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De l'utilité des contrôles (2003)
B. Cartel

En ce premier mois de l'année, l'activité apicole pure est faible mais reste présente aussi bien à l'atelier que près de la bibliothèque. Dans la ruche, la grappe d'abeilles garde précieusement dans son cœur la reine qui, dès la fin du mois peut-être lâchera ses premiers œufs, prémices de nouvelles générations. Si la colonie s'affranchit pour le moment de nos soins, une visite périodique au rucher permet de vérifier que la ruche n'a pas été dérangée, que rien n'obstrue la planche de vol, et que, prévoyance oblige, une plaque de candi couvre toujours le trou de nourrissement. A part cela, il reste un point sur lequel nous souhaitons vous sensibiliser, c'est celui du contrôle d'efficacité des traitements anti-varroas qui ont été réalisés cet automne.

Dans le numéro de décembre de l'Abeille de France, mon collègue Francis l'avait largement évoqué, mais le sujet reste d'actualité, pendant le repos de la reine. L'essai que nous vous présentons démontre que s'il faut traiter correctement la ruche, il faut ensuite s'assurer de la bonne efficacité du traitement, sinon c'est compromettre peut-être l'avenir des colonies.

Controle hivernal
Comme nous l'avons maintes fois répété, le contrôle d'efficacité des traitements anti-varroas est indispensable, quel que soit le médicament employé, et ce, en période hors couvain (décembre/janvier pour bon nombre de régions). Traiter, c'est bien. Traiter en respectant un protocole lié à un médicament, c'est mieux. Mais contrôler le résultat de son traitement, c'est encore mieux. C'est le seul moyen objectif de juger de l'efficacité de tel ou tel médicament et de compléter son action s'il s'avérait insuffisant. Porter un jugement de valeur sur un produit sans en avoir vérifié l'efficacité, c'est accuser sans preuves.

L'automne 2002 notamment dans les Alpes aura été marqué par des conditions climatiques défavorables tant pour les hommes que pour les abeilles : fraîcheur et humidité persistantes.

Dans nos ruchers, cela s'est traduit par un ralentissement précoce d'activité, une consommation de provisions supérieure à celle observée habituellement et due à une insuffisance de rentrées de nectar et de pollen. Celui-ci risque d'ailleurs de faire défaut au moment de l'élevage printanier.

Ces remarques générales ont été plus particulièrement observées sur les deux ruchers que nous avons sélectionnés pour vérifier l'efficacité du nouveau médicament vétérinaire APIGUARD.

Equipment des Ruches
Les 25 ruches choisies (15 relativement fortes sur le lieu-dit " La Chapt " et 10 relativement faibles du rucher-école de Passy) ont toutes été équipées d'un fond grillagé et d'un dispositif permettant de glisser sous le grillage, une tôle recueillant les déchets et les varroas. Juste avant de poser la première barquette d'APIGUARD, nous avons disposé 4 baguettes de bois, d'une épaisseur de 15 mm et d'une largeur de 27 mm, sur chacune des ruches, en guise de surhausse, de façon à créer une " chambre d'évaporation " entre le sommet des cadres et le couvre-cadres. Dans la majorité des cas, ce dernier est un nourrisseur couvre-cadres type américain.

Mise en place du Médicament

  1. Ouvrir une barquette d'APIGUARD, tout en laissant le couvercle accroché, il peut rester quelques adhérences de gel.
  2. Déposer la barquette sur le sommet des cadres, légèrement décentrée, le gel étant orienté vers le haut.
  3. Après 15 jours, déposer une deuxième barquette dans les mêmes conditions. La première est laissée en place, qu'elle soit vide ou non.
  4. Les barquettes ne seront retirées que lorsqu'elles seront totalement vides. Cette période peut s'étaler sur deux mois et plus selon les conditions climatiques et la force des colonies. Il est à noter que le fournisseur ne voit pas d'objection à ce qu'elles restent en place tout l'hiver, contrairement au mode d'emploi des lanières acaricides APISTAN ou APIVAR qui doivent impérativement être retirées à la fin de la période préconisée.

Il faut souligner que cette année, à la mi-novembre, il restait encore du gel dans les barquettes qui n'ont pas pu être retirées. Les ruches hiverneront donc en l'état.

