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Avec l'aimable autorisation de la revue du SNA - Abonnez-vous à l'Abeille de France

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Observer, Réfléchir, Comprendre (2004)
B. Cartel

Si l’envie de visiter tenaille le jeune en apiculture, que les anciens le mettent en garde et lui recommandent d’attendre encore un peu !

C’est vrai que le noisetier qu’on bouscule nous éclabousse de ses premiers pollens. De même le chant matinal des oiseaux nous ferait presque oublier cette longue période d’hivernage… Déjà bien présentes aussi, mais insignifiantes, voici les fleurs du mouron des oiseaux qui attirent les premières butineuses…

Malgré tous ces signes, que l’on ne s’y méprenne pas : l’hiver est encore là et la bise qu’on pourrait oublier n’a pas jeté son dernier souffle.
Puisque le temps de visiter n’est pas encore venu, soyons prêts simplement à observer, à réfléchir sur l’état de chaque colonie ou à interpréter les indices visibles au trou de vol. Certes, la chose n’est pas aisée, mais que la satisfaction est grande, lorsqu’après l’ouverture de la ruche, le premier jugement subjectif se confirme !

À quand la première visite ?
Si l’on exclut les ruches placées dans les zones privilégiées du pourtour méditerranéen, ailleurs il faudra encore attendre pour visiter. Ouvrir une ruche, pénétrer dans son cœur, crée toujours un stress pour la colonie. Si les conditions météo sont favorables, elle s’en remettra assez vite.Il n’en est pas de même pour la colonie déjà faible que l’on stresse par une visite prématurée. Ce sera donc seulement par l’observation de l’activité au trou de vol que l’on aura déjà une multitude de renseignements sur l’état ou sur le comportement des colonies.

Puisque nous parlons d’observation, nous conseillons vivement à l’apiculteur débutant ou non la lecture ou la relecture du livre « Au trou de vol ». Son auteur H. Storch part chaque fois d’une observation et en tire les conclusions qui s’imposent en donnant les explications de tous les événements qui se passent dans la ruche. Lors d’une douce journée, prenons donc le temps d’observer nos ruches et classons-les en trois groupes :

Colonie à forte activité
Observations

Colonie de faible ou moyenne activité
Observations
Colonie rentrant un peu de pollen

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Déductions / Actions
Tout va bien. La reprise de ponte est probable. Agrandir si besoin le trou de vol. Ouverture inutile sauf pour vérifier le niveau des provisions de miel (si besoin, dépose d’un pain de candi).

Colonie encore populeuse. Ponte non reprise ou colonie orpheline ? Pillage ? Réduire le trou de vol. Colonie à surveiller et à ouvrir pour diagnostiquer son éventuel problème.
Pas d’inquiétude : elle provient de la condensation des vapeurs d’eau rejetées par la respiration de la grappe.
 

Déductions / Actions
Colonie ne rentrant pas de pollen

Reprise probable de la ponte

Ajuster l’ouverture du trou de vol

Si plateau grillagé : fermer le tiroir pour maintenir la température du couvain

Tenter un nourrissement spéculatif avec un peu de sirop tiède (ex. 1 verre tous les 2 ou 3 jours) pour stimuler la ponte.

Si possible ouvrir la ruche et resserrer la colonie à l’aide d’une partition. 

Ponte non reprise (colonie en retard ou colonie orpheline ?). À contrôler dès que possible.

Le vol de propreté
Pour maintenir sa température corporelle et donc celle de la colonie, l’abeille consomme du miel. Fatalement, cette combustion laisse quelques déchets qui s’accumulent dans l’ampoule rectale de l’abeille. Son extensibilité lui permet de rester plusieurs semaines sans expulser ses matières fécales. Comme l’abeille possède une qualité très développée de propreté, elle ne se libère pas dans la ruche, mais attend que les conditions météo le permettent pour sortir. C’est ainsi que dès les premières heures d’une belle journée, nos abeilles se précipitent pour vider leur intestin loin de la ruche. Si le sol est encore couvert de neige, nous pouvons alors observer de multiples traces jaunâtres, quelques abeilles mortes ou mourantes. Pour ces dernières, il n’y a généralement pas lieu de s’inquiéter. Ce sont souvent de vieilles ouvrières ou des malades qui n’ont plus leur place dans la ruche où aucune pitié, au sens où nous l’entendons, n’existe.

