez sans doute effectué, avec des inserts placés aussitôt après la dernière récolte d’été. Il est alors préférable de les retirer ensuite, lors du nourrissement, par exemple.

Etape 3
Isolation pour l’hiver
ans le cas de colonies trop petites en fin de saison, et logées en grandes ruches, il serait conseillé d’utiliser une partition. Dans ce cas, déporter la colonie à l’intérieur de la ruche, contre une paroi, sans modifier l’ordre des cadres. Et, à la suite des cadres occupés, placer à la place d’un cadre une partition, une cloison. Ceci pour que la grappe d’abeilles puisse être plus confinée, dans un espace réduit, et ainsi se maintenir plus au chaud. En ce qui concerne les couvre-cadres, ou les nourrisseurs servant de couvre-cadres, ils doivent être placés avec soin, pour assurer au mieux l’étanchéité.

Lors de l’enlèvement des hausses, en fin d’été, on a gratté les constructions qui pouvaient y adhérer, ceci pour que les couvre-cadres reposent bien sur les bords supérieurs des corps de ruches. Les abeilles réajustent ensuite, et calfatent tout ça à la propolis.

Il faut alors éviter à tout prix de décoller les couvre-cadres, et cela pendant tout l’hiver. Les couvre-cadres minces ne sont pas très isolants. Certains apiculteurs utilisent au-dessus une isolation supplémentaire, et c’est judicieux. Cette isolation peut être de moquette, d’Isorel mou, ou de tout autre matériau d’isolation (pas trop cher, bien sûr !). Les ruches à toit-chalet laissent un volume vide qui facilite la pose d’une isolation épaisse. Les ruches à toit plat, peu emboîtant, laissent au contraire peu d’épaisseur.

Etape 4
Contre l’humidité
L’humidité dans les ruches pendant l’hiver est bien entendu contraire à un bon hivernage. Les ruchers couverts, en montagne, représentent la catégorie 5 étoiles pour les abeilles ! au sec et au chaud... Les ruches à toit-chalet, à grands pieds, sont aussi bien protégées de l’humidité du sol. On isolera les autres en les surélevant avec un support métallique ; c’est la méthode utilisée par les professionnels. On peut également utiliser parpaings, vieux pneus (pourquoi pas ?)... 

Un peu de ventilation intérieure est nécessaire également, par le plateau de fond du corps de ruche. Certains apiculteurs adoptent des fonds presque entièrement grillagés ; c’est une bonne solution en climat tempéré. D’autres installent une partie grillagée seulement à l’arrière, à l’opposé de l’entrée. C’est une autre bonne solution. Notons toutefois que certaines abeilles - les caucasiennes en particulier - s’emploient en fin d’été à enduire le grillage de propolis et à fermer l’ensemble. Sans doute ont-elles une bonne raison... pour ne pas « s’enrhumer », par exemple ! Si on veut recréer un passage d’air dans le grillage propolisé, la lampe à souder à gaz fera parfaitement l’affaire. Pour cette opération, on dissociera le plateau de la ruche, ou l’on retournera la ruche vide.

Etape 5
Contre les rongeurs
Les mulots ou autres souris des champs sont souvent tentés de pénétrer dans les ruches en automne ou en hiver, pour y trouver un garde-manger, et faire en même temps un dégât considérable dans les rayons, parfois même y installer un nid douillet de feuilles ou autres...

Si vos ruches sont équipées de grilles d’entrée en tôle, vous avez bien sûr pris soin de les remonter pendant le printemps et l’été ; ceci pour laisser entièrement libre le porche d’entrée afin de ne pas perturber les entrées et sorties des abeilles, et permettre également une bonne ventilation. C’est le moment maintenant de les redescendre en position basse ; les créneaux découpés dans la tôle empêchant les rongeurs de rentrer dans les ruches.


Etape 6
Contre le vent
Lorsque le rucher est installé dans une clairière, bien abritée, il n’y a guère de problèmes, sauf tempête exceptionnelle. Mais pour les ruchers situés dans des zones exposées au vent, au mistral par exemple dans la vallée du Rhône, il faut prévoir d’empêcher que les toits de ruche ne s’envolent. La tradition se contente d’une pierre un peu lourde posée simplement sur le toit (encore faut-il en avoir sous la main...). Certains apiculteurs utilisent différents systèmes pour solidariser toit et corps de ruche (au moyen d’une sangle, par exemple).

Tout cela étant assuré, l’hivernage sera paisible. Vous souhaitant de retrouver en fin d’hiver de belles colonies, des abeilles souriantes et heureuses, prêtes à « faire feu » à la belle saison


Attention
En période de nourrissement stimulant de printemps, ou de réserve à l’automne, préférez les petits 
volumes de sirop répétés afin d’éviter de provoquer un blocage.

Précaution
Préférez les cadres bâtis vides aux cadres de cire gaufrée au moment d’introduire au centre de la chambre à couvain. La reine aura ainsi plus de chance d’y pondre ses œufs.

Le saviez-vous ?
On provoque parfois le blocage de ponte en fin de saison afin de rendre un traitement contre Varroa plus efficace. On peut tout aussi bien emprisonner la reine quelques jours dans une cagette pour créer une interruption de ponte.

Pour en savoir plus
« Paquets d’abeilles », revue Abeilles et Fleurs n° 739, juin 2012.