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SNA
Avec l'aimable autorisation de la revue du SNA - Abonnez-vous à l'Abeille de France

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Cliché Josse (50)

Rencontre avec les apiculteurs de Floride (1999)
Georges Pringent

Introduction
Cette année les vacances étaient à destination des Etats-Unis et plus particulièrement de la Floride. Cet Etat, orienté vers la culture des agrumes, fait que l’apiculture y est (je devrai dire était) très florissante. Le climat exceptionnellement doux et la flore locale permettent aux abeilles de récolter un miel unique et de grande qualité.

Au début des années 80, exerçant dans le sud-est du Tennessee, j’avais installé 2 ruches dans le fond de mon jardin. J’ai profité de ce court séjour pour voir, les nouveautés par rapport à mon référentiel des années 80, et les éventuels problèmes posés aux apiculteurs aujourd’hui. Pour ce faire, j’ai interrogé quelques apiculteurs professionnels au téléphone et j’ai rencontré Jerry Latner, apiculteur et représentant de la société DADANT sur la Floride. Au téléphone, j’ai tout de suite senti que ce n’était plus l’enthousiasme des années 80 : plusieurs apiculteurs ont abandonné, vendant la totalité de leurs ruches. J’apprends que Varroa jacobsoni les a découragé et qu’en plus, un nouveau parasite sévit officiellement depuis 1998.

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• Les différents nectars en Floride De grandes étendues sont plantées en agrumes : orangers, pamplemoussiers, citronniers. La fleur d’oranger a été déclarée fleur de l’état en 1909 et des millions de fleurs blanches parfument l’atmosphère du centre au sud de la Floride pendant la période de février/mars. Environ 94 % de la production est transformée en jus fruit et la production de jus de fruit est supérieure à 40 millions d’hectolitres. Pour les apiculteurs, la première récolte est effectuée fin mars sur les orangers et assimilés.

Par la suite, ils ont le choix de transhumer en avril/mai sur :

Problème liés au Varroa
L’affaiblissement des colonies est lié au parasite mais aussi à l’insecticide utilisé pour le combattre. Les abeilles sont de ce fait plus sensibles aux autres maladies. Les pertes de colonies chez les différents professionnels, et ce, tout au long de l’année, sont d’environ 30 %. Face à la concurrence des miels importés d’Argentine et de Chine, beaucoup d’apiculteurs ne peuvent plus suivre. Avec les pertes de colonies, les traitements répétitifs imposés par la législation, le prix de revient actuel du miel est de 8,50 F/kg, alors que les cours sont 5,70 F/kg. Il apparaît clairement que Varroa est devenu résistant aux traitements Apistan dans certaines régions de la Floride mais également dans 13 autres Etats. Pour vérifier l’efficacité des traitements, les apiculteurs pratiquent un test (ether rool test) tous les 2 mois environ. Le test consiste à enfermer quelques abeilles dans, disons un pot de miel en verre de 500 g et d’y répandre une giclée d’éther en bombe. Le bocal est secoué et, après quelques secondes, il suffit de compter les Varroa collés sur les parois du bocal. Il est bien évident que des contrôles sont effectués par les agents sanitaires avant que toute transhumance soit possible. La Floride est divisée d’un point de vue sanitaire en 12 districts et seuls certains districts ont pour l’instant l’autorisation d’utiliser un autre insecticide connu chez nous : le Coumaphos. Mais ce n’est pas tout, les abeilles et les apiculteurs de cette région doivent faire face à un nouveau parasite : un petit coléoptère du nom d’Aethina tumida.

L’Aethina Tumida
Selon Jerry, ce coléoptère est arrivé aux Etats-Unis en 1996 et, à cette époque, celui qui l’a trouvé dans ces ruches n’a pas été pris au sérieux. En tout cas, en 1998, le monde apicole américain est sur le pied de guerre car la bestiole fait sont chemin, il est présent en Caroline du nord, en Caroline du sud, en Géorgie et en Floride. Ce parasite ne nous vient pas d’Indonésie, mais d’Afrique du Sud ! Il est connu là bas pour attaquer les colonies faibles et les hausses stockées, quelques-uns sont rencontrés dans les fortes colonies mais n’occasionnent pas de pertes sérieuses. En Floride, il semble en être tout autrement car de fortes colonies ont été trouvées infestées par des centaines de coléoptères adultes et des milliers de larves. Les larves se nourrissent de pollen et de miel et, si l’infestation est importante, les abeilles abandonnent la ruche. Selon Jerry une forte colonie contrôle assez bien le parasite, mais, le vrai problème est sur les hausses stockées juste avant l’extraction. Les œufs peuvent être pondus en grand nombre, éclos 2 à 3 jours après la ponte, les larves commencent à ronger les opercules. Le miel curieusement se met à fermenter et développe une odeur d’orange pourrie. Le miel extrait peut fermenter dans les pots et la récolte est invendable. Serait-il possible que la larve, ressemblant à un asticot, ne digère pas directement le pollen ou le miel mais qu’une substance telle qu’en possède la larve de la mouche l’aide à liquéfier sa nourriture pour l’absorber ? Le miel arrive à couler en dehors de la ruche ! Après un festin de 10 à 16 jours la larve sort de la ruche pour s’enterrer dans le sol et opérer sa métamorphose. Les adultes sont prêts à s’accoupler après 3 ou 4 semaines passées dans l’obscurité de la terre.

