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cell taille nat 1

Mode ou nécessité ? Le retour vers la cellule à taille "naturelle" (2003)
Par Raymond Zimmer

Introduction
Un ami m'a dit : " En 2001, j'ai mesuré la taille des cellules d'ouvrières construites sans cire gaufrée. Résultat : entre 786 et 827 cellules au décimètre carré (2 faces, autrement dit : cellules de 5,3 à 5,4 mm) ".

Réponse et mise au point
Nous disposons actuellement que de très peu de moyens de lutte contre le varroa et encore moins de moyens biologiques efficaces. L'indispensable mais difficile sélection d'une abeille résistante s'avère longue et difficile. Raison de plus de s'intéresser à la " petite " cellule d'abeille considérée comme " naturelle " et, soi-disant, capable de restreindre le Varroa. Voyons quelques-uns des aspects de ce nouveau centre d'intérêt apicole. 

L'erreur de base consiste à dire que les éventuelles " grandes " cellules que peuvent construire librement les abeilles sur des constructions sauvages sont des cellules 
réellement naturelles., ou, autrement dit génétiquement codées.

En effet, comme l'abeille utilise son corps pour mesurer, apprécier et bâtir ses cires, il est normal que les cellules qu'elle construit soient à l'échelle de son corps. À vrai dire, les corps sont en général un tout petit peu plus petits que la cellule ou l'abeille est née. Par conséquent, le retour vers la cellule dite naturelle ne pourra se faire que " PROGRESSIVEMENT ".
Mais, bien entendu, pas dans une ruche qui comporte des tailles de cellules trop disparates, comme l'a bien fait remarquer Dominique MICHELETTO (éleveur français établi à Chypre) qui met ses " essaims " sur de la cire gaufrée exclusivement à petites cellules pour réussir la transition.

Dans mon cas personnel, les premiers " petits " essais ont été couronnés de succès car j'avais, exceptionnellement à ma disposition, une lignée d'abeilles, d'origine lointaine méda, qui, par un croisement récessif, a retrouvé par hasard une relative petite taille. Les abeilles de cette lignée mises uniquement sur de la cire gaufrée de 4,9 mm l'ont étirée sans le moindre problème. En général, cette transition est beaucoup plus difficile.

Ceci dit, il est également vrai que l'abeille est " flexible " quant à la taille des cellules qu'elle construit. Les cellules du " haut ", qui sont censées recevoir le miel, peuvent mesurer, pour les abeilles Européennes, jusqu'à 5,2 - 5,3 mm, alors qu'elles ne mesurent que de 4,8 - 4,9 mm dans le nid à couvain (mesures relevées en 1890, avant l'agrandissement des cellules).

En outre, la taille des cellules varie quelque peu selon les différentes races. Les abeilles Africaines sont connues pour leur petite taille. Leurs cellules sont donc proportionnellement plus petites (entre 4,6 et 4,9 mm). Les cires gaufrées, prévues pour l'abeille Africaine, sont donc aussi trop grandes puisqu'elles mesurent de 4,8 à 4,9 mm au lieu de 4,6 mm.

La différence de taille de l'abeille Africaine par rapport à l'Européenne est, en définitive, moins grande en 1890 qu'en 2003. Les mesures morphologiques faites sur l'abeille Européenne sont décalées, voire artificielles, car elles ont accompagné ce " grossissement " réalisé par l'apiculteur. Par contre, on ignore si les petites cellules de construction sauvage de l'abeille Africaine sont à la base de ce " début " de résistance qu'elle manifeste. Certains vont jusqu'à se poser la question si les vieilles cires à petites cellules ne seraient pas le secret des essaims sauvages logés dans les refuges divers.

En 1880-1890, avant les premiers agrandissements de cellules de cire gaufrée (taxés 100 années après comme étant des " manipulations "), l'abeille Européenne était à 4,8 - 4,9 mm. En 2003, il n'est donc pas aberrant de vouloir donner à nos abeilles, non pas une taille de cellule élaborée par une logique humaine connue pour son anthropomorphisme, mais bel et bien la taille qui est génétiquement gravée depuis toujours dans l'abeille.

En fait, l'agrandissement de la cellule de l'abeille a préoccupé les apiculteurs durant quelques décennies, il a eu lieu entre 1890 et 1930. C'est Baudoux qui a, semble-t-il, le plus œuvré dans cette direction. On obéissait au slogan " plus nos abeilles sont grandes, plus nos récoltes seront bonnes ". Il faut reconnaître que certains chercheurs, en général des amateurs, ont signalé que la sensibilité des abeilles devenait trop importante à partir d'une cellule de 5,75 mm.

Dans les années d'après guerre, un Suédois avait même réussi à " fabriquer " une abeille aussi grosse qu'un frelon. À part une courte et effrayante sensation " journalistique ", il n'est jamais rien sorti de cette abeille géante… dont le vulgum pecus redoutait d'avance les possibles piqûres hitchcokiennes.

Notons que le couple Lusby, apiculteurs professionnels aux U.S.A. (http://www.beesource.com/pov/lusby) ont constaté qu'en réduisant la taille de la cellule, la pression du varroa sur certaines ruches (1) diminue fortement au point de ne plus avoir besoin de traitements d'aucune sorte. À leur suite, quelques autres apiculteurs comme le Suédois Oesterlund, ont fait les mêmes constatations.

