Conservons les mâles
par Gilles Fert
Auteur de « L’élevage des reines » aux Editions Rustica

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs



Notre célèbre catalogue Manufrance (dans lequel nous, les anciens, avons appris à lire) proposait autrefois des pièges à mâles. L’extermination de ces « bouches inutiles », appelées alors bourdons, était de bon ton. Heureusement, aujourd’hui les pratiques apicoles ont évolué. Nous devons maintenir voire favoriser l’élevage des mâles, surtout à partir des colonies qui ont un bon comportement. La grande variabilité génétique et le bon brassage des caractères passent par une présence importante de mâles dans l’environnement de notre rucher.

Etape n°1

Les mâles sont issus d’œufs non fécondés.

Au nombre de 1 000 à 1 500, ils sont tolérés dans la ruche uniquement en période de fécondation.

Leurs seules activités consistent à se nourrir et à se reproduire.

Ils sont fertiles à partir du 15e jour environ et le resteront pendant 3 semaines.

Leur durée de vie varie d’un mois en début de saison à deux mois en fin de saison.

Dépourvue de dard et de corbeilles à pollen, leur anatomie est uniquement adaptée à la fécondation.

conservons males 1

Etape n°2

Les mâles issus des ruches bourdonneuses sont aptes à la fécondation.

S’ils proviennent d’ouvrières pondeuses, donc de taille plus petite, ils ont peu de chance de féconder les reines.

Pendant la saison de fécondation, c’est-à-dire d’avril à juillet suivant les régions, les colonies orphelines accueillent tous les mâles qui se présentent à l’entrée de la ruche.

Cette colonie peut donc devenir une « banque à mâles » pour les éleveurs de reines.

L’idéal reste la production de mâles à partir d’une ruche sélectionnée pour ses qualités..

 

Etape n°3

Les cadres à mâles sont garnis d’une cire gaufrée spéciale (640 cellules/dm2). On en trouve maintenant chez les fournisseurs de matériel apicole.

Vous pouvez également gaufrer vous-même la cire nécessaire.

Trempez une à une des feuilles de cire gaufrée à cellules d’ouvrières dans de l’eau tiède, puis gaufrez-les une seconde fois en cellules de mâles à l’aide d’un gaufrier en caoutchouc type « Kemp ».

A défaut, vous pouvez vous contenter de fixer dans ces cadres une bande de cire gaufrée ordinaire de 3 ou 4 cm de largeur. Les abeilles finissent de bâtir en cellules de mâles en période de forte miellée.

Etape n°4

Introduisez ce cadre à pondre en début de saison, juste en bordure du couvain d’ouvrières.

Seules les ruches fortes ayant au moins 6 cadres de couvain élèvent un cadre complet de mâles.

Les reines jeunes et dynamiques peuvent pondre un tel cadre en quelques jours.

En début de saison, afin de déclencher cette ponte, n’hésitez pas à nourrir avec une galette de protéines placée juste au-dessus des cadres.

Etape n°5

Un cadre à mâles bien pondu peut donner naissance à plus de 1 500 mâles. Ces mâles ne se nourrissent pas seuls.

Ce sont les ouvrières nourrices qui se chargent de les alimenter.

Elles remplissent très bien ce rôle dans la mesure où elles ont à leur disposition suffisamment de protéines, donc du pollen ou à défaut un succédané de protéines.

Dès qu’apparaissent les premières naissances de mâles, vous pouvez démarrer la production de cellules royales.

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Pour en savoir plus
Bee genetics and breeding, Riderer, 1986.
 L’élevage des reines, Editions Rustica, 2009.

Attention !
Depuis l’utilisation dans les ruches de certaines molécules chimiques contre les varroas, de plus en plus de mâles sont stériles. Evitez d’utiliser certains acaricides ou les cires gaufrées du commerce qui contiennent toutes des résidus altérant les glandes séminales des mâles.

Les précautions à prendre
Elevage de mâles = élevage de varroas. Effectuez des traitements réguliers et efficaces. Actuellement, les traitements aux huiles essentielles fonctionnent très bien. La méthode de lutte biologique contre le varroa par destruction systématique du couvain de mâles aurait pu poser à la longue de sérieux problèmes si elle s’était généralisée.

Astuce
référez la production de mâles à partir des ruches les moins agressives. En effet, le comportement de douceur se transmet principalement par les mâles.

Gilles Fert
    Auteur de « L’élevage des reines » aux Editions Rustica