Les apiculteurs ne savaient pas comment combattre ce nouveau parasite. Par chance, il se trouve que les bandes de Coumaphos sont efficaces. Le traitement est effectué 3 à 4 fois par an, les morceaux de bandes sont laissées de 3 à 7 jours. Il semblerait que les bandes soient coupées en 2 et agrafées sur un morceau de carton pour descendre assez bas dans la ruche.

Les nouveautés
Les nouvelles bandes antivarroa
La société BAYER a mis au point de nouvelles bandes en plastique sur lesquelles est déposée la substance active. Les bandes sont plus épaisses que les bandes Apistan et de couleur blanche. Le Coumaphos serait déposé en surface et représenterait 10 % du poids total ! Les bandes sont conditionnées par paquet de 10, le seul distributeur est la société Mann Lake Bee Supply, 501 S.1 St. Hackensack, Mn, Tel : 1 800 233 6663, fax : 218 675 6156. 28 $ pour 1 paquet de 10 bandes, 21,75 $ le paquet au-dessus de 10 paquets.

Cires gaufrées
Depuis les années 80, j’étais admiratif des feuilles de cire gaufrées vendues avec le fil étamé surmoulé, coudé et dépassant sur une des extrémités. Ce fil, et le haut de la feuille de cire pincés par une languette de bois précloutée rendait la fixation de mes feuilles ultra rapide comparée à la méthode utilisée (et toujours utilisée) en France. Il y a mieux encore ! OUI, plus de fil !

Il existe un type de feuille commercialisé par la société DADANT qui possède une partie centrale en plastique, surmoulée par de la cire d’abeille. Les 2 bords de la feuille sont renforcés par un U métallique et la fixation de la feuille est assurée par des clous fendus que l’on glisse dans nos trous de passage fil actuels (trous agrandis en diamètre). Deux trous de communication sont prévus pour le passage des abeilles en partie basse de la feuille. 10 feuilles : 9,50 $.

Le combustible pour l’enfumoir
Le combustible pour l’enfumoir est un problème que de nombreux apiculteurs connaissent. Mon maître R. Guillotin utilisait la toile de jute mélangée à des feuilles sèches. J’utilise des chutes de tissu de coton qui me sont fournies par un atelier de confection. Je n’ai jamais pu me faire aux granulés cylindriques vendus comme combustible, ils s’allument mal, ressortent par le haut de l’enfumoir... C’est galère ! Il existe maintenant des tampons de fibres cylindriques, d’un diamètre équivalent au diamètre intérieur de l’enfumoir. Ils peuvent aisément se déchirer pour une visite courte, et enfin s’allument facilement. 500 g de combustible : 1,65 $.

Conclusion
Les apiculteurs ont en Floride, des floraisons de choix aux crus particuliers et uniques. Ils sont pourtant nombreux à avoir abandonné le métier ces dernières années. Les abeilles se faisant de plus en plus rares, les agriculteurs commencent à ressentir le manque de pollinisation. Actuellement il y a une sorte de surenchère pour la pollinisation des champs de melons, pastèques et agrumes. Jerry pense que l’apiculture a touché le fond et que les apiculteurs qui restent vont s’en sortir. Il a lui même réduit son exploitation de 19 employés à 5 ! Il pense que les relations avec les agriculteurs vont changer : assurance de non traitement insecticides pendant la floraison, et bonne rémunération pour la pollinisation. Ce qui était fait autrefois indirectement et gratuitement n’est aujourd’hui plus possible, celui qui souhaite des abeilles dans ses champs devra payer pour les faire venir !
(N.D.L.R. : Aethina Tumida n’est pas présent en France)

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