Avec l'aimable autorisation de la revue Abeilles et Fleurs

L’essaimage : réussir ses pièges à essaims (2002)
Texte et photos : Maurice Mary

L’utilisation des pièges à essaims n’est pas une nouveauté. 
Elle a été pratiquée sans doute depuis que les abeilles existent. Les pièges à essaims restent toujours utiles, voire indispensables. Dans le cas, bien sûr, où l’apiculteur a toutes ses ruches dans sa propriété, auprès de sa maison, une surveillance journalière à la saison des essaims peut suffire. Encore que...

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Le corps de ruche est flambé au chalumeau

Dans les autres cas, et spécialement chez les semi-professionnels, et bien sûr chez les professionnels, les pièges à essaims s’imposent. En effet, l’apiculteur ne passe pas chaque jour, dans chacun de ses ruchers, pour voir les essaims pendus aux branches. Et ce, à supposer que les essaims se posent à proximité, ce qui n’est pas toujours le cas. 

Période des essaims
L’essaimage a lieu, dans nos climats, du 15 avril jusqu’en juillet. Ceci est très variable, en fonction de la région, des premières floraisons et miellées, et aussi des conditions climatiques du moment. Le pissenlit fournit un pollen très favorable à l’élevage.

Dans les régions à colza, l’essaimage est précoce, surtout s’il y a miellée et pollen abondant, donc un élevage proliférant dès le début de la floraison. Toutefois, un coup de froid prolongé, c’est le cas cette année, peut stopper la velléité d’essaimage.

Mais dans l’ensemble, cette floraison du colza est très favorable, là, la sortie des essaims s’étalera du 15 avril au 15 mai. Après, c’est plus calme. La floraison importante qui fait suite est l’acacia, et là aussi, facteur d’essaimage. La floraison du châtaignier en juin-juillet est très propice également ; le pollen de châtaignier étant l’un des meilleurs pour l’élevage.

Et puis, toujours en juin-juillet, en demi montagne et montagne, les prairies naturelles, avec leurs multiples fleurs naturelles, déclencheront là aussi l’essaimage. 

Hélas, maintenant, ces prairies sont parfois traitées pour éliminer tout ce qui est mellifère : pissenlit, sainfoin, trèfle, lotier, géranium bien d’autres, pour qu’il ne reste plus que les graminées. Ceci est catastrophique pour les abeilles.

Et d’ailleurs aussi pour la qualité du lait et du fromage qui en résulte. Autre scandale de la productivité à tout va, encouragée par l’agro-chimie. Mon article paraîtra sans doute avec un peu de retard, par rapport à l’essaimage peut-être terminé dans certains régions. Notons qu’il y a une vraie jouissance d’apiculteur, lorsqu’il retrouve ses pièges occupés, parfois prêts de suite à prendre la hausse.

Préparation des pièges à essaims
Le meilleur piège à essaims est une ruche, tout simplement, mais qui a déjà servi, donc avec un intérieur bien ciré et propolisé. Ce corps de ruche sera passé préalablement à la flamme d’un chalumeau, pour désinfecter, éliminer toute moisissure, et surtout raviver le bon parfum de cire et de propolis. Cette odeur vaut mieux que tous les parfums attire-abeilles. Bien que l’essence de citronnelle soit favorable pour attirer les essaims, c’est bien connu. Ça l’était déjà des anciens, qui frottaient leurs ruches, ou leurs paniers vides, avec des feuilles et tiges de citronnelle. Dans ce corps de ruche flambé, on y mettra, au centre, deux cadres bâtis, bien conservés, et pas moisis surtout.


Deux cadres bâtis, au centre,
 séparés par une cire gaufrée.

On pourra les séparer par un cadre de cire gaufrée, ce qui évite le développement de la fausse-teigne dans les cadres bâtis ; fausse teigne omniprésente et ravageuse si le piège n’est pas occupé.

    
Alternance de cadres bâtis en cire
gaufrée ou seulement amorcés.

Enfin, on complètera le corps avec des cadres de cire gaufrée, ou simplement amorcés avec une bande étroite de cire gaufrée en haut.

Ces cadres, en cire gaufrée pleine, ou seulement amorcés, seront alternés dans la ruche : donc un cadre de cire gaufrée, suivi d’un cadre amorcé. Ceci évitera complètement les constructions en travers des cadres, toujours possibles avec des cadres seulement amorcés.

 
Le corps est complété. Le couvre-cadres
 est aussi passé à la flamme.

Enfin, on y met le couvre-cadres, lui aussi bien propolisé. Et auquel on a donné un grand coup de flamme également. 

Attention toutefois à ne pas insister trop avec le chalumeau, ça peut prendre feu. 

Certains utilisent pour piéger, non pas un corps de ruche, mais plutôt une ruchette à cinq ou six cadres. Ça marche aussi, bien sûr, et c’est moins lourd à porter. Mais où en est l’intérêt ? En effet, un essaim normal occupera et construira très vite la totalité du corps de ruche. Mais s’il est en ruchette, il faudra vite la transvaser, donc double travail.

Comment placer les pièges à essaims
Ne jamais placer un piège dans le rucher même, dans le groupe des ruches, ou à proximité immédiate. Il faut s’éloigner d’au moins dix mètres, c’est un minimum, et plus c’est encore beaucoup mieux. Ceci est très important, le piège doit être en lieu calme, et non dans le brouhaha des butineuses du rucher.


Piège à essaims, placé le long d’un buisson,
 en situation bien ensoleillée le matin.

Ensuite, ce ou ces pièges seront placés à l’abri des vents dominants, au long d’un buisson par exemple. Et si on en met plusieurs, les éloigner un peu les uns des autres.

Enfin et c’est très important, ils doivent être en situation bien ensoleillée, le matin en tout cas. Les essaims vont rarement se loger dans un sous-bois à l’ombre toute la journée. Dans le Sud-Ouest de la France, les Landes en particulier, certains apiculteurs montent leurs  ruchettes-pièges dans les arbres, posées au mieux sur une fourche de branches. C’est sans doute efficace, je connais des piégeurs performants. Je ne critique surtout pas la méthode ; mais là il ne faut pas craindre sa peine, et être un peu acrobate.

Bonne chance... 
Maurice Mary