ruche adansonienne 5La ruche Adansonienne

"Ces abeilles sont totalement caractérielles, on ne peut rien en tirer." C'est avec ces mots que la plupart des gens qui ont approché les abeilles africaines expriment leurs constatations après une visite de ruche peuplée d'une des races issues de ce continent."

En 1980, le Professeur Roch Domerego discute longuement avec les apiculteurs du Rwanda sur leur connaissance traditionnelle de l'apiculture. Il approche aussi des moines qui pratiquent dans ce pays l'élevage d'abeilles dans des ruches européennes de type Langstroth. Après quelques mois de tâtonnement, il se rend à l'évidence, une clé manque à cette apiculture qui veut domestiquer l'abeille africaine. Il décide d'aller observer les abeilles chez elles en forêt profonde, là où elles sont elles-mêmes. Il est fortement impressionné par le fait que leur comportement en liberté est très différent de ce qu'il a connu jusque-là.

Lorsqu'il approche des essaims sauvages, les abeilles ne manifestent qu'une agressivité normale, loin d'être les terreurs habituellement rencontrées. Il peut observer l'activité des colonies, faire des comptages, étudier les exactes dimensions du nid à couvain et surtout observer des biorythmes très différents de ceux de l'abeille européenne, tels que les heures de butinage, les périodes d'absence d'activité, … Tout ceci reflète l'adaptation de leur rythme de vie à celui des végétaux. Ce travail sur le terrain dura 4 mois, afin de collecter suffisamment d'informations et obtenir des éléments statistiquement représentatifs.

ruche adansonienne 1

Il pose les bases d'une nouvelle ruche à l'image de leur habitat naturel. Il la nomme "l'Adansonienne". Les dimensions et le plan sont le fruit des résultats de ces recherches. Vous trouverez ci-joint les schémas qui vous permettront de construire ce type de ruche. Avec le compagnon menuisier qui travaillait à ses côtés sur le projet, ils étudient la possibilité de construire cette ruche avec la plus grande économie possible de bois. Il en ressort une solution technique qui utilise un seul format de planchette pour fabriquer facilement une ruche qui soit d'une solidité correspondant aux critères locaux (climat, manipulations…). Chaque panneau de ruche sera composé de 4 planchettes colées entre elles selon les techniques habituelles de menuiserie (colle blanche, serre-joint…). Cette procédure, proche du "lamellé-collé", permet d'obtenir des plaques extrêmement plus résistantes que des planches de bois massif beaucoup plus sujettes aux contraintes climatiques. Les côtés seront préparés en "tenon mortaise". Les faces ainsi finalisées seront associées, collées et clouées pour réaliser les corps. Un minimum de bois et un maximum de solidité, ce sont les critères d'un développement durable.

Les ruchers tests qui ont été mis en place au Rwanda ont montré des critères de développement de l'abeille africaine comparables à ceux de l'abeille européenne dans les Langstroth :

  • on développement du couvain de fortes colonies, 
  • un deuxième corps qui accueille aussi la ponte lors des périodes de forte croissance,
  • une abeille de plus en plus douce avec une simple sélection massale,
  • une forte diminution des parasites et des mycoses, et le point le plus important,
  • une production moyenne de plus de quinze fois supérieure à celle de la ruche traditionnelle ou de dix fois supérieure à la moyenne de production des Langstroth dans le pays.

En 2005, lors de l'initialisation du projet d'Apithérapie au Burkina Faso, deux ruchers expérimentaux de 20 ruches Adansoniennes au total ont été mis en place sous l'impulsion du Professeur Théodore Cherbuliez. C'est le Dr Moussa Savadogo qui est en charge de la construction des ruches et du suivi des colonies. Voici son analyse après quelques mois :

"A la visite du samedi 30 avril, alors que la saison ne fait que s'annoncer, j'ai observé avec bonheur une belle ponte dans les colonies filles (issues des divisions). J'ai vu les reines. Dans l'une des ruches, le couvain est localisé dans le 2è corps. La ponte est belle, l'agressivité maîtrisable chez la grande majorité des colonies. Ce week-end, j'ai marqué 4 reines. C'est beaucoup d'émotion et une certaine fierté de pouvoir retrouver, attraper et marquer des reines de l'abeille africaine. C'est la première fois que cela se fait au Burkina Faso et c'est bien sûr grâce aux facilités d'utilisation de la ruche Adansonnienne".