À ce niveau, il est bon de souligner le noble " intégrisme " (une fois n'est pas coutume) du couple Lusby qui n'ont pas utilisé le moindre traitement, ni pour l'infestation de l'acariose, ni pour celle du varroa. Pour le premier fléau, leurs 1 000 ruches sont tombées à 400 unités. En introduisant la cellule à 5,1 mm, leur rucher est rapidement remonté à 900 unités.
Pour le deuxième fléau, le varroa, ils sont tombés à 104 unités, mais une seconde réduction de la taille des cellules à 4,8 - 4,9 mm leur a permis de refaire entièrement leur rucher. Depuis les pertes seraient devenues exceptionnelles.

Après pareille " victoire ", il faut vite ajouter qu'ils ont également observé qu'un " grand nombre " (!!!) de ruches rechignaient à revenir en arrière, c'est-à-dire vers la taille des cellules originales. En plus, elles restaient, comme par hasard, très sensibles au varroa.

Pour ces ruches, il est possible d'admettre que la taille de la cellule agrandie était déjà en passe d'être génétiquement fixée, mais la persistance de la sensibilité de ces ruches au varroa a fait qu'elles ont disparu. Ne l'oublions pas, aucun traitement leur fut concédé. Autrement dit, la sélection naturelle, dans toute sa radicalité, reprenait ainsi tous ses droits.

À ma connaissance, tous les apiculteurs ayant refusé de traiter, pour des raisons parfois très différentes, n'ont constaté aucune " naissance " de résistance au varroa. Toutes les ruches sont mortes, à des délais certes différents, mais sans exception aucune. Là où l'ensemble du cheptel meurt, toute sélection demeure illusoire. Les souches dites " résistantes au varroa " qui m'ont été confiées sont toutes mortes, anéanties par le varroa. Il m'a même été impossible de croiser, pour essais, deux de ces " souches résistantes " tellement leur disparition a été rapide

Sans conteste, les résultats obtenus grâce aux petites cellules cachent enfin une vraie possibilité : celle de la sélection par l'apiculteur, si effectivement, en réduisant les cellules à leur taille dite naturelle et en s'abstenant de traiter, on finissait par sélectionner une souche de plus en plus résistante (ou disons tolérante au varroa, donc sans succomber). Au fond, on ne fait rien d'autre que ce qu'a fait le Frère ADAM lorsque l'acariose a décimé ses ruches de 1917 à 1919.

Si la cellule dite naturelle nous présente effectivement cette possibilité, il est permis d'espérer qu'enfin l'apiculteur dispose d'un outil concret de sélection où la cause et l'effet seraient clairement établis. Tel n'est hélas pas le cas quand on s'efforce de sélectionner par le comptage du varroa à l'aide des multiples méthodes qui sont disponibles.

Personne ne semble connaître les causes exactes qui opèrent une réduction du varroa dans la cellule dite de taille naturelle. Certains évoquent " le manque de place ", d'autres, dont moi-même, pensent que la réduction de la taille des cellules aurait pour conséquence une légère augmentation de la température du nid à couvain. En effet, pour une cellule mesurant 5,75 mm, il y a 700 cellules par dm2 alors que pour 4,8 mm, il y a 1 000 cellules par dm2. Or, plus le couvain est dense, plus la température du nid à couvain a des chances de pouvoir s'élever. Mais, trêve de bavardage, ces élucubrations théoriques ne sont que de pures suppositions. Par contre, si mes renseignements sont exacts, l'abeille Indienne, la Cerana, aurait une température de couvain supérieure de 2°C par rapport à notre abeille. Cette petite différence suffirait pour dévier le varroa des cellules ouvrières vers les cellules de mâles.

Les défenseurs de la petite cellule prétendent en outre que les constatations de Baudoux se révèlent inexactes quant à l'augmentation de 10 % du rendement en miel si l'on augmente la taille de la cellule. Le contraire serait vrai car la " petite abeille " aurait moins de prise au vent et dispose, pour une même ruche, de près de 25-30 % d'abeilles en plus…

La question se pose : " Est-il permis de dire que nous disposons d'un nouveau moyen de lutte biologique contre varroa ? ".

La réponse est " NON ".

Tout d'abord, il faut contrôler si nous ne sommes pas, sinon devant un canular, devant des conclusions hâtives ou encore devant un de ces cas particuliers si fréquents en apiculture. Ce qui est concluant en Suède, Allemagne ou aux USA peut ne pas l'être chez nous. Nous avons vu trop de moyens, de systèmes, de médicaments miracles, etc… capoter pour perdre toute envie de s'enthousiasmer trop hâtivement.

Pour cette raison, seuls des essais faits par de petits groupes d'apiculteurs, de différentes régions, nous diront, d'ici quelques années, le crédit que l'on peut attacher à ce nouveau système de lutte anti-varroatose.

Des essais analogues ont été réalisés un peu partout à travers le monde, mais aussi en France, sans résultats positifs. Il est vrai que la radicalité (le refus du non-traitement) et le maintien des seules souches résistantes par le couple Lusby introduisent une donnée nouvelle. Ils justifient, à eux seuls, une nouvelle série d'essais de contrôle.

Notons pour finir que le couple Lusby n'a pas connu un succès total. Les commentateurs de leurs expériences ne soulignent pas assez les nombreuses ruches restées sur le " carreau " ! Ces pertes signalent, tout au plus, le prix fort à payer pour pouvoir enfin sélectionner une abeille, non pas libre de varroa, mais uniquement capable de vivre avec.

En cas d'échec de cette méthode de lutte contre le varroa (elle n'est pas la première), il nous reste, malgré tout, une consolation : le retour vers la taille naturelle de la cellule d'abeille. Cette démarche mérite d'être encouragée. Il serait étonnant qu'elle puisse nuire à l'abeille… si des essais objectifs le confirment.
Raymond Zimmer
Merci à Jean-Claude et Jean-Marie pour le coup de main donné à la finition de ce texte.