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Le poison discret des larvicides (2003)
Emile Molés

On a trop tendance à oublier que notre abeille domestique avant d'être adulte est un oeuf pendant 3 jours et une larve pendant 6 jours.

Une partie de nos problèmes de dépopulations de ruches inexpliquées ne viendrait-elle pas de ces insecticides et acaricides nouvelle génération qui sont soit disant inoffensifs pour les abeilles puisque testés pour l'accord de l'AMM sur des abeilles vivantes et absolument pas sur le couvain ?*

Il est certain qu'une abeille butinant un nectar et surtout pollen contaminé (puisque les larvicides sont employés et autorisés pendant la floraison) ramène à la ruche ce poison violent pour les larves. L'effet ne sera pas foudroyant mais régulier pendant plusieurs semaines. Aucun signe extérieur, une jeune larve de 1 à 3 jours séchée passe pratiquement inaperçue, par contre le couvain est très dispersé, on ne se douterait même pas pourquoi : le "crime parfait"...

Etant moi-même apiculteur agriculteur, j'ai constaté des mortalités de larves inexpliquées pendant les périodes de traitements (colza, pucerons du blé, arbres fruitiers, démoustication). Au début, j'ai mis cela sur le compte du refroidissement de couvain ou de la loque européenne jusqu'au jour où j'ai voulu tester un acaricide spécifique (non insecticide) pour traiter le varroa. Employé à dose infime, le résultat a été désastreux pour le couvain : pas une larve n'a survécu et la colonie a mis plusieurs mois pour s'en remettre. Ce produit est autorisé pendant la floraison des arbres fruitiers et est classé non dangereux pour les abeilles ! Il est vrai que ce produit n'a pas tué une seule abeille adulte et que les varroas ont disparus de la ruche.

La plupart des produits dangereux pour l'homme ont été retirés du marché : plus de 100 en 2002 dont le tristement célèbre méthylparathion qui à lui seul a décimé dans les régions de grandes cultures plus de ruches que la loque et le varroa réunis. On voit apparaître des insecticides, acaricides et aphicides de nouvelle génération (beaucoup plus chers) qui on un effet ovocide et larvicide et qui sont autorisés pendant la floraison ou l'exsudation de miellat (anti pucerons du blé).

Que faire?
Veiller à ce que les AMM (Autorisations de Mise sur le Marché) soient délivrées à la suite de tests sur ruches entières comprenant larves, nymphes et oeufs et non comme jusqu'à présent sur quelques abeilles dans un bocal.

Les agriculteurs ne sont pas des empoisonneurs, très mal informés sur la toxicité d'un produit, ils emploient seulement des produits qui ont été agréés un peu à la légère ou sous la pression de firmes agro-pharmaceutiques.

Les apiculteurs aussi ignorants ont tous utilisés l'amitraze pour lutter contre le varroa qui a le même effet larvicide.
Emile Molès
82 - Musée du Miel

*Pour Apis mellifera, la DL50 correspond à la Dose Létale en substance active pour 50% d'un lot d'abeilles soumis au test après une administration unique de la substance. La durée du test est 48 heures. La substance est administrée par voie orale ou bien par contact topique. Les DL50 sont exprimées en micro grammes de substance par abeille (source INRA site Internet Agritox).