Les comptages et contrôles
Au début du traitement, les comptages des varroas tombés ont été réalisés deux fois par semaine, ensuite espacés avec un minimum d'un par semaine. Lorsque les chutes sont devenues quasi insignifiantes et qu'il n'y a probablement plus eu de couvain, fin novembre, nous avons pratiqué deux contrôles successifs par la méthode d'évaporation-contact, en répandant 0,5 ml d'amitraze (Taktik) par ruche, sur un lange graissé posé cette fois-ci sur le plateau grillagé. Le lecteur se rendra rapidement compte de l'utilité de ces contrôles qui font également office de traitement d'hiver (graphiques 1 et 2). Sans eux, plus des 3/4 des colonies auraient hiverné avec plus de 50 varroas, seuil considéré comme fatidique, certaines avec plusieurs centaines. C'était prendre le risque de laisser s'organiser une production massive d'acariens, à la reprise de ponte, avec comme conséquence, l'effondrement de certaines d'entre elles en fin d'été. Contrairement au même essai pratiqué en 2000 (Abeille de France n°867), nous n'avons pas utilisé de Coumaphos (Asuntol), ni réalisé un 3ème contrôle qui s'était avéré pratiquement inutile.

La temperature
Pendant toute la durée du traitement, nous avons relevé quotidiennement la température ambiante, à 14 h (graphique 3). Le thermomètre était installé à l'ombre, protégé dans l'encoignure d'une maison. Pendant la période du 1er septembre au 6 décembre 2002, la température moyenne relevée a été de 14,9°. Nous avons compté 45 jours avec une température inférieure à 15°. Pendant cette même période, en 2000, elle était de 16°2, avec seulement 32 jours dont la température était inférieure à 15°. L'efficacité du traitement s'en est certainement ressentie. Dans sa notice d'utilisation, le fournisseur précise qu'une température de 15° minimum est nécessaire pour permettre l'évaporation du thymol. Enfin, les contrôles ont été entrepris cette année par une température comprise entre 6 et 9°, alors qu'elle était de 10 à 16 en 2000. On peut penser aussi qu'ils seront moins efficaces.

Discussion
Comme on l'a dit plus haut, nous avions réalisé un essai APIGUARD (gel en vrac) à l'automne 2000 sur 16 ruches. L'efficacité du médicament s'était révélée bonne, 93 et 97 %, valeurs un peu supérieures à celles annoncées par le fournisseur. Depuis, APIGUARD a obtenu son A.M.M. pour sa présentation en barquettes.

En Haute-Savoie, en 2002, nous avons laissé le choix à nos apiculteurs, d'utilisation d'APIVAR ou d'APIGUARD. Nous leur avons toutefois conseillé d'être prudents, notamment pour ceux qui possèdent des ruchers situés à plus de 800 mètres d'altitude ou mal exposés, au cas où les conditions climatiques, plus sévères en altitude, ne seraient pas au rendez-vous pendant la durée des traitements.

Il est une règle qu'il faut prendre en compte, c'est que l'on perd 0,7° lorsqu'on gagne 100 m d'altitude, soit 2° environ de différence pour deux emplacements situés par exemple à 650 m et 950 m d'altitude, sur un même versant.

Après les deux contrôles de fin novembre, l'efficacité moyenne des traitements par rucher a été de 71 à 84 %, nettement inférieure à celle obtenue en 2000 (en prenant pour hypothèse que la quasi totalité des varroas aient été éliminés à la suite de ces deux contrôles). On constate également une hétérogénéité inexpliquée à l'intérieur d'un même rucher (de 26 à 97 % pour le rucher-école et de 56 à 99 % pour le rucher de La Chapt). Mystère ! Voir tableaux 4 et 5.
La faiblesse de ces résultats est à imputer très probablement au paramètre incontrôlable que sont les conditions météorologiques détestables.

S'il est une leçon importante à tirer de cet essai, c'est qu'un contrôle en période hors couvain permet de " récupérer " une situation périlleuse dans le cas d'une mauvaise utilisation d'un médicament, ou de sa moindre efficacité ou comme cette année, de conditions climatiques particulièrement défavorables. Alors nous n'aurons pas perdu notre temps.

Enfin, je dois remercier ici mes proches collègues, Jean Michollin et Claude Meline pour leur disponibilité à accomplir ce travail fastidieux. 

L'essai de terrain, qui n'a par ailleurs aucune valeur scientifique, ne concerne qu'un médicament. Mais tout autre peut être sujet à des déboires. Alors, si vous avez un doute ou si votre curiosité vous y pousse, contrôlez avant la reprise de ponte…

Mais, faites vites car bientôt nous pourrons retourner à nos rucher, dans le pré, où nous dit-on, on y trouve le bonheur… 
B. Cartel