Ces traces, nous les retrouvons aussi sur nos autos ou sur le linge étendu au dehors. Si ces désagréments touchent nos voisins, n’attendons pas une remarque de leur part et offrons-leur d’emblée un petit pot de miel pour nous faire pardonner… Tout apiculteur, même parfaitement en règle, se doit de garder de bonnes relations avec son voisinage et a fortiori, l’apiculteur débutant qui installe un nouveau rucher : il doit tout faire pour ne pas perturber l’environnement.

Même si l’abeille est sympathique pour la majorité des gens, l’installation et la présence de ruches ne sont pas toujours appréciées par ceux qui avec ou sans raison craignent les insectes. À bon entendeur salut.

Les Buveuses d'eau
Parallèlement aux rentrées de pollen, ce sont les buveuses d’eau qui indiquent, avec une quasi-certitude, la reprise de ponte. Ces abeilles désignées ou volontaires, ne recherchent pas spécialement une belle eau pure, comme on pourrait le supposer. On les observe aussi bien sur la rosée fraîche, sur l’eau de la source ou sur celle s’échappant d’un tas de fumier. Pourquoi ne font-elles pas systématiquement le choix d’une eau de qualité, au sens où nous l’entendons ? On sait qu’elles ont besoin de matières azotées qu’elles trouvent justement sur certains de ces emplacements que l’on juge rebutants. En Suède, J. STARK a établi une relation entre le développement des mycoses de la colonie et l’installation de fosses à lisier des élevages de bovins.

Outre ces matières azotées, les abeilles rapportent inévitablement à la ruche divers germes ou spores pathogènes, des résidus indésirables de pesticides, d’antibiotiques et autres contaminants. Comment dérouter nos buveuses d’eau de ces points noirs et les orienter vers une eau de meilleure qualité ?

La solution toute simple est de leur proposer à proximité du rucher, un abreuvoir adapté et alimenté régulièrement en eau propre. Celui-ci peut être constitué d’un récipient non oxydable peu profond, posé sur un support à quelques dizaines de centimètres du sol, si possible en dehors du couloir de vol des abeilles. Nous disposerons dans l’abreuvoir des éléments flottants (polystyrène, liège…) qui permettront aux abeilles de se poser sans risques. L’abreuvoir sera couvert afin d’éviter les déjections des abeilles et autres insectes en vol, source de contamination non désirable.

Quelle est l’utilité de l’eau dans la ruche en février ? Les nourrices l’utilisent pour la confection de la bouillie larvaire destinée aux larves les plus âgées. Elle semble être également employée pour diluer la gelée royale. D’après SMITH (1959), « les petites larves grandissent mieux, se nymphosent mieux et deviennent aisément adultes quand la teneur en eau de la nourriture est légèrement augmentée, au cours des premiers jours. Pendant cette période de développement de la larve, on observe une décroissance graduelle de la teneur en eau de la gelée royale ».

Reprise de ponte
Ce sont principalement les noisetiers puis les saules que butinent nos abeilles pour rapporter les premières pelotes de pollen frais. Chaque charge pèse en moyenne entre 15 et 25 mg et représente environ 20 % du poids de l’insecte. Elle correspond à 14 kg pour un homme de 70 kg. Avec ces nouvelles protéines, le « beefsteack des larves », la reprise de ponte est possible et même attendue pour remplacer les abeilles d’hiver. Elles ont assuré l’hivernage de la colonie et deviennent désormais nourrices avant de disparaître. C’est à elles de prendre en charge le jeune couvain à venir. Forte de ces nouveaux-nés, la colonie va se développer proportionnellement à sa force et à ses provisions. Il n’y a pas lieu d’intervenir. 

