Que nous enseigne le couvain ?
par Gilles Fert
Auteur de « L’élevage des reines » aux Editions Rustica

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs



Bientôt la première visite de printemps. Une petite fenêtre météo favorable vous permet de faire rapidement le point sur la sortie d’hivernage. Pas besoin de passer des heures sur une ruche pour en faire le diagnostic. Rien qu’en observant les cadres de couvain, vous avez un bilan très précis de l’état de santé de vos abeilles, de la qualité de la reine, bref du bon fonctionnement de la colonie. Il lui faut suffisamment de réserves pour survivre jusqu’à la première miellée. Attention, c’est souvent sur ces cadres de couvain que se trouve la reine, manipulez-les délicatement et avec méthode.

Etape n°1

Le couvain est l’ensemble des alvéoles qui contiennent les œufs, les larves et les nymphes. D’un aspect plus opaque que le miel operculé, vous ne pouvez pas le manquer.

Le couvain se trouve généralement au centre de la grappe d’abeilles, souvent au centre de la ruche. Mais parfois vous l’observerez un peu déplacé sur le côté ou vers l’entrée de la ruche. La présence ou pas d’un plancher aéré et l’orientation de la ruche par rapport au soleil peuvent influencer la position du couvain. Sain, il doit être compact.

On considère qu’au-delà de 20 % d’alvéoles vides sur une plaque de couvain, il y a un problème, soit sanitaire soit de consanguinité ou une reine trop âgée.

Etape n°2

Attention, couvain dispersé ne veut pas toujours dire maladie. En période de miellée, on observe parfois un « blocage de ponte ».

Si le flux de nectar est très abondant, ou si vous oubliez de poser suffisamment de hausses, les ouvrières manquent de place pour déposer leur butin.

Dès que naît une jeune abeille, la cellule est alors immédiatement garnie de miel, empêchant la reine d’y déposer un œuf.

enseigne couvain 2
Etape n°3

Un couvain disséminé, combiné à la présence d’impuretés au fond de la ruche, peut être le symptôme d’une mycose ou ascophérose (Ascophera apis).
Dans ce cas, les larves atteintes se momifient dans leurs cellules : de couleur blanche, desséchées et dures, on parle aussi de « couvain plâtré ». Le champignon étant essentiellement dû à une sensibilité génétique, le remède le plus efficace consiste à changer la reine.
Attention, un refroidissement brutal peut également favoriser l’apparition de mycoses : quand vous prélevez des cadres de couvain pour constituer les nouveaux essaims, prenez soin de ne pas déséquilibrer le rapport abeilles-couvain.

Etape n°4

Des larves mortes au fond des cellules, de couleur ivoire et d’aspect crémeux, doivent également attirer votre attention.

Si elles semblent être en cours de décomposition, mais sans odeur particulière, vous avez identifié un cas de loque européenne.

Pas d’affolement, cela devrait disparaître avec l’apparition des premières rentrées de pollen. En attendant, pensez à distribuer une pâte protéinée.

Etape n°5

Enfin, si vous trouvez du couvain disséminé, parfois troué et mort dans les cellules, qui dégage une odeur de pourriture, le problème est plus sérieux.

A la différence de la loque européenne, il s’agit ici de couvain malade operculé, et non plus de larves.

Faites le test dit « de l’allumette » : introduisez un petit morceau de bois dans la cellule suspecte, mélangez et retirez le délicatement.

Si un filament s’étire sur 2 à 3 cm, il s’agit bien de la loque américaine.

            Etape n°6

Contrairement à la loque européenne, la loque américaine est particulièrement contagieuse.

N’hésitez pas à brûler les cadres atteints. Bien sûr, ne faites pas de division ou d’élevage à partir de ces colonies.

Désinfectez bien le corps de ruche, tout l’outillage et les mains avec une solution javellisée.

Ici encore, en plus d’un manque de bonnes pratiques apicoles, c’est aussi une sensibilité génétique qui permet le développement de la loque dans certaines colonies plus que d’autres.

C’est pourquoi les éleveurs sélectionnent les abeilles les plus nettoyeuses, qui sont les plus résistantes à toutes ces pathologies du couvain.


Astuce
Si vous voulez reproduire les colonies les plus résistantes de votre rucher, pratiquez le test de comportement hygiénique dit « de nettoyage ». Plus vite les abeilles nettoient leur habitat, moins elles développent de maladies.

Attention
Un couvain peu abondant et dispersé, donnant naissance à des abeilles sans ailes, peut être dû à une forte infestation de Varroa.

Le saviez-vous ?
Une vieille reine à la spermathèque presque vide peut également produire un couvain disséminé.

Pour en savoir plus
• Le Traité Rustica de l’apiculture, pages 86-104

Gilles Fert
Auteur de « L’élevage des reines » aux Editions Rustica