Bien préparer les ruches en vue de l’hivernage
par Gilles Fert
Auteur de « L’élevage des reines » aux Editions Rustica

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs




Les vieux apiculteurs ont l’habitude de dire que la saison apicole ne commence pas au printemps mais en automne : si l’hivernage se déroule dans de bonnes conditions, les colonies se développeront parfaitement au printemps. Alors prenez bien soin de vos abeilles avant les premiers froids ! N’attendez pas pour distribuer du nourrissement et faire un traitement contre Varroa. Chaque ruche a maintenant besoin d’une population suffisante d’abeilles « bien grasses » et de bonnes provisions, variées et bien réparties.

Etape n°1

On ne le répétera jamais assez, n’oubliez pas de traiter contre Varroa le plus tôt possible, c’est-à-dire dès le retrait des dernières hausses.

Cela ne vous empêchera pas de refaire un passage à l’acide oxalique ou à l’acide formique au cœur de l’hiver.

Les derniers travaux nous le confirment : si une colonie démarre la saison avec plus de 50 varroas au printemps, sa récolte annuelle en sera affectée

Etape n°2
Le contrôle du poids des ruches à l’automne est indispensable.

Basez-vous sur le poids de la plus lourde, ou de l’expérience des collègues exerçant dans la même zone, pour définir le poids idéal.

Dans la région du grand Sud-Ouest, on considère qu’une ruche complète pesant entre 33 et 35 kg passera bien l’hiver.

Bien entendu, cela peut être beaucoup plus, notamment en altitude.
Etape n°3
Pendant l’hiver, votre colonie consommera entre 8 et 15 kg de miel operculés, selon la région et la race d’abeille.

Comptez qu’un cadre Langstroth bien rempli en contient environ 2,5 kg, et un cadre Dadant plutôt 3 kg. En cas de manque de réserves, il est conseillé de compléter le poids en distribuant un pain de sucre candi (voir fiche Abeilles et Fleurs n° 714, mars 2010 ).

C’est ici plus adapté que du sirop, qui contraint les abeilles à éliminer un excès d’eau (au moins 25 %).

Un substitut de pollen peut être nécessaire si les réserves manquent.

Etape n°4
Les colonies passent un meilleur hiver en étant plutôt confinées dans leur habitat…

N’hésitez donc pas à regrouper les colonies les plus faibles. Ou bien, une autre possibilité consiste à « resserrer » la colonie sur un minimum de cadres afin que les abeilles ne dépensent pas d’énergie à réchauffer un trop gros volume.

Vous pouvez le faire avec une plaque de contre-plaqué ou avec une partition isolante recouverte d’une feuille d’aluminium.

Etape n°5
Loin d’être un détail, l’isolation au niveau du toit est aussi très importante.

L’astuce consiste à intercaler un morceau d’isolant de charpentier entre la toiture et le couvre-cadres.

On trouve maintenant chez les fournisseurs de matériel apicole différentes feuilles isolantes recouvertes d’aluminium.

Puis, inclinez légèrement les ruches vers l’avant afin que la condensation s’écoule.
            Etape n°6
Enfin, n’oubliez pas de réduire l’entrée de vos ruches.

Plus que des courants d’air, c’est surtout des rongeurs que l’on veut protéger les abeilles en période de froid.

A partir de 13 °C de température extérieure, les abeilles forment une grappe, laissant aux rongeurs l’espace de s’installer dans un coin et d’y grignoter de la cire et du miel. 

Subissant une perturbation et des vibrations, la colonie consomme alors elle aussi plus de réserves… et la pénurie guette !

Précaution
Il est plus judicieux d’hiverner les jeunes essaims d’arrière-saison dans leur ruchette. Vous serez bien à temps au printemps de les transvaser et de leur distribuer un nourrissement stimulant.

Astuces
N’hivernez pas uniquement avec de la cire nouvellement bâtie. Placés en bordure du nid à couvain, un ou deux vieux cadres de cire bien noire peuvent faire office d’isolant.

Pour en savoir plus :
Le Traité Rustica de l’apiculture, pages 275-276, 2004.
Abeilles et Fleurs n° 714, mars 2010.

Gilles Fert
Auteur de « L’élevage des reines » aux Editions Rustica