Par contre, si les provisions de miel paraissent un peu justes, l’apport d’un pain de candi, sur le trou de nourrissement est tout à fait recommandé.

Le nourrissement liquide est à proscrire en période froide et reste déconseillé en fin d’hiver, même si quelques rayons de soleil incitent les abeilles à sortir. Il fait l’effet d’un coup de fouet : la reine accélère son rythme de ponte et la colonie se développe anormalement vite, compte tenu de l’époque. Un coup de froid peut arriver alors. Si c’est le cas et s’il se prolonge, la grappe d’abeilles, comme elle le fait naturellement, se resserre, abandonne de fait le couvain périphérique qui faute de soins, ni nourriture, ni chauffage meurt.

Ce drame dans la ruche était prévisible : la colonie dopée artificiellement a dépensé inutilement de l’énergie pour élever ce couvain excédentaire. Il est désormais perdu. Les abeilles doivent sans plus tarder, l’extraire des cellules et l’évacuer hors de la ruche. Dans le cas contraire, si par exemple la période de froid se prolonge plusieurs jours, les larves et nymphes mortes se décomposent dans les cellules. L’état sanitaire de la colonie est menacé : il y a risque de développement d’agents pathogènes, responsables de maladies telles que les mycoses, les loques.

Nourriture des larves
C’est généralement entre le 5e et le 15e jour de sa vie que les glandes hypopharyngiennes et mandibulaires de l’ouvrière sont pleinement développées et aptes à fonctionner, notamment avec l’apport prépondérant du pollen. Elle devient alors nourrice et à ce titre produit la gelée royale destinée principalement à la reine et aux jeunes larves mâles et femelles. Cette substance nutritive spécifique de couleur blanche, acide, n’est pas stockée comme le miel ou le pollen : elle est distribuée immédiatement au fur et à mesure des besoins exprimés ou non. Selon l’âge de la nourrice qui la produit, selon la qualité de sa propre nourriture – nectars et pollens butinés- selon l’âge de la larve qui la reçoit, la composition chimique de la gelée royale varie.

Le tableau ci-dessous en propose une analyse moyenne (« Le Traité de L’Apiculture » de Rustica).

Matières                                 Quantité

Eau                                            66 %
Protéines                                     13 %
Lipides                                         5 %
Glucides                                      14 %
Divers*                                        2 %

* Ce sont des vitamines, des éléments minéraux,des acides aminés, un facteur antibactérien et des substances inconnues.

De l’éclosion à l’operculation, période qui varie de 5,5 à 6 jours, les larves d’ouvrières sont visitées fréquemment (de 2000 à 7 000 fois selon différents observateurs). Mais une baisse de température du couvain retarde l’operculation et allonge de ce fait la durée totale de développement de l’ouvrière. Ce phénomène est général chez les insectes.

Les larves ne sont nourries qu’en fonction des besoins (de 150 à 1 100 fois, selon ces mêmes observateurs). Lors d’un nourrissement, la nourrice dépose 1 goutte de nourriture à proximité de la bouche de la larve. Chaque abeille peut élever l’équivalent de deux à trois larves, dans la période réservée à la fonction de nourrice. Les larves de reines sont élevées dans des cellules particulières. Celles-ci sont construites spécialement pour les remplacements en cas de supersédure ou d’essaimage, ou bien agrandies à partir de cellules d’ouvrières en cas de remplacement d’urgence suite à un accident. Durant la période d’élevage, les larves royales baignent dans une abondante nourriture, même après l’operculation.Elle est composée de deux types de gelée : une lactée opaque, l’autre claire et aqueuse. D’après OFFMAN (1960), la première est plutôt administrée à la jeune larve de moins de trois jours qui reçoit ensuite l’autre plus claire. Curieusement, le taux de croissance des larves de reine de moins de trois jours est plus faible que celui des ouvrières du même âge. Ce n’est qu’à partir du 4e jour que ce taux s’inverse au bénéfice des larves de reine. La reine est généralement entourée d’une dizaine de courtisanes qui l’examinent, la lèchent (transmission des phérormones) et la nourrissent à raison de 2 à 3 fois par heure.

