Préparation et installation des pièges à essaim
par Gilles Fert
Auteur de « L’élevage des reines » aux Editions Rustica

avec l'aimable autorisation de la revue
Abeilles et Fleurs



Quoi de plus excitant que de piéger des essaims d’abeilles dans la nature ! L’apiculteur débutant y trouve la possibilité de démarrer ses premières ruches, l’apiculteur chevronné satisfait ses instincts de chasseur-cueilleur inscrit dans ses gènes… Le piégeage évite également que des essaims volages se réfugient dans les cheminées ou autres endroits inaccessibles. Attention à bien respecter quelques règles de savoir-vivre envers vos collègues : ne placez pas trop près les pièges des ruchers voisins. Prenez soin d’ isoler plusieurs semaines ces essaims fraîchement récoltés afin d’éviter l’introduction de maladies dans votre rucher en faisant un traitement biologique durant cette quarantaine !

Etape n°1

Choisissez de préférence du matériel ancien ayant contenu des abeilles.

Une vieille ruchette 5 cadres, en bois ou en carton fera l’affaire et sera plus facile à suspendre dans les arbres.

Certains piégeurs chevronnés, donc fins observateurs, affirment capturer plus d’essaims dans des volumes plus grands comme les vieilles ruches 10 cadres.

Le passage à la flamme permet de raviver les odeurs de cire et de propolis et rend notre piège plus attractif ?

preparation piege 1

Etape n°2

Si votre matériel est neuf, reste la possibilité de vernir l’intérieur avec un mélange de cire et de propolis.

On trouve également chez les fournisseurs de matériel apicole une « pommade attire-essaim » avec laquelle on attire les abeilles éclaireuses en « tartinant » l’entrée du piège.

Les anciens piégeurs ont bien souvent leurs secrets de préparations.

Ces onguents contiennent en plus de la cire et de la propolis des huiles essentielles de citronnelle, anis, mélisse...

preparation piege 2
Etape n°3

La préparation du piège s’apparente à la préparation de l’appât pour le pécheur. C’est une somme de petits détails qui peuvent faire la différence. L’astuce est d’introduire dans notre piège un ou deux vieux cadres noirs. Pas plus car les fausses-teignes peuvent se développer rapidement.

Evitez les cadres contenant du miel, ce qui peut attirer les fourmis. Mais attention, il faut laisser aux abeilles la possibilité de se loger rapidement, donc prévoir de l’espace. Si on introduit 2 cadres sur 5, on risque de retrouver des constructions anarchiques rendant le transvasement difficile.

La solution est donc d’introduire 2 cadres anciens sur les côtés de la ruchette et ensuite de compléter avec des amorces de cires gaufrées ou bien coupées en diagonale donnant ainsi un espace pour la grappe d’abeilles. On a observé un meilleur résultat de capture en équipant les pièges de cette façon.

Etape n°4

L’emplacement où sera suspendu le piège est capital. Les essaims vagabonds semblent utiliser des couloirs bien connus des apiculteurs locaux. Placer votre piège de préférence à 1 ou 2 m du sol sur un support stable, à l’abri des fourmis et autres parasites.

Veiller à ce que l’entrée orientée vers l’est soit bien dégagée, et tournée vers la lumière si vous êtes en zone boisée. Si vous souhaitez piéger vos propres essaims, placez le piège au-delà d’un obstacle comme une haie vive à 500 mètres minimum de votre rucher. Attention, lorsque vous reviendrez plus tard, contrôler votre piège, parfois, des guêpes ou frelons adoptent cet habitacle inespéré.

Il est préférable d’effectuer une visite de contrôle tous les 4 ou 5 jours pour nettoyer des fourmis et remettre un peu de pommade attire-essaims. S’il est occupé par un essaim, revenir le récupérer lorsque les abeilles ne sortent plus de nuit, ou par temps de pluie.

Etape n°5

Certaines races d’abeilles ou certains croisements essaiment plus que d’autres. C’est le cas de l’abeille africanisée. Dans certaines régions du Mexique par exemple, on freine le développement de ce croisement agressif en piégeant ces essaims vagabonds.

La reine africanisée est ensuite remplacée par une reine à la descendance plus douce comme une italienne ou une carniolienne. Les pièges sont fournis par le gouvernement.

Ils sont suspendus dans les arbres et protégés par un plastique précisant à la population le danger de s’approcher.

            Etape n°6

Dans les régions sud des Etats-Unis, le piégeage et la destruction des essaims africanisés est une pratique courante.

Venant du Mexique voisin, ces gènes africanisés augmentent notablement l’agressivité.

Des pièges coniques sont faits en carton imprégné de phéromones synthétiques.

Parfois ils sont tout simplement garnis d’un leurre de phéromones synthétiques imprégnés dans un plastique pour attirer les éclaireuses.

Peu importe si les abeilles commencent des constructions anarchiques, puisque la finalité est la destruction par le feu.


Historique : En se référant au code qui date de Napoléon, tout essaim qui sort de vos propres ruches vous appartient tant que vous le suivez. D’où le bruit sur des récipients pour indiquer au voisinage que l’essaim qui se déplace a déjà un propriétaire.

Témoignage « T’embêtes pas petit, tu prends ta plus vieille ruche, les plus vieux cadres, tu frottes avec des feuilles de mélisse, tu enduis l’intérieur avec de la suie de cheminée ou mieux tu pisses dans la ruche pour attirer les abeilles. Quinze jours avant la floraison du colza, tu suspends ta ruche à 2 m de hauteur sur les passages d’essaims et c’est dans la boîte. Dès qu’il est rempli, tu le remplaces par un piège vide. Une année, j’en ai piégé 7 au même endroit en 2 mois.» Gaston B.

Gilles Fert

 

   Auteur de « L’élevage des reines » aux Editions Rustica