Les besoins nutritionnels d’une reine peuvent être estimés. En prenant comme hypothèse une ponte annuelle de 200 000 œufs d’un poids moyen de 0,2 mg soit 40 g de matière. L’énergie nécessaire pour les produire correspond à 60 g de gelée royale à laquelle s’ajoutent 5 g pour les besoins propres de la reine. Au total, c’est 65 g de gelée royale qui seront nécessaires à l’entretien annuel d’une reine en ponte.

La Nourriture des abeilles
Globalement, les abeilles – larves et adultes (appelés imagos) – se nourrissent à partir d’éléments floraux : le nectar et le pollen.

Le nectar :
À l’aide de sa langue déployée, l’abeille aspire le nectar généré par les nectaires des fleurs et les nectaires extra-floraux, que lui offrent certaines variétés de fleurs dans le but d’être fécondées (pollinisées).
Le nectar est une substance aqueuse qui fournit à l’abeille principalement les hydrates de carbone. Ceux-ci sont présents dans cette substance dans des proportions variables allant de 5 à 80 % sous forme de sucres tels que le saccharose, le glucose, le lévulose. En outre, le nectar apporte de petites quantités de composés azotés, de minéraux, d’acides organiques, des lipides et des substances aromatiques. Parfois l’abeille récolte aussi du miellat, secrété par certains insectes suceurs, principalement les pucerons. La composition chimique du miellat diffère un peu de celle du nectar. Ramenés à la ruche, nectar ou miellat sont consommés par les adultes et par les larves les plus âgées dans la bouillie larvaire ou sont transformés en miel (miel de nectar ou miel de miellat) et stockés alors dans les alvéoles.

Le pollen :
Prélevé sur les étamines à l’aide de ses pattes antérieures, agglutiné en pelote sur chacune des deux pattes postérieures de l’abeille, c’est l’élément fertilisant mâle des fleurs. Le pollen est riche en protéïnes (de 5 à 35 %) mais apporte également des lipides, des sucres, des vitamines, des sels minéraux, de l’amidon et des stérols. Si ces derniers sont peu représentés dans le pollen, de l’ordre de 0,5 %, ils sont essentiels pour métaboliser le cholestérol que l’abeille ne pourrait produire sans eux.

Le pollen ramené à la ruche est directement consommé par les larves les plus âgées, dans la bouillie larvaire ou bien traité par les ouvrières, de façon à empêcher la germination.

Il est finalement stocké dans des alvéoles différentes de celles du nectar. L’apiculteur le nomme alors « pain d’abeilles ». En vieillissant, il se dessèche et perd progressivement de ses qualités. Si l’équilibre alimentaire de la colonie est rompu, par carence de pollen ou si celui qui est entreposé est de mauvaise qualité, les nourrices deviennent incapables de produire de la gelée royale, substance spécifique réservée au jeune couvain et à la reine.

Si les jours rallongent, les goûters autour de la crêpière ou les soirées au coin du feu restent un moment privilégié pour déguster cidre, galettes, crêpes ou toute autre douceur au miel. Les occasions ne manquent pas entre la Chandeleur et le Mardi-Gras. De même, les réunions d’apiculteurs sont fréquentes ; ne les manquons pas. Elles préparent la prochaine saison et recueillent aussi les cotisations des adhérents retardataires ! C’est lors de ces échanges fructueux, que chacun apporte ses connaissances, fait état de ses réussites ou de ses échecs, avec comme devise commune : « savoir faire et le faire savoir ».
